DOAZIT 

AUX TROIS ÉGLISES

Essai de Reconstitution

de l'Histoire Locale Religieuse d'après les documents officiels,

par

L'Abbé Raphaël Lamaignère de Doazit,

Curé de Saint-Aubin

1941

 

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[Raphaël Lamaignère]

Recopié d'après le manuscrit de l'auteur, par Philippe Dubedout.


Doazit aux 3 Églises

 

 

Avant propos 

 

Doazit civil

DOAZIT (en latin DOAZETUM et d'après le Pouillé de 1335 et le Verbal de Charles IX en 1572, publiés par l'abbé Cazauran, d'Auch), est une localité de notre belle Chalosse, sise à 10 kilomètres de Saint-Sever et de Mugron, d'une superficie de 2216 hectares. Son altitude est de 119 mètres au dessus du niveau de la mer. Cela explique la beauté pittoresque de ses sites et la grande variété de ses panoramas.

 

Population :

D'après le recensement officiel de 1946, sa population est de 1008 habitants.

Ici, comme partout, mais peut-être moins profondément qu'ailleurs, la dénatalité, ce mal si souvent dénoncé par les hommes de notre époque, a exercé ses ravages. Ainsi en 1803, Doazit comptait plus de 1500 âmes (archives de la mairie). Il y a seulement 50 ans, nous n'en trouvions plus que 1320. C'est donc, on le voit, la poussée incessante des berceaux vers la tombe; et Doazit se dépeuple, guetté lui aussi par l'ange de la mort... Serait-il donc vrai de dire que la France, elle que l'on a appelée, un jour: "le plus beau royaume sous le ciel" devienne un désert à la face du monde. Lorsque le pays, revenu de ses erreurs, aura compris que le don de soi, par l'effort et le dévouement par le sacrifice ne sont pas un vain mot, alors, mais alors seulement refleuriront les antiques vertus familiales, capables d'avoir raison de l'égoïsme moderne et d'arrêter l'irréparable qui ne serait rien d'autre, que la fin de la race française.

 

Etymologie :

Dans les textes anciens, et plus spécialement dans les Actes de Catholicité déposés à la mairie, Doazit s'écrivait indistinctement Douasit ou Douazit. Aujourd'hui, l'orthographe du mot est définitivement fixée et on écrit DOAZIT.*1

Quelle est exactement l'étymologie de ce mot ? Certains ont voulu le faire dériver de "oasis", île de verdure... Personnellement, nous n'optons pas pour cette traduction quelque peu fantaisiste; car, Doazit, malgré tous les charmes naturels que lui a dispensés la main prodigue du Créateur, n'est pas la seule perle rare, qui émaille l'écrin déjà si riche du pays de Chalosse... La question reste entière; et il est a souhaiter qu'on nous donne une version plus réelle qui satisfasse notre légitime curiosité.

Baronnie :

Doazit se compose de 3 quartiers distincts: le Bourg, Aulès et le Mus. Un quatrième quartier, celui de Bos-Saubon, aujourd'hui en Maylis, en faisait partie, dès 1378 (Abbé Daugé: Histoire de Maylis). A cette époque, la baronnie du lieu dont le seigneur se nommait Auger, formait une importante communauté ou paroisse, qui se donnait quatre jurats. Ceux-ci étaient chargés de veiller au bien de leurs mandants, et on les regardait comme de véritables magistrats; si bien que Doazit, jusqu'à la fin du XVIe siècle, leur donnait même le nom de seigneurs.

Des plumes plus autorisées que la notre, font, nous le savons, la généalogie des barons de Doazit*2. Sans vouloir en rien usurper le fruit de leurs recherches, il nous sera à tout le moins permis de saluer ici la famille de Foix-Candale, dont le nom reste attaché au souvenir de notre histoire locale.

Où habitaient les seigneurs de Doazit ?... Ici, on en est réduit à des suppositions. M. Testemalle ancien juge de paix du canton de Hagetmau, dans un "Livret de Famille", publié en 1912, nous dit qu'avant d'occuper le château actuel, bâti en 1595, ils résidaient dans la caverie du Mus... D'autres, soutiennent qu'ils avaient fixé leur demeure, sur la plate-forme de la motte féodale appelée le Ram, ou en gascon lou Tarrè, qui domine le bourg actuel et les campagnes circonvoisines... Nous-même pensions pouvoir élucider ce problème historique et, à cet effet, nous étions rendus aux archives des Landes, consulter les "Vieux clochers, vieilles ruines" de l'abbé Foix, le grand érudit landais, mort curé de Laurède, en 1932. Or, à notre entier désappointement, nous n'avons trouvé sur Doazit, que deux lignes d'un étonnant laconisme, nous signalant l'existence, au bourg, de l'antique chapelle seigneuriale du XVIe siècle... Ici encore, reste le cas à résoudre: où habitaient les seigneurs de Doazit ?

Un plan de la paroisse datant de 1619, déposé à Mont-de-Marsan, nous indique sur le Ram, un moulin à vent, à l'exclusion de toute autre habitation.

Et cependant, ne nous a-t-on pas dit que, selon la tradition, le vieux castel du bourg fut démoli, pierre par pierre, pour fournir tout le matériel de construction nécessaire à l'érection du château de Candale ?

Ce que nous pouvons, en revanche, affirmer, c'est que Doazit était un bourg fortifié, dont les portes furent démolies, il y a près de soixante-dix ans, et dont les meurtrières percées dans les dépendances de la maison de St-Angel, s'aperçoivent encore. - Nous savons aussi que la localité possédait une cour de justice seigneuriale, composée d'un juge, d'un procureur, d'un greffier, d'un bayle ou sergent royal. La prison se trouvait à l'étage inférieur de la mairie actuelle, au lieu-dit la Galope. Elle fut fermée à jamais en 1819.*3

Heureux temps, où les gens de Doazit pouvaient vivre, sûrs du lendemain, dans la plus complète et reposante sécurité !

 

Maires et adjoints :

De 1790 à 1798, il y eut, à Doazit, 11 maires ou officiers publics (Barbe). Les quartiers du Mus et d'Aulès furent alors érigés en municipalités, et les actes administratifs publiés avec la mention : Au nom de la République française, une et indivisible (Barbe).

Depuis la création des communes jusqu'à nos jours, 12 maires ont successivement occupé la mairie de Doazit.

Ce sont :

1802 Jean Tachoires

1808 M. de Foix Candale

1821 Jean Barbe

1837 Broca-Perras

1854 Ducamp

1855 Broca-Perras

1856 Dubernet

1861 Broca-Perras

1883 Alexandre Dagès

1888 Gaston Lacaze

1893 Lalaude

1896 Gaston Lacaze

1900 Joseph Barbe

1909 Jules Branzeau

1935 Jean Gaillard

1945 Jean Ducau

Pendant le même temps nous comptons 16 adjoints :

1802 Darcahute

1808 Pierre Deyris

1824 Laurent Lafargue

1837 Ducamp

1840 Dagès

1844 Canton

1849 Sansoube

1854 Dubernet

1855 Lafargue

1861 Alex. Dagès

1874 J.B. Dagès

1883 Grégoire Barbe

1888 Jean Dagès

Cascailh Junca

Bèguerie Ernest

1935 Laferrère J.-Bte

1945 Léopold Laloubère

 

Disons en terminant cet avant-propos, que Doazit possède un bureau de poste tenu par un facteur-receveur, une maison-commune bâtie en 1822, deux fois restaurée depuis, un château du XVIe siècle dont nous parlerons bientôt, et qu'habite actuellement Mme Personnaz, descendante des familles Broca-Perras et Lacaze.

 


 

Une ancienne voie romaine à Doazit

M. Maurice Prat, professeur au lycée de Mont-de-Marsan, a présenté une étude à la société de Borda sur l'existence d'une voie probablement romaine, en tout cas très ancienne, qui passait à l'ouest des églises de Doazit et du château de Candale.

Bien que Doazit ne figure pas sur la liste des communes landaises possédant des restes d'occupation romaine, sa situation sur le trajet des communications entre Tartas et Hagetmau d'une part, St-Sever, Amou et le Béarn, d'autre part, rend des plus probables l'existence d'une voie "romaine" en ces lieux.

Au nord-ouest de Doazit, dans un petit vallon, à proximité de la maison Castérot (nom symptomatique), on peut suivre sur une certaine longueur en bordure d'un frais ruisseau, un tapis herbeux, d'une largeur de 6 à 8 mètres, et qui convient très bien à une voie romaine. - Ce tapis, se poursuit dans les prés voisins, au delà des haies qui le coupent. Aucun arbre ne s'y rencontre; ce qui semblerait indiquer que cette voie (qui servit, peut-être, de chemin aux pèlerins de St-Jacques-de-Compostelle, en Espagne), aurait encore été récemment entretenu par les gens de l'endroit ou même par la commune. Récemment, est, sans doute une manière de parler; disons plutôt, que cette voie devait être encore fréquentée au XVe siècle par les pieuses caravanes se rendant en Galice, puisque c'est à cette époque que cessèrent ces pèlerinages.

Le Castérot pourrait donc être, d'après M. Prat, une auberge fort ancienne. Elle est située sur un terre-plein dû à un élargissement du vallon, emprunté par cette voie. - Il se peut aussi que la dite voie représente une ancienne piste gauloise.

D'après sa direction générale, elle devait venir de St-Sever par Audignon; puis, laissant à sa gauche les trois églises et le château de Doazit (au bourg, au Mus au château, l'altitude est assez élevée), elle devait se poursuivre sur Amou par Brassempouy, ou peut-être sur Sault de Navailles.

En tout cas, la tradition locale confirme qu'il s'agit bien là, d'un chemin très ancien, depuis longtemps inutilisé.

 

 

Le Castéra

Il y a également à Doazit au sud-est du bourg sur la route de Hagetmau (quartier de Dufaou), un turon abrupt de 3 côtés, à quelques mètres de la maison dite du Castéra. - On accède à ce mamelon, parsemé de pins maritimes; par un pédoncule étroit, facile à défendre, et menant au chemin creux qui entoure le turon.

Le sommet, fort étendu et plat, pouvait, au dire de l'auteur, abriter l'existence d'une tribu entière, ou servir à des troupes, de refuge presque inexpugnable.

Sur un côté, un ravin semble être un ancien lit de ruisseau desséché, qui, sans doute, servait de fossé, formant une défense naturelle sur tout ce flanc du castrum.

Des fouilles ou des sondages superficiels faits sur ce promontoire, donneraient sûrement d'heureux et intéressants résultats.

 


 

Chapitre I
 

DOAZIT RELIGIEUX 

 

Archiprêtré

Au point de vue religieux, le seul qui nous intéresse dans ces pages, Doazit fut jusqu'en 1801 le siège d'un des six archiprêtrés composant le diocèse d'Aire, à savoir: Urgons, Arue, Doazit, Le Plan, Uchacq, et Mauléon-en-Bourdalat (abbé Légé: Les Diocèses d'Aire et de Dax).

L'archiprêtré de Chalosse comprenait 27 paroisses, auxquelles venaient s'ajouter l'abbaye des Bénédictins de St-Sever et sa filiale, le prieuré de Nerbis, le couvent des Jacobins de St-Sever, et la collégiale de St-Girons, à Hagetmau.

Voici la liste de ces paroisses:

Artiguebaude, ou St-Etienne et Goudosse - Audignon avec Banos et Arcet - Brassempouy - Cauna avec Lagastet - Cazalis - Cazalon - Dumes - Eyres - Horsarrieu - Lamothe - Larbey et Maylis - Momuy - Monget avec Burgaux - Monségur avec Labastide la Reine - Brocas avec Montaut - Mugron - Nerbis - St-Aubin et Hauriet - Ste-Colombe - St-Cricq-Ségarret et Marquebielle - Ste-Eulalie avec Aurice et Mauco - St-Girons avec la chapelle de Hagetmau - St-Sever - Serreslous et Arribans - Souprosse et St-Pierre - Toulousette. (Légé).

Les archiprêtres de Doazit habitaient à Aulès dans la maison actuellement vide et encore appelée "le presbytère"*4, à quelques pas seulement de l'église.

Quand fut refaite, avec le concordat de 1801 la carte des paroisses, Doazit perdit son titre honorifique et devint simple succursale dans le doyenné de Mugron.

Nous transcrivons ici les noms des divers archiprêtres et des vicaires de Doazit, tels que nous les avons relevés dans les vieux registres d'avant la Révolution, conservés à la mairie.

 

Archiprêtres:

Johan de Castagnet en 1415 (Daugé)

Domezan en 1572 (Cazauran)

De Justes en 1649

Despouys en 1660

De Cès en 1662

Saint-Espès en 1689

Saint-Girons en 1701

Dussault en 1711

De Mora en 1732.

 

Parmi les anciens vicaires, nous citerons:

1609 Dezest

Dubernet

1643 Camescasse

1670 Filhucat

1681 Salles

1688 De Dezest

1692 Dubroca

1693 Barrouillet

Barthouil

1696 Darribère

1699 Decès

Debic

1703 Cassaré

1704 De Verzuy

1712 Dussault

1713 Diris

1720 Lassalle

1724 Peyroux

1734 Lamarque

1737 Decès

Tauzin

1739 Demora

1741 Sabazan

1748 Proères

1749 Duhaut

1753 De Cadrieu

1755 Duvignau

1757 Claverie

de Captan

1759 Dunogué

1762 Lubet

1766 Dubosc

1768 Costedoat

1769 Dupouy

1770 Lacouture

Lagarde

1772 Lalanne

Larhède

1777 Chaumont

1778 Ducournau

1783 De Camont

1784 Dubayle

1786 Lamarque

1788 Nalis

Dubasque (jureur)

En raison de son importance religieuse, Doazit était jusqu'en 1789, un poste à deux vicaires.

 

 

Curés :

Depuis le concordat, sept curés ont gouverné la paroisse.

Ce sont :

1800 Nalis

1816 Dulau

1824 Priam

1847 Pierre Bellocq

1855 Bernard Bellocq, son frère

1890 Vital Brun

1923 A. L. Robert.

 

Leurs vicaires furent:

Vicaires :

1812 Dulor; Dubedat

1816 Parade

1818 Priam

1819 Dubedout

1821 Lafosse

de 1823 à 1833 la paroisse reste sans vicaires.*5

1833 Lalaude

1835 Labenne

1837 Moncocut

1839 Duhon

1841 Maulon

1843 Dicharry

1846 Lacoste

1847 Pierre Bellocq, frère des 2 curés.

1868 Laloubère

1872 Placide Baqué, mort curé de Préchacq, frère de l'ancien supérieur de Buglose et curé actuel de St-Paul-les-Dax.

1876 Debic, puis Hontang

1880 J. Gabarra, entré plus tard chez les Bénédictins et mort Père abbé de Notre Dame de la Source à Paris.

1881 Mathieu, parti la même année vicaire de Léon.

Doazit reste quatre ans sans vicaires.

1885 Vergez, d'Orthevielle, curé d'Arx et de Cauneille.

1889 Pierre Ducos de Ste-Eulalie de St-Sever, puis vicaire de Miramont, curé de Dumes, de Mant et de St-Gein, retiré et mort à Maylis.

1891 Maurice Lahargou, de Labastide d'Armagnac, frère de Mgr Lahargou, prélat de la Maison de Sa Sainteté, Venu de Miramont, curé de Liposthey, retiré et mort à Buglose.

1892 Charles Castéra de Mant, curé de Lauret, de Pimbo et d'Eyres-Moncube.

1896 Dumartin, mort en 1938, curé de Sanguinet.

1898 J. Bte Lapègue de St-Martin de Seignanx, vicaire de Villeneuve, de Doazit, d'Amou, curé de Gastes, mort curé de Lüe.

1900 Fernand Desclaux, d'Amou, curé de Herré, et de Canenx.

1901 Pierre Bordenave, de St-Vincent de Paul, curé de Serreslous, de Candresse et de Bénesse-Maremne.

1906 Henri Garralon, de Vielle-Tursan, curé de Larbey, mort curé de Vielle, sa paroisse natale.

1910 Emile Minjot, de Soustons, curé de Herré et d'Azur.

 

 

Notes biographiques sur les derniers curés.

 

 

L'abbé Nalis

En 1790, trois prêtres se trouvaient en même temps à Doazit, l'archiprêtre de Mora et ses deux vicaires, Antoine Nalis et Dubasque. Seul celui-ci prêta serment à la constitution civile du clergé.

M. Nalis, né à Grenade le 7 juin 1750, demeura à Doazit après le départ pour sa famille à St-Sever, de son archiprêtre devenu impotent. Il était déjà vicaire depuis deux ans, quand éclata la Révolution de 1789. Pour ne pas laisser le troupeau sans pasteur, il se cacha dans les maisons de la paroisse, et fut toujours au service des âmes, malgré les poursuites dont il fut l'objet de la part des patriotes. Le calme revenu, il devint, en 1800, curé de Doazit. Ce fut vraiment le prêtre selon le coeur de Dieu, dénonçant sans peur les scandales de son temps, et portant ses paroissiens, par sa parole et ses exemples, à la pratique de toutes les vertus chrétiennes.

En 1811, il fit donner une mission qui eut les plus consolants résultats, et que prêchèrent avec un zèle tout apostolique les curés de Cauna, de Poyanne, de Boulin, et un prêtre habitué de Mugron. Le souvenir de ces pieux exercices, fut la croix de la rue de Bas, deux fois restaurée depuis, et devant laquelle se font le dimanche, les stations pour les fruits de la terre. L'année suivante, M. Nalis invita l'abbé Marsan curé de Mugron, à venir donner une retraite de huit jours, qui attira autour de la chaire des foules empressées, avides d'entendre la parole de Dieu. Le prédicateur n'était autre que l'ancien vicaire de Mugron lui-même, celui qui par son courage tranquille et ses ruses savantes, exerça mille fois la patience des sans-culottes lancés à sa poursuite.

Le curé de Doazit, nous dit J. Bte Barbe, aimait beaucoup la campagne; et comme la paroisse n'avait encore pas de presbytère, il demeura presque continuellement à la maison de "Lèbe".

Avec la vieillesse, vinrent, un jour, les infirmités. Obligé bientôt de résilier ses fonctions, il édifia tout le monde par sa patience, sa piété et sa soumission à la volonté de Dieu. Il mourut à l'âge de 83 ans, le 9 février 1816, laissant une mémoire en bénédiction, et pleuré comme un père par la paroisse reconnaissante.

 

*

M. Dubasque, né à St-Sever, le 25 avril 1765, crut bon de s'inféoder aux partis de la Révolution, et fut nommé curé-jureur de Doazit de 1791 à 1800.

Mais par un juste retour des choses dont l'histoire est parfois coutumière, il fut bientôt chassé par ses co-religionnaires et, sous le discrédit général, partit pour Mant où il mourut en 1843.

*

 

M. Nalis eut pour vicaires, M. Delor, qui comme lui se cacha pendant les jours affreux de la terreur, et qui en 1812, fut nommé curé de Sallespisse (Basses Pyrénées), son pays natal, et l'abbé Dubedat, envoyé en 1816 à Ste-Marie de Gosse, comme curé desservant.

La paroisse demeura alors pendant six mois sans titulaire, et ce fut le vicaire de St-Sever, l'abbé Dubernet, qui, jusqu'en août 1816, en fit régulièrement le service.

 

 

 

L'abbé Dulau

L'abbé Jean Dulau, né à Doazit le 12 juillet 1754, était fils de Joseph Dulau et de Jeanne Despouys. Sa soeur, Marie, se maria en 1772 avec Pierre Barbe, père de ma grand-mère Augustine Barbe.

Il fut pendant quelques jours professeur d'éloquence au petit séminaire d'Aire, et en 1787 passa à Bahus-Soubiran comme pro-curé de la paroisse. La jeunesse de l'endroit lui était particulièrement dévouée, et, nous disent les archives de Doazit, pendant qu'il reposait, celle-ci faisait le guet autour du presbytère, pour l'avertir, au besoin, des dangers qui pouvaient le menacer. Malgré ces précautions, il faillit, un jour, tomber entre les mains des patriotes, et, en fuyant, il reçut un coup de fusil qui le cloua sur place; mais, la balle miraculeusement amortie "tomba sur lui comme de la terre". De là, lui vint le surnom de Jean de la terre qu'il conserva longtemps. Pendant la persécution religieuse de 1793, il se montra à Bahus, comme un noble défenseur de la foi. En 1800, il fut nommé curé de la paroisse où il édifia ses ouailles par ses instructions "onctueuses, pleines de prudence et de sagesse". Trois ans plus tard, Mgr Loison lui confia la desserte de St-Loubouer. Là, nous apprend son chroniqueur, le confessionnal du curé fut bientôt fréquenté par de véritables foules, désireuses de recevoir lumière et conseil du ministre de Dieu; il passait même, nous dit-il, une partie de ses nuits à réconcilier les âmes au tribunal du pardon.

Il arriva à Doazit en août 1816, mais y fut tout d'abord assez froidement reçu par la population, qui ne lui pardonnait pas d'être un fils du pays... Peu à peu, cependant, les contacts s'établirent; et, comme à St-Loubouer, l'abbé Dulau prêcha avec force la parole évangélique: les auditoires variés qu'il groupait à l'église, à ses conférences de carême, se retiraient émerveillés, et ne demandaient rien tant, que de l'entendre encore; si bien que les retours à Dieu devinrent pour lui des plus consolants, et que la paroisse fut finalement transformée par son zèle et son dévouement soutenus. - J. Bpte Barbe confirme cette appréciation quand il écrit: "Il était très instruit pour son état; il avait tous les caractères d'un bon prêtre; sa contenance dans l'église inspirait la confiance; il prêchait avec éloquence, mais n'était pas secondé par son organe. Son esprit s'affaiblit peu à peu; il demanda son remplacement en 1823, et en 1826 se retira dans sa famille, il était d'un naturel vif et très économe".

Devenu sourd, et par conséquent inapte à conserver plus longtemps la houlette, il pria Mgr le Pappe de Trévern, son évêque de lui donner comme successeur l'abbé Priam, son ancien vicaire, qu'il avait pu apprécier et qui lui semblait digne encore de son entière confiance.

M. Dulau revenu près des siens, mourut le 1er décembre 1827, à l'âge de 73 ans.*6

*

Il eut successivement pour vicaires: en 1816 l'abbé Parade, de Gerde (Hautes Pyrénées), et en 1818 l'abbé Pascal Priam, natif de Duhort. Puis ce furent MM. Dubedout qui en 1821 devint curé de l'importante paroisse de Luxey, et Lafosse, de Dumes, à qui l'évêché confia en 1823, la desserte de Morcenx.

 

 

 

L'abbé Priam

Son vicariat de Doazit terminé, l'abbé Priam avait été envoyé curé de Castelnau-Tursan en 1819. C'est là, nous l'avons vu plus haut, que l'administration diocésaine vint le chercher en 1824, pour le mettre à la tête de la grosse paroisse qu'il avait servie avec l'abbé Dulau. De ce temps déjà, il s'était montré d'une activité dévorante, et il avait parcouru la localité pour recueillir les fonds nécessaires à la refonte des deux cloches fêlées de l'église du bourg. Sa courageuse entreprise fut couronnée de succès, et il remit à son curé la magnifique somme de 3.709 francs, qui permit à celui-ci de doter Aulès et le Mus d'une cloche nouvelle. La Révolution avait pris sept cloches à Doazit: une au bourg et trois dans chaque annexe (Barbe). Elles avaient été brisées et envoyées ainsi à l'Hôtel de la Monnaie à Bayonne. Il fallait donc réparer les ruines accumulées par les conventionnels, et le jeune vicaire ne recula devant rien pour rendre aux églises de Doazit, une partie de leur lustre d'autrefois. La quête commença le 22 mars, et le 18 avril 1819, la police fut passée avec les fondeurs qui reçurent 760 livres de matière première et 88 autres livres qu'ajoutèrent les habitants. On fit même venir d'Espagne pour 926 livres de débris de canons; et 4 cloches furent coulées sur la place publique du village, le 3 juin suivant, qui était le jour de l'Ascension. Les 2 cloches réservées à l'église du bourg prirent place au beffroi le 24; celles d'Aulès et du Mus le 22 juillet (archives de l'église).

Les cloches pesèrent 960 et 301 livres pour le bourg; 255 et 247 livres pour les annexes.

Ces détails, avec le recul du temps nous paraissent intéressants; et voilà pourquoi, nous les avons fait figurer dans ces pages d'histoire.

Nous dirons plus loin les modifications ou créations nouvelles, dont nos trois clochers ont bénéficié depuis 1819.

L'abbé Priam devenu curé de Doazit n'eut aucune peine à s'imposer à l'attention des familles. On savait déjà de quoi il était capable, et sous sa haute direction, la paroisse connu des jours de prospérité religieuse. Toujours avec les siens, il se fit remarquer par une gaieté de bon aloi, et sa générosité qu'on disait être excessive apportait chez les déshérités de la fortune, le bien être qui leur était nécessaire.

Bien que d'une constitution robuste, M. Priam finit par payer bientôt son tribut à la maladie, et pendant trois ans il subit les contrecoups d'une affection du coeur qui l'emporta le 23 avril 1847, après une longue et pénible agonie.

*

Après être resté dix ans sans vicaire, Doazit demanda à l'évêché, secours pour son curé. C'est ainsi que l'abbé Priam partagea successivement son ministère pastoral avec M. M. Lalaude de Montaut, arrivé en 1833 et qui deux ans plus tard alla terminer son vicariat à Hontanx; avec Labenne qui de novembre 1835 à juillet 1837 fut pour son curé un précieux et vaillant auxiliaire, et dont Mgr Savy sut reconnaître les mérites en l'envoyant curé du Boucau; avec l'abbé Moncocut, déjà vicaire de St-Loubouer, nommé en 1839 à Lesperon; avec l'abbé Duhon, de Donzacq, à qui fut confiée en 1841 la cure de Labouheyre; enfin, avec les abbés Maulon de Créon, Dicharry, parti pour Escalans en 1846, et Lacoste de Mant.

 

 

 

Les abbés Pierre, Dominique et Lazare Bellocq

La paroisse ne resta pas longtemps sans titulaire, et tôt après la mort de M. Priam, l'évêché envoya à Doazit, l'abbé Pierre Bellocq, né à Coudures en 1813, et précédemment curé de Clermont. Devenu sourd, Mgr Lannéluc lui donna pour auxiliaire son frère Dominique, curé de Lourquen. Celui-ci, répondant à l'appel de Dieu, partit en 1855, chez les Jésuites de Toulouse et fut remplacé par le troisième frère, Bernard, dit Lazare, curé de Boulin.

Noble et patriarcale famille qui donna trois prêtres au diocèse, et qui en 1903 envoyait à Aire un séminariste qui lui, ne devait pas persévérer dans sa vocation.

Les abbés Bellocq tracèrent à Doazit un profond sillon pendant leur long ministère de 35 ans. Leur mémoire est encore en bénédiction dans les familles de l'endroit. Déjà, de leur temps, leur austérité et leur régularité étaient devenus proverbiales. Peut-être se ressentaient-ils encore de ces vieilles méthodes jansénistes qui, après la Révolution n'avaient pas tout à fait disparu de l'esprit du clergé landais.

Au jeune abbé Ducos, son vicaire, qui venait d'arriver, Bernard passa un jour la consigne: "vous aurez, lui dit-il, l'église pour prier, la chambre pour travailler, le jardin pour promener !...". Je doute fort que les vicaires d'aujourd'hui, jetés dès leur sortie du séminaire, dans la vie trépidante du siècle, s'accommodent sans secouer le joug, d'une rigidité aussi monacale... Autres temps autres moeurs!

Sous de tels pasteurs, la paroisse vit fleurir les vertus familiales et ces belles traditions chrétiennes qui ont fait d'elle une des portions choisies de notre beau diocèse, et qui ont toujours, depuis, désigné Doazit à la pieuse attention de ses nombreux voisins. Ce n'est pas tout. La vie si éminemment sacerdotale des trois frères Bellocq, trouva un écho si profond dans les âmes, que les familles donnèrent alors en grand nombre au service des autels, les meilleurs de leurs enfants: Louis et Jean Lalaude, Isidore et Siméon Lamaignère, mes oncles, Jean Bordelanne, Jean Saint-Genez, Honoré Lafitte, J. Bte Filhoucat, le révérend père Dupouy, et le père Benoît Lafitte.

Le cimetière d'Aulès garde précieusement la dépouille mortelle des Bellocq: Dominique, S.J. décédé en 1885, à l'âge de 72 ans; Pierre, mort le 12 août 1887, âgé de 76 ans; et Bernard qui, retiré à Buglose, mourut sous le regard de Notre Dame le 22 janvier 1895.*7

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Transcrivons ici le nom des vicaires passés à Doazit avec les abbés Bellocq d'ailleurs déjà cités page 9 : M.M. Laloubère, Baqué, Debic, Hontang, Gabarra, Mathieu et Vergez.

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De l'abbé Lazare, (vicaire de Rion, de Hagetmau, curé de Boulin en 1851, de Doazit en 1855, retiré à Buglose en 1890, décédé en 1895), on a dit qu'il fut l'homme aimable par excellence et un esprit distingué jusque dans ses malices. Il fut aussi le prêtre élevé à l'école des saints, charitable entre tous, au jugement droit et dont le visage fut toujours véritablement le miroir de son âme. Ceux qui le connurent nous ont dit que son plus grand plaisir était de faire profiter les autres de sa vaste érudition et de son expérience personnelle.

On le voyait, chaque jour, agenouillé à l'autel, et priant longuement pour ses ouailles; le dimanche, en chaire, il exhortait son peuple à se montrer fidèle au devoir, dénonçant les abus, démasquant l'ennemi, mais sans jamais se départir d'un paisible langage. Sa sollicitude allant de préférence aux enfants et aux malades de la paroisse, à qui il ne ménageait ni sa charité paternelle, ni les secours de sa bourse. Sa bourse? Il la consacrait à l'entretien de ses trois églises et aux prédications extraordinaires qu'il faisait régulièrement donner, pour maintenir dans le bien, les âmes dont il avait la charge. Doazit lui doit la fondation de l'école des filles confiée aux soeurs de la Croix, et qui aujourd'hui sous un autre nom, continue à assurer l'avenir chrétien des familles.

Lorsqu'il se sentit incapable de tenir plus longtemps la paroisse, l'abbé Bellocq résilia ses fonctions et se retira à Buglose pour préparer son éternité. Là, pendant près de cinq ans, il édifia tous ses confrères par son esprit éminemment sacerdotal et fut l'ami et le conseiller des jeunes missionnaires.

Selon son désir, son corps fut porté, à sa mort, au cimetière d'Aulès, pour y reposer à côté de ses frères. La paroisse lui fit des obsèques triomphales, et l'église fut trop petite pour contenir la foule des prêtres et des fidèles accourus au pied de son cercueil.

 

 

 

L'abbé Brun

Ce prêtre, avant tout préoccupé du salut des âmes qui lui furent confiées, ne brilla pas seulement par ses qualités de curé; il fut aussi un excellent confrère. Digne successeur des abbés Bellocq, il se montra à sa paroisse d'une piété solide et éclairée; sa direction était appréciée et ses relations, d'une amabilité qui n'excluait pas la finesse des saillies pleines d'humour, furent toujours empreintes de la plus grande cordialité.

Malgré les quelques froissements que ne manque jamais d'amener l'accomplissement du devoir pastoral, ses anciens paroissiens venant en pèlerinage à Maylis, se faisaient une joie de lui réclamer sa bénédiction et de lui redire leur affection reconnaissante. (D'après la Semaine Religieuse du 27 juillet 1923).

En 1890, Mgr Delannoy, envoya à Doazit, l'abbé Vital Brun, de Vielle-Adour (Hautes Pyrénées). Celui-ci, né en 1839, professait au collège d'Aire deux ans déjà avant son ordination sacerdotale, qu'il reçut en 1865 des mains de Mgr Epivent. Il occupa successivement les cures de Bassercles (1870-1873), de Donzacq (1873-1881), de Saubusse (1881-1890), et de Doazit (1890-1923).

L'abbé Brun fut un de ces prêtres qui rechercha toujours le bien des âmes, et dont on peut dire qu'il réalisa l'idéal du bon pasteur, demandé par l'Apôtre. Son tempérament de bigourdan pouvait quelquefois le rendre trop entier et excessif aux yeux de ceux que n'embarrassaient point les scrupules de conscience. Mais, il n'en continuait pas moins à poursuivre sa tâche, toujours égal à lui-même, encourageant les uns, fustigeant les autres, insensible aux critiques rencontrées sous ses pas. Pour nous, qui l'avons connu, nous ne dirons jamais assez combien sa piété fut solide et sa direction éclairée. On gagnait à le connaître; et dans l'intimité, il dépouillait cette rudesse native, pour laisser bien vite apparaître une exquise amabilité, qu'il savait agrémenter de saillies pleines d'humour et de finesse.

Tous les sujets lui étaient familiers; mais, quand il parlait de politique religieuse, il en revenait toujours à Louis Veuillot dont il resta, jusqu'à sa mort, le plus ardent admirateur.

Le curé de Doazit eut en 1897, à lutter contre les lois laïques qui, à cette époque, jugulèrent en France les congrégations enseignantes. L'école de la paroisse tenue depuis 1869 par les filles de la Croix, dut à son tour fermer ses portes, et trouver un nouveau local pour continuer son action bienfaisante. Mais la Providence veillait; et une âme généreuse, Mlle Pauline Dagès, que tous vénéraient à Doazit pour son immense charité et les soins dévoués qu'elle donnait aux malades, acheta pour l'oeuvre du curé, l'immeuble et l'enclos de Pédaulès. Les religieuses se sécularisèrent sur place et purent ainsi reprendre leur tâche, sauvant du naufrage une institution si chère au coeur de tous.

Vinrent ensuite les journées tragiques de 1906, avec les tracasseries des inventaires, des délits de messes, avec les honteuses spoliations dont fut victime l'église de France, toutes choses qui resteront à jamais la page la plus triste de notre défunte et abjecte république.

A cette époque, Doazit connut aussi toutes les offensives laïques, que certains éléments, étrangers à la paroisse, orchestrèrent avec art pour mieux saper le sentiment religieux. Grâce à son indomptable ténacité, M. Brun eut raison des semeurs de discorde; et il nous souvient à nous-même que ceux-ci, sentant la partie perdue, crurent bon d'aller sauver bientôt, dans une prudente retraite, ce qui pouvait leur rester encore de prestige "républicain". Les blocards en furent pour leurs frais; et ni leur presse, ni leurs agents patentés, ne forcèrent la place.

Devenu sourd et infirme, obligé de quitter sa famille, le curé de Doazit demanda la relève en mars 1923, et prit le chemin de Maylis. Il y mourait le 14 juillet suivant; et son corps, accompagné par la foule reconnaissante et pieusement recueillie de ses anciens paroissiens, fut inhumé à l'ombre des grands cyprès d'Aulès, à la suite des abbés Bellocq, ses trois prédécesseurs. M. Brun avait 83 ans.

Ses vicaires furent: M.M. Lahargou, Ducos, Castéra, C. Labeyrie, Dumartin, Lapègue, Desclaux, Bordenave, Garralon, et Minjot.

 

 

 

 

Prêtres originaires de Doazit

Si l'esprit de Dieu souffle où il veut, la paroisse de Doazit a pu, dans le cours des âges, constater que cette parole de nos saints livres n'a pas été chez elle un mot vide de sens. N'a-t-elle pas, en effet, vu fleurir dans maints de ses foyers cette magnifique éclosion de vocations sacerdotales, qui lui permet de compter trente fleurons au palmarès du diocèse, trente prêtres, dont la liste glorieuse a été publiée en octobre 1929, par le bulletin d'Aire et de Dax ? Cette belle pléiade, échelonnée de 1740 à nos jours, lui permet ainsi de figurer au no9 des paroisses landaises, pourvoyeuses de nos autels. Doazit, là encore, reste la terre bénie du ciel.

Donnons ici ces noms, sans orgueil mais avec une sainte et légitime fierté :

1 - Jean-Pierre Laloubère, curé du Vignau, né en 1740, passé en Espagne pendant la terreur, mort en 1822.

2 - J. Bpte Laborde, né en 1745, curé de St-Cricq-du-Gave, mort en 1817.

3 - J. Bpte Darcet, né en 1743, vicaire de St-Sever, curé de Labastide d'Armagnac, 1782-1801, mort le 18 brumaire an X (Légé), (prêtre assermenté).

4 - Louis Séris, né en 1748, mort aumônier des Ursulines de St-Sever.

5 - Jean Diris, né en 1747, passé et mort en Espagne en 1793.

6 - Son frère Léon, né en 1752.

7 - Jean Dulau, dont nous avons retracé la vie.

8 - Bernard Pouységur, né en 1755, vicaire d'Audignon, puis de St-Loubouer; curé de Serreslous, déporté à La Rochelle.

9 - François de Cès-Caupenne, fils du baron Bernard, qui après avoir été curé de Caupenne, devint archiprêtre de St-Sever où il demeura caché pendant la Révolution. Il mourut en 1849, à l'âge de 92 ans (né le 24 avril 1757).

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Voici, avec la date seulement de leur ordination, le nom des autres prêtres originaires de la paroisse :

10 - 1835 J. Bpte Benquet, curé de Souprosse.

11 - 1835 Pierre Saint-Genez, curé d'Urgons.

12 - 1836 Jean-Pierre Saubaigner, curé de Pontenx.

13 - 1839 Félix Barbe (mon grand oncle) vicaire de Pouillon, curé de Montaut et de Tilh.

14 - 1840 Jean Tachoires, professeur au collège d'Aire.

15 - 1844 J. Bpte Saubaigner, curé de Monségur.

16 - 1855 Firmin Barbe, frère de Félix, jésuite, mort missionnaire de Madagascar en 1883.

17 - 1861 Casimir Deyris, curé doyen d'Amou.

18 - 1879 Louis Lalaude, curé de Cazalis et de St-Cricq.

19 - 1879 Isidore Lamaignère (mon oncle) vicaire de St-Sever, curé de Maillères, de Clermont, de Habas, supérieur de la maison de Maylis, mort à Vichy le 18 juillet 1918.

20 - 1880 Jean Bordelanne, curé de Sarran, de Créon, de St-Pandelon. Retiré et mort chez les lazaristes du Berceau de St-Vincent de Paul.

21 - 1886 Jean Lalaude (frère de Louis), curé de Morganx, d'Artassenx, décédé à Bordeaux.

22 - 1886 Jean Saint-Genez, curé en Algérie (décédé).

23 - 1891 Siméon Lamaignère, vicaire de St-Vincent de Xaintes, professeur au collège de Dax, curé d'Eugénie-les-Bains, d'Argelouze, de Ste-Eulalie-en-Born, de Luxey. (mon oncle).

24 - 1892 Honoré Lafitte, vicaire d'Amou, curé de Pimbo et de Montaut.

25 - 1901 Joseph Dupouy, vicaire de Tartas, curé de Sarraziet, missionnaire de Maylis, curé de Habas; missionnaire de Bétharram.

26 - 1903 J.- Bpte Filloucat, vicaire de Souprosse, curé d'Onard et de Saubion (décédé).

27 - 1903 Benoît Lafitte, bénédictin.

28 - 1906 Alphonse Peyroux, professeur au petit séminaire, curé de Pontenx.

29 - 1911 Raphaël Lamaignère, professeur au collège de Dax, vicaire à Peyrehorade, curé de Peyre et de St-Aubin.

30 - 1923 Louis Lamaignère (mon frère), vicaire de Tartas, puis de St-Paul-les-Dax, curé de Callen, de Peyre, de Tosse, de Habas.

31 - 1925 Julien Larrieu, des missions étrangères de Paris, au Japon. (décédé).

32 - 1936 Maurice Justes, professeur au collège de Dax, curé d'Arx, d'Arboucave.

En 1941, 9 de ces prêtres, sont ou en retraite, ou en fonctions: curés, missionnaires, religieux.

33 - 1944 En novembre 1944, Mgr Mathieu, évêque de Dax vient conférer la prêtrise dans l'église de Doazit, à l'abbé Saubignac (du Guit).

34 - 1951 Ordination de P. Lailheugue (de Cazotte)

 

 

 

 

Esprit religieux de la paroisse

Nous connaissons peu de paroisses où, comme à Doazit, se soient conservées aussi vivantes les traditions du passé. Nous en connaissons assez peu, où les hommes, bravant tout respect humain, viennent encore avec autant de loyauté affirmer leurs croyances, quand la cloche appelle à la pratique du devoir chrétien: magnifiques gardes d'honneur qui nous font revivre les époques de la foi de nos valeureux ancêtres, et qu'ont à peine effleurés ces relents d'indifférence qui, partout ailleurs, ont eu une aussi lamentable et désolante nocivité. Non pas que tout soit aussi parfait à Doazit: ce serait trop demander; mais l'ensemble de la population est demeurée fidèle à ces principes immuables qui, seuls, et de tout temps, ont véritablement forgé les coeurs et trempé les caractères. C'est toujours avec une émotion prenante que je revois chaque année les mêmes foules, quand reviennent en octobre, les fêtes si populaires de l'Adoration; et cela me rappelle ces jours lointains, où pendant ma jeunesse cléricale, j'étais chaque dimanche en contact avec une assistance qui regorgeait jusque dans le sanctuaire, et sur laquelle semblait planer un air de mystère, fait de piété, qui malgré moi, m'imprégnait tout entier... Et Doazit continue... L'ombre des aïeux à la foi si vibrante, plane toujours sur les fils qui n'ont jamais démérité, ni su ce que trahir voulait dire.

Oui, admirables époques que celles que nous dépeint lui-même l'archiprêtre Saint-Guirons (archives municipales, cahier no91), où, pour gagner le jubilé de 1703, 1500 pèlerins de Doazit et de Serreslous, hommes en tête, partirent à pied pour Mont-de-Marsan, où devaient se faire les quatre visites imposées à la Madeleine, à la chapelle de l'Hôpital, et aux deux couvents des Cordeliers et des Barnabites. Le lendemain, qui était le 5 juin, la pieuse caravane s'arrêtait à St-Sever, allait s'agenouiller dans l'église abbatiale, et après avoir été reconduite par le clergé de la ville et les confrères du T. St-Sacrement, jusqu'aux portes de la cité, reprenait le chemin du retour, au chant des Litanies des Saints et des psaumes de la pénitence. A 6 heures du soir, eut lieu à Aulès, une cérémonie d'expiation, où le curé archiprêtre entouré de ses vicaires, se prosterna la face contre terre pour demander pardon à Dieu des fautes de dissipation que l'assistance avait pu commettre, dans son long et pénible voyage...

Aux temps troublés de la révolution de 1789, il y eut, hélas! comme une éclipse dans la manifestation du sentiment religieux. Mais, si le culte était pratiquement interdit, les âmes secrètement dirigées par les abbés Nalis et Delor n'en continuaient pas moins à demeurer attachées à la foi de leur baptème. Les gendarmes, les gardes nationaux, les troupes mobiles eurent beau s'agiter: jamais ils ne parvinrent à briser les liens qui unissaient les fidèles à leurs légitimes pasteurs. Sans doute les maisons furent fouillées, le pillage des trois églises put également s'accomplir: une chose resta au-dessus de la mainmise sacrilège des furieux sans-culottes: le service de Dieu et l'amour du devoir.*8 J. Bpte Barbe nous raconte dans son mémoire "que les patriotes s'apprêtaient à enlever les ornements et les reliques de l'église*9, quand trois femmes courageuses, dont le nom eût mérité de passer à la postérité, se laissèrent enfermer dans le lieu saint, et, à la faveur de la nuit, emportèrent subrepticement chez elles, ce qui avait tenté les rapaces voleurs.

Le dimanche, à Doazit, avait été remplacé par la fête de la décade. L'église vit alors se dérouler des scènes tumultueuses, pendant lesquelles les révolutionnaires de l'endroit prenant la chaire d'assaut s'en venaient publiquement manifester leur attachement au régime. Un comité spécial été chargé de choisir trois filles appelées "déesses" qui venaient s'asseoir sur l'autel pendant toute la durée du club, celle du milieu tenant un sabre effilé à la main. A la sortie de l'église, la tourbe hurlante se rendait sur la place voisine, pour y danser et chanter des hymnes patriotiques autour de l'arbre de la Liberté. C'était ensuite, pour les amis de la dive bouteille, de longues et copieuses libations, tandis que les plus fortunés s'attablaient dans un coin, pour des repas civiques, qui se prolongeaient parfois bien avant dans la nuit, sans préjudices des cris et hurlements poussés par les retardataires. Cependant, en 1794, les offices divins furent de nouveau autorisés à l'église et dans les maisons particulières. On commençait déjà à respirer, quand, en 1798, une seconde persécution aussi violente que celle de 1793, vint semer à nouveau la confusion dans les coeurs et les esprits. Deux ans après, par bonheur, Bonaparte venait mettre fin à cet état de choses, et ramenait la paix, en rétablissant officiellement le culte catholique.

Pour commémorer l'événement, la jeunesse de Doazit, unie à celle d'Aulès, joua, le premier dimanche d'août 1803, la "Tragédie de St Jean", devant la grange de Pédaulès. Ce fut un succès sans précédent, dû à la généreuse initiative de l'abbé Nalis, heureux enfin de retrouver le calme de son âme, après les jours affreux qu'il venait de passer.

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Depuis lors, c'est un silence total sur les événements religieux de la paroisse, les divers curés de Doazit ne nous ayant laissé aucun document, dont nous pourrions aujourd'hui retirer un utile profit.

Cependant, nous savons que les doazitiens ont toujours alimenté leur piété aux sources même de la religion: jubilés, missions, retraites, s'immunisant ainsi contre les tendances du siècle. Témoin, par exemple, le jubilé de 1842 qui dura deux semaines, et où furent distribuées mille communions. Témoin, cette tournée de confirmation en 1838 où Mgr Savy, de pieuse et vénérée mémoire, vit venir à lui plus de 500 personnes à qui il distribua le Pain Eucharistique. Parlerai-je ici des missions décennales, où les ouvriers apostoliques firent, chaque fois, oeuvre si profonde dans les âmes? De ces cérémonies des Quarante-Heures, établies le 1er février 1838, et qui jamais, après plus d'un siècle d'existence, n'ont rien perdu de leur ferveur première... Pourquoi ne pas mentionner l'institution de ces Confréries (St Sacrement, 20 juin 1831; Rosaire, 12 septembre 1837; Scapulaire, 15 juin 1849; St Sébastien, 22 août 1842, aujourd'hui disparue), qui toutes ont maintenu la vitalité du devoir chrétien dans les familles, rendant plus attrayante la pratique du bien?

Signalons pour terminer, la présence à Doazit d'une école libre, où avec la connaissance généreusement dispensée des sciences ordinaires et de l'enseignement religieux, les générations de demain se forment aux vertus solides dont la France a besoin, si vraiment elle ne veut pas mourir.

Et tout cela fait de Doazit la terre gâtée de la Providence, le troupeau d'élection, en route toujours vers de nouvelles et glorieuses destinées.

 

 

 

Croix paroissiales

Neuf croix jalonnent Doazit et ses annexes. Au bourg, celle du Martinon, de Pédaulès, de la Pisnaille et du Plassin - Puis celle de Caré, de Labarrère, de Junca, de Casse et de Dumus.

La Vierge de Maylis, érigée en 1907, veille sur la plaine d'Aulès, en bordure de la route départementale de St-Sever à Amou.

 

 

 

Le presbytère

Nous avons dit précédemment que jusqu'au Concordat de 1801, les curés-archiprêtres de Doazit résidèrent à Aulès. Quand furent réformées les anciennes divisions ecclésiastiques, Doazit devint le centre de la vie paroissiale, et les curés se logèrent au bourg. Mais où trouver un local approprié? En 1813, le maire, M. de Foix Candale, agissant au nom de la commune, acheta la maisons et les dépendances de "Ferré" à un nommé Dupuy, pour en faire le nouveau presbytère. Les frais montèrent à 3.000 francs, et les contribuables durent, pendant cinq ans, payer une quote-part sur leurs impositions ordinaires, pour aider les acquéreurs à éteindre la dette.

En 1816, il fallut aviser déjà aux premières réparations, et jusqu'en 1849, l'entretien seul dévolu à la commune, et qui avait considérablement grevé les budgets annuels, décida les édiles du bourg à prendre une nouvelle mesure. L'immeuble de plus en plus délabré, fut presque complètement démoli, et une maison spacieuse et plus confortable sortit de terre, dès 1850, pour se terminer plus tard à la satisfaction de toute la paroisse. Pendant que se faisaient les travaux, les abbés Bellocq se retirèrent à la maison dite, de Caupenne, en haut de la grand' rue, que Mme Roby avait achetée, dépendances exceptées, pour la somme de 4.000 francs. Le 12 février 1852, le clergé de l'endroit prit officiellement possession de la cure, toute flambante neuve, à deux pas de l'église (d'après le mémoire de J. Bpte Barbe).

 

 

 

L'église de Doazit

L'église de Doazit, de style gothique, est placée sous le vocable de N.D. de l'Assomption. Dans les anciens actes de catholicité, elle porte le nom de "capelle nostre Dame de Douazit". Elle avait jusqu'au moment de la Révolution, ses registres propres, comme Aulès et le Mus avaient les leurs. D'après M. Prigent (Histoire des Landes), elle daterait au moins du XIIIe siècle; et avant de devenir en 1801, l'église paroissiale, elle était simplement l'église seigneuriale, où les habitants du bourg pouvaient aller librement satisfaire leur piété.

Rien ne nous dit qu'elle ait servi de sépulture aux suzerains du lieu, mais la chose est possible puisque partout ailleurs, les seigneurs avaient dans ces sortes de chapelle, leurs tombes familiales. Ce que nous savons, c'est qu'au moins un des archiprêtres de Doazit, M. Jean César de Cès, y fut inhumé le 8 mars 1686 "à l'âge de 65 ans ou environ" (archives de la mairie).

Ce respectable édifice, bâti à l'extrémité ouest du village, est composé de deux nefs. Le grand vaisseau, sanctuaire compris, mesure 30 mètres de long sur 6,50 mètres de large; la chapelle latérale, 25 mètres sur 4. Comme dans les anciennes églises, successivement remaniées, les 2 voûtes sont d'inégale hauteur.

L'église de Doazit, comme en fait foi le mémoire de J. Baptiste Barbe, subit, au siècle dernier, de multiples et substantielles transformations. Mais disons tout d'abord que le clocher primitif de l'ancien oratoire seigneurial, était tourné face à la butte du "Ram" et que pour passer à l'église, il fallait traverser le pont-levis du château, jeté sur les fossés d'alentour (plan de 1619, aux archives).

En 1835, l'enceinte sacrée se trouvant trop petite pour la population, on en prolongea les murs, en prenant un morceau de terrain vague, situé entre les piliers nord et ouest de l'église. La porte percée à côté du premier pilier intérieur, fut reculée jusqu'à l'endroit qu'elle occupe aujourd'hui. Les ouvriers maçons et charpentiers ajoutèrent un bout de tribune, faisant suite à celle qui avait été montée en 1823, et placèrent à l'extrémité de la chapelle mariale, la rosace qui représente St Joseph tenant Jésus sur ses genoux.

Les travaux devaient être poursuivis en 1838. Mais une grêle malencontreuse qui hacha toutes les récoltes de la paroisse, obligea les pouvoirs publics et la Fabrique, à attendre jusqu'en 1841 pour reprendre l'oeuvre de construction, déjà si heureusement commencée. Le montant des dépenses s'éleva à 600 francs. La même année, fut construit l'appentis des fonts baptismaux, entre deux des piliers extérieurs de la façade sud; puis, fut achevée la tribune sur toute la largeur des deux nefs, tribune destinée aux garçons des écoles et aux chantres paroissiaux.

"Déjà en 1821, on avait percé une porte nouvelle au clocher de l'église sur le devant, et on ferma l'autre côté du couchant" (Barbe).

Cinq ans après les grands travaux de réfection, l'église en 1830, avait été entièrement blanchie "de différentes couleurs", et la voûte rehaussée de peintures. L'opération, menée à bien par deux italiens, coûta 350 francs.

Enfin en 1865, la nef fut continuée.

 

 

La grande nef:

Celle-ci possède une voûte à quatre travées, non compris celle du sanctuaire.

Deux grands vitraux jumelés encadrant une splendide rosace à motifs polychromés, dominent le chevet et donnent un jour discret à l'édifice. - Quatre autres verrières en couleur et une seconde rosace, à l'extrémité opposée au sanctuaire, percent les murs de la nef. Tous ces vitraux, ainsi que ceux de la chapelle latérale et celui du petit oratoire à St Joseph, représentent, artistiquement dessinées, les scènes des 15 mystères du Rosaire.

Les boiseries qui entourent le choeur, furent posées en 1854, ainsi que l'appui de communion en fer, remplaçant le vieux balustre en bois restauré par l'abbé Dulau, en 1820.

En 1842, un nouveau coup de badigeon fut donné à l'église. L'abbé Priam qui disposait alors de quelques ressources pécuniaires, manda à Doazit, un doreur d'Aire nommé M. Roquejoffre et lui confia la restauration des deux autels, ainsi que certaines peintures, à l'entour du sanctuaire.

La décoration actuelle de la partie supérieure de l'église et des chapelles, fut faite en 1905 par M. Leduc, de Bordeaux, en exécution d'un legs de ma grand' tante, Carmelle Barbe, décédée accidentellement en 1903. Ces peintures depuis lors affreusement défraîchies, attendent des jours meilleurs où un nouvel artiste viendra les remplacer, ou leur rendre leur premier et riche coloris.

Les stations du chemin de la croix en beau stuc blanc et or, érigées en 1931, remplacent les tableaux sous verre, qui à trois reprises différentes, parurent à l'église: le 12 septembre 1837, d'abord, avec le curé lui-même comme prédicateur; puis le 21 août 1842 et l'année 1849, avec les abbés Destenabe, curé doyen de Grenade, et Etchéverry, vicaire de St-Sever, qui publiquement portèrent la parole.

Sept statues sont exposées à la vénération des fidèles: le Sacré Coeur, N. D. du Sacré Coeur, N. D. de Lourdes, St Joseph, Ste Jeanne d'Arc, St Antoine de Padoue et Ste Thérèse de l'Enfant Jésus.

Le maître autel, dominé par un ciborium, élégant et entouré de deux anges adorateurs, est en pierre, et remplace celui qui jadis reposait directement sur le plancher du sanctuaire. Sur son tombeau figurent les statues, hautes de 60 cm, des quatre évangélistes.

Un magnifique lustre en cristal, surplombe l'autel, équipé de multiples bougies électriques. Il appartenait jusqu'à ces dernières années à l'église de Maylis.

 

La chapelle latérale:

Elle est dédiée à la Ste Vierge. Au dessus de l'autel, se détache une jolie rosace, représentant Notre-Dame donnant à St Dominique et à St Simon Stock, le rosaire et le scapulaire, comme gage de salut pour les fidèles, dévoués à sa cause.

Tout au fond se dresse le beau monument commémoratif de la Grande Guerre, souvenir de la mission de 1924 et élevé à la gloire des 52 enfants de Doazit, tombés pour la Patrie.

 

L'oratoire de St Joseph:

Il sert uniquement de lieu de réunion pour les hommes et jeunes gens, qui viennent assister aux offices des dimanches et des fêtes.

 

La sacristie:

Elle entoure sur toute sa longueur, le chevet de l'église.

 

Le clocher:

C'est une tour carrée flanquée d'une belle flèche, recouverte en ardoise, s'élançant fièrement vers le ciel. Elle est précédée d'un donjon dans lequel est ménagé un escalier en pierre hélicoïdal, de 30 marches, auquel font suite deux autres rampes, qui mènent directement au palier des cloches.

L'ancien clocher était à toiture en tuiles à crochet; et comme il menaçait ruine, M. Branzeau, entreprit, dès les premières années de sa magistrature, sa réfection totale. Ses murs furent alors recrépis, donnant à tout l'ensemble un air de jeunesse dont la paroisse demeure toujours fière.

En 1822, le gouvernement paya pour une somme de 3.100 francs, les réquisitions qui avaient été faites à Doazit pendant les années 1812, 1813, et 1814. Mais les notables de la commune ne purent trouver un terrain d'entente pour en assurer parmi les habitants une juste et équitable répartition. Il fut alors décidé qu'on demanderait aux intéressés d'abandonner leur dû au profit de la collectivité. C'est alors qu'on acheta une horloge qui, pendant près de 80 ans demeura en service, jusqu'au jour où l'Union Catholique des Landes, sous le vicariat de l'abbé Garralon, offrit à la paroisse un outillage plus moderne. Mais il n'y a pas ici-bas de progrès dont on ne puisse profiter; et, en 1940, la commune dotait le clocher d'une horloge électrique, dont les avantages de tout genre compenseront, à n'en pas douter, les nombreux frais d'entretien engagés, chaque année, dans les chapitres du budget.

Nous savons déjà que Doazit possède quatre cloches. Nous en reproduisons les diverses inscriptions:

La plus grande, porte en exergue: Ad majorem dei gloriam. Sancta Maria, ora pro nobis. Parrain: François, baron de Foix-Candale, maire. Marraine: Mlle Hippolyte-Euphrosine de Foix-Candale. M. Dulau, curé. M. Priam, abbé. Monin Décharme, fondeurs.

La seconde cloche, coulée en même temps, fut plus tard portée à Aulès, où nous la retrouverons bientôt, quand, en 1828, une autre plus petite, de 735 kilos, vint prendre place sous les charpentes de la tour. Celle-ci perdit tout à coup sa voix, le soir du 15 août 1887, lorsque mon pauvre père eut fini de jeter à tous les échos, le joyeux carillon de mon baptême. La cloche resta ainsi muette, jusqu'au jour où un nommé Escoubet, de Campagne, la jeta au creuset en même temps qu'il rénovait la sonnerie de Maylis. Cette opération, coûteuse s'il en fut, ne fut guère à la gloire de l'artiste; car on s'aperçut bien vite que la cloche, à une nuance près, frappait la note donnée par une autre de ses voisines, coulée en 1875.

En 1935, l'abbé Robert, faisait à nouveau descendre l'"escoubète" en question*10, et l'envoyait sur les ateliers de M. Fourcade, successeur de Dencausse à Tarbes. On en sortit une nouvelle cloche qui, par sa dimension, est la seconde au beffroi.

Nous y lisons: Docteur Jean-Marie-Alexandre Gaillard, maire. M. J-Bpte Laferrère, de Peyroux, adjoint. Abbé A.L. Robert, curé. M. Jacques Personnaz Lacaze, parrain. Mlle Marguerite de St-Angel, marraine. M. Fourcade ingénieur I.C.A.M. fondeur à Tarbes, année 1935.

La 3ème cloche, celle de 1875, dont nous parlons plus haut, porte cette surcharge: Grégoire Barbe, parrain. Françoise Barbe née Lailheugue marraine. J.Victor Broca-Candale, maire. Bernard Bellocq, curé. Ursulin Dencausse, fondeur à Tarbes, breveté S.G.D.G. 1875.

La dernière cloche, enfin, fondue comme la seconde en 1935, a eu pour parrains Daniel Cascailh et Euphrasie Gauziède, nouvellement établie à Doazit.

*

Ainsi se terminent les données historiques qu'il nous a été possible de recueillir sur Doazit proprement dit, concernant son passé religieux et son église du bourg. Il nous reste maintenant à parler de ses deux autres clochers dont l'existence n'est assurément pas moins riche de souvenirs.

 

 


 

 

 

Chapitre II
 

L'EGLISE D'AULES 

 

Aulès a pour patron St Jean-Baptiste. Ce fut, répétons-le, le siège du puissant archiprêtré de Chalosse, en ces années lointaines d'avant la Révolution, où fleurirent au grand jour ces traditions d'honneur et d'esprit chrétien qui furent l'apanage de nos pères.

Le nom d'Aulès, n'est pour ainsi dire pas connu dans les textes anciens. D'après ce que me disait, jadis, ma tante Barbe, nièce propre de l'annaliste déjà si souvent cité dans le cours de ces pages, ce nom viendrait du latin aula, qui signifie palais, maison dorée. Le pouillé de l'abbé Cazauran, parlant de notre église, l'appelle: St Jean d'Aulès, de Auleriis.

Il paraîtrait que l'ancienne route aujourd'hui déclassée, et qui cependant serpente encore, de la "Pisnaille" aux abords du cimetière de l'annexe par les champs du Camengé, de Laborde et de Moustoulicq, était parsemée de maisons, formant comme un bourg continu, un des plus importants de la Chalosse. L'église étant le plus bel ornement de cette longue et imposante avenue, aurait donc raisonnablement mérité son nom de palais royal, maison du Grand-Maître, la plus riche de toutes. Quoiqu'il en soit, je laisse aux érudits le soin d'élucider le problème, le témoignage d'une femme, bien qu'ayant rallié de son temps, le respect unanime de ses contemporains, ne me paraissant pas, après tout, suffisant pour étayer aujourd'hui une affirmation aussi catégorique.

Si donc le nom d'Aulès est à peu près absent de nos vieux parchemins, M. Legrand, ancien archiviste des Landes, glorieusement tué à l'ennemi pendant les jours néfastes de juin 1940, nous apprend (revue de Borda 1935) qu'il existait, en revanche dans l'église du lieu, une prébende*11 dite de Claverie dont les titulaires en 1596 et 1623 étaient Maître Jean du Broca, curé de Montaut et Pierre de Cès, clerc tonsuré.

L'église fut pillée et brûlée lors des guerres de Religion, en 1569, la chapelle de Doazit et le Mus, subirent aussi le même sort. Les voûtes furent rompues, et deux prêtres, dont l'un s'appelait Jean Dosets, payèrent de leur vie leur résistance aux hordes protestantes. Les hommes du capitaine Sénégas portèrent à l'envi leurs mains sacrilèges sur la maison de Dieu, et aidés par les soldats de Montamat, s'emparèrent de six calices en argent, de tous les ornements, des livres, des joyaux, gardés au presbytère ou dans la sacristie. Les cloches, à leur tour, furent descendues et brisées, et les huguenots en envoyèrent les débris dans les ateliers du Béarn. Trois misérables de Doazit, Jean de Lestage, tailleur, Jean de Lafargue, et Jean Dartiguelongue, passés à la religion nouvelle, achevèrent la ruine de l'église, en en faisant tomber les voûtes. La demeure habitée par le prêtre de la paroisse Bernard de Pouységur, fut brutalement prise d'assaut et incendiée. Les biens de l'ecclésiastique tombèrent au pouvoir des pillards et furent avidement partagés. (Archives du grand séminaire d'Auch, d'après M. Cazauran).

Longtemps, le droit de visite pour St Jean d'Aulès fut de 30 sols morlans (monnaie frappée à Morlaas B. P.). L'évêque d'Aire recevait de la dîme de la paroisse, huit sols et quatre deniers morlans, et quatre parties de dîme entière, trois conques de froment, trois de millet et autant d'avoine (Cazauran)*12.

Doazit, archiprêtré devait également subvenir tous les ans aux dépenses du collège d'Aire, qui était un bien ecclésiastique (annuaire des Landes année 1864).

En 1790, les revenus étaient les suivants: 2.200 livres d'afferme, une barrique de vin rouge, 40 nauliers de paille. Pour le Mus, dont le service était assuré par le clergé du lieu: 20 mesures de froment, 25 sacs de maïs, 14 livres de lin, une barrique de piquepoult, et une autre de vin échalas, plus 2.797 livres, dont 1400 pour les vicaires (abbé Légé).

*

L'église d'Aulès est un magnifique et massif monument, composé d'une tour, d'un clocher-porche et d'une nef accostée de deux oratoires, où nous retrouvons dans un harmonieux ensemble le style roman du XIIe siècle et les créations ogivales du XVe, plus légères, plus dégagées. L'édifice fut de tout temps regardé comme digne de retenir l'attention, et Mgr Lanneluc, étant venu à Doazit le 13 septembre 1842, demanda aussitôt au curé, dans le procès verbal qu'il fit de sa visite, de conserver "l'église d'Aulès aussi précieuse que remarquable par son merveilleux cachet d'antiquité". Cette recommandation écrite de l'évêque, venait après les dégâts causés au clocher et au porche par la foudre qui en février 1839 emporta les 3/4 des tuiles et faillit compromettre l'église.

Depuis 1929, les vieilles arcatures extérieures du chevet ont été déclarées monument historique par les Beaux-Arts de Paris.

Plus récemment, la structure des voûtes étant devenue un danger public par ses nombreuses fissures, de grands travaux furent entrepris à la nef, et heureusement menés à bonne fin par les ouvriers de l'endroit.

Comme au Mus, comme en la presque totalité des paroisses de Chalosse, l'église d'Aulès recouvre de son ombre les tombes des familles. Nous ne rappellerons pas ici ce pieux et touchant symbolisme.

En 1857, eut lieu le nivellement du champ des morts, au centre duquel vint prendre place l'année suivante, le 7 février 1858, la grande croix de pierre, érigée en souvenir d'une mission personnellement payée par les abbés Bellocq, et que Mgr Hiraboure, en tournée de confirmation, eut à coeur de présider. Extérieurement fut alors construit le terre-plein qui permet de longer les murs du cimetière, et où les ouvriers employèrent pour matériaux, un certain nombre de pierres discoïdales, ayant appartenu aux vieilles sépultures voisines. - De ces intéressants vestiges du passé, reste encore un de ces souvenirs, parfaitement bien conservé, où nous relevons le dessin d'une paire de balances avec un poids au milieu, un couperet et un second instrument contondant, tous objets qui désignent un artisan de jadis, boucher probablement. - Quatre autres pierres à croix de Malte, sont disséminées dans la bâtisse du mur. Aujourd'hui les archéologues sont en quête de ces antiques tombes, dont l'origine remonte au moins au XVe siècle. En tout cas, le musée de Borda, à Dax, trouverait à Aulès de riches spécimens de la sculpture funéraire, dignes de figurer dans ses nombreuses collections.

Puisqu'aussi bien il s'agit ici de cimetière, j'ajouterai qu'en 1899, des maçons occupés à creuser un caveau pour la famille Dagès, à côté du portail, mirent à jour une petite chambre souterraine, où sous leurs yeux effarés, apparut tout à coup un personnage momifié, assis sur une chaise, tenant dans ses mains squelettiques, un livre ouvert, encore assez bien conservé. Inutile de vous dire que la découverte fit grand bruit à Doazit, et défraya toutes les conversations. Immédiatement alertés, des curieux, dont était le vicaire d'alors, l'abbé Lapègue, se rendirent près de cette tragique découverte. Mais c'était déjà trop tard: tel un château de cartes, frôlé par une main mystérieuse, la forme humaine se pulvérisa soudain au contact de l'air, laissant les seuls ouvriers, se perdre en conjectures sur sa macabre identité. Or, on apprenait bientôt qu'il s'agissait là, du cadavre d'un prêtre inhumé d'après le cérémonial de l'époque, et dont le corps avait comme miraculeusement échappé à la corruption du tombeau.

*

Le clocher est une grande tour carrée, haute de près de 20 mètres, et surmontée d'une toiture en tuiles de près de six mètres. Les murs ont une épaisseur de 1,40 mètre. Cette masse imposante est soutenue par deux puissants contreforts, servant eux-mêmes de base à deux nouveaux appuis, qui empiètent de 2,80 mètres sur l'emplacement de l'ancien porche. La porte donnant accès à l'avant porche, est, par une bizarrerie, certainement voulue par les ouvriers de l'époque, en oblique prononcée sur le beau portail gothique qui s'ouvre sur la nef. Cela rappelle, sans conteste, la position de la tête du Christ au moment de sa mort.

Sur notre gauche, nous trouvons une vielle chapelle dans laquelle on descend par une porte à arc surbaissé, et qu'éclairent, en plus d'un petit vitrail ou se lit encore le nom du verrier: L.V. Gesta, de Toulouse, une rosace à quatre lobes ajourés, dominant une rangée de quatre colonnes de forme gothique et hautes de 3 mètres. Cette chapelle dite de St Bernard, pavée de grosses pierres, possède un petit arcosolium, qu'ornent des dentelures ogivales encadrées de deux clochetons sculptés, et sous lequel a pris place une garniture d'autel, d'apparence vétuste, directement posée sur le tombeau lui-même. Aux quatre angles, soutenant les arêtes qui descendent de la voûte, se détachant quatre figures humaines toutes différentes de pose et d'expression et qui pourrait bien indiquer celles des fondateurs du petit oratoire.

M. l'abbé Priam, dans une note qu'il a laissée aux archives de l'église, prétend que cette chapelle serait pleine de tombeaux. Nous le croirions avec lui. Car on s'est longtemps demandé ce qu'était ce petit édicule, bâti en dehors de l'église, contre la base nord du clocher; et l'on pensait qu'il aurait pu servir aux cagots ou chrestians fort répandus jadis dans le pays, au temps du Moyen-âge*13. Or on sait aujourd'hui, que ces malheureux, affligés parfois de la lèpre blanche et honteusement mis à part par nos ancêtres, n'avaient pas de chapelles spéciales, mais seulement des places réservées dans les églises, ainsi que dans les cimetières. On a été donc fondé à dire que l'oratoire d'Aulès n'est qu'une construction, ou funéraire, ou votive, due aux libéralités de quelque seigneur ou bourgeois de l'endroit. La preuve en est, d'ailleurs, dans la présence d'une inscription en lettres gothiques du XVe siècle, scellée au frontispice de la chapelle, à environ 3 mètres du sol.

Longtemps, on a cherché le sens de cette stèle, dont l'indéchiffrable orthographe permit toutes les suppositions.

Ainsi, en 1838, l'abbé Priam, fit interpréter ces sortes d'hiéroglyphes, par un nommé M. Joannet, grand amateur d'antiquités, à Bordeaux, qui en donna la traduction suivante: "L"an mil quatorze cent, et le trente février, P.F. Eudoner a fait bâtir ce vestibule et en a fourni lui-même la pierre". Et le bon curé, d'ajouter, dans la crainte d'une mauvaise interprétation: "Je ne garantis point la vérité de cette explication".

De fait, notre antiquaire bordelais devait lourdement se tromper. En 1935, M. Legrand déjà nommé, envoyait à Paris, à son ancien maître de l'Ecole des Chartes, la photographie de l'inscription d'Aulès, et en recevait l'authentique et irréfutable traduction: (Le texte est en gascon):

 
 

L'an MCCCCXXXV fé fa

 

m

mess. g deu Domec a-

 

e

questa capra; Ar de-

 

u Domec son fray la fé

 

Ce qui s'entend ainsi: "L'an 1435, messire Guillaume du Domec fit faire cette chapelle. Arnaud du Domec, son frère la fit".

Il s'ensuit donc, que l'édicule date du XVe siècle, et qu'il fut bâti, à titre de fondation pieuse, par un représentant de la famille du Domec.

*

Rentrons maintenant dans l'église, mais arrêtons-nous un instant devant le portail à deux battants. La construction, toute en pierre, est composée de colonnes reposant sur stylobates, à 50 centimètres du sol, et que couronnent de petits chapiteaux à oves pointus, où reposent, par degrés successifs, 15 nervures en gorges et en saillies. La porte est dominée par une superbe ogive à arcs trilobés, haute de plus de 3 mètres.

Passons, de suite, au clocher, dans lequel on monte par un escalier à vis, en pierre massive, de 65 marches, renfermé dans une tour extérieure, indépendante de l'église. Cet escalier est demeuré inachevé et l'on aperçoit encore l'ébauche de 12 autres marches, engoncées dans la paroi du mur. Une seconde rampe haute de 8 mètres nous conduit de plein pied à l'étage des cloches. Celles-ci, contrairement à ce que nous trouvons presque partout, reposent non point sur le faîte des murs, mais sur une charpente spéciale, construite au milieu de la large plate-forme.

La tour proprement dite, accuse encore l'existence de trois paliers superposés dont se dessinent les arêtes débordantes, ainsi que les meurtrières profondes tournées vers la plaine et les hauteurs environnantes.

Voici les cloches avec leurs inscriptions:

La grande, montée sur billes, et mesurant 1 mètre de diamètre, est actuellement hors d'usage. Elle fut récemment fêlée, pendant une sonnerie du 11 novembre. Nous y lisons: "M. Jn-Jacques Victor Broca Perras, avocat et maire de Doazit, et Mme Josèphe Amélie Lacaze, née Broca Perras, parrains. P. Bellocq, curé. Sit nomen domini benedictum. Fondue par Ursulin Dencausse à Tarbes. 1862". Au dessous, très finement moulée, figure l'image du Christ, debout, tenant en main sa croix et planant sur un ciel de nuages.

La seconde cloche, n'est autre que celle dont nous avons parlé, et qui prit le chemin d'Aulès, quand l'église du bourg compléta son carillon en 1828. Elle porte: "Ad majorem dei Gloriam. Sancte Francisce de Paula, ora pro nobis. Parrains M. Jean Dagès, Mlle Pauline Dagès, 1819, Décharme Monin (fondeurs)". Cette cloche mesure 65 centimètres de diamètre.

La troisième cloche, enfin, d'un diamètre de 57 centimètres, indique: "Ad majorem dei gloriam, Sancte Joannes, ora pro nobis. Parrain: M. Jean Broca Perras, président du tribunal civil de Mt-de-Marsan, Marraine: Mme Marie Henriette Baffoigne son épouse. 1819. Décharme Monin fondeurs.

*

Revenons à l'église, dont le majestueux silence s'accroit encore du mystère des tombes et que ne trouble d'habitude, que le bruissement du vent dans les vertes ramures des cyprès d'alentour.

Sa longueur totale est de 26 mètres; 18 jusqu'au balustre, 8 jusqu'à l'extrémité du chevet. Sa largeur ne dépasse pas 8 mètres. D'après M. Legrand, elle date au plus du XIVe; et l'on y aperçoit très bien la fusion du roman et du gothique, soit au sanctuaire dont le mur du fond disparaît sous la haute structure d'un autel renaissance, soit dans la nef dont les voûtes à fines et élégantes nervures surplombent les cinq travées que compte le vaisseau.

A gauche, se dresse un antique baptistère qui, vraisemblablement, servit pour le baptême par immersion des petits enfants. C'est une piscine circulaire entourée d'une claire-voie, à 55 centimètres du sol et profonde de 80. On utilisa plus tard les fonts qui actuellement servent de bénitier, d'une seule pierre de forme octogonale, et montée sur pied, au centre du pas-perdu de l'église.

Toujours sur notre gauche, se trouve la chapelle dédiée à St Sébastien, mesurant environ 30 mètres carrés. Sous un arc roman, encadré de décorations ogivales, dont malheureusement, les clochetons ont été découronnés, se détache un grand arcosolium, profond de 0,75 m et long de 2,30 m. Nulle part nous n'avons trouvé des documents concernant cette antique et intéressante construction; mais on prétend qu'il y aurait là une sépulture familiale ou encore la tombe de quelque ancien archiprêtre d'Aulès.

Une toile habilement dessinée par M. l'abbé Descorps, curé de Banos, a été récemment fixée au-dessus de l'autel par les soins de M. Robert, curé de la paroisse. Elle représente le martyre du saint, pieds et mains liés, tombant sous les flèches de ses meurtriers.

Ici, nous admirerons tout particulièrement la magnifique rosace de la clé de voûte, véritable dentelle de pierre à huit lobes, au centre de laquelle est sculpté en relief le léopard anglais. On a voulu voir là, une création du XIIIe siècle, en cette époque douloureuse de notre histoire nationale, où les insulaires occupèrent nos pays de Gascogne, à la suite du mariage d'Eléonore d'Aquitaine avec Henri Plantagenet devenu en 1154, roi d'Angleterre.

Face à l'oratoire se trouve, à droite, l'autel de St Michel dont l'emplacement est légèrement plus étroit que celui de St Sébastien. Là aussi, nous trouvons une splendide peinture de notre confrère landais, représentant l'archange terrassant le démon. La chapelle sert de lieu de sépulture à l'ancienne famille de Broca-Perras; et les morts de la guerre 1914-18, y ont leurs mémentos.

Sur la clé de voûte on aperçoit un écu à fond d'azur avec 3 lis d'or.

Deux chapiteaux contre les piliers centraux de l'église, méritent attention. Le ciseau du sculpteur y a admirablement représenté deux personnages, à figure d'homme et de femme, tenant chacun entre leurs mains, une banderole flottante qui monte à hauteur des épaules. Il nous paraît malaisé de les historier, à moins qu'on ne veuille y voir l'image d'un moine, ou d'une religieuse bénédictine, l'abbaye de St-Sever percevant jadis des revenus dans la paroisse et relevant directement de l'archiprêtré de Doazit.

Les voûtes, de style ogival, aux nervures bien marquées et aux médaillons classiques, n'offrent rien de spécial au point de vue de l'archéologie. Les piliers angulaires, en revanche, portent des chapiteaux sur le tailloir desquels se détachent, séparées par de petits ornements en feuilles de trèfle ou des croix en quinconces, deux têtes humaines, encore en parfait état de conservation.

L'abside n'a de valeur historique qu'en raison de ses arcades extérieures que nous analyserons bientôt, et que la revue d'avril 1935 du Touring-Club de France signalait à ses lecteurs. Malheureusement, ces belles productions du XIIe siècle, dont nous trouvons de nombreux spécimens à travers la Chalosse, ont fini par être détériorées par le temps; toutefois, le chevet roman garde toujours pour les connaisseurs un charme vétuste, que rien ne peut lui faire perdre.

L'autel est de la Renaissance, et comme tel il occupe tout le fond de l'abside. Il est surtout remarquable par ses colonnes torses, ses statues et statuettes, par son tabernacle surmonté de la couronne royale, par ses nombreux panneaux historiés, ses arabesques bizarres, ses fines têtes d'anges, ses puissants pendentifs. Au centre, émerge un cadre où se devine plutôt qu'elle ne se voit, l'image de St Jean-Baptiste. Enfin, est placé au sommet le buste du Père Eternel, tenant une main levée pour bénir, et portant de l'autre le globe terrestre.

Le tombeau de l'autel est en marbre veiné de couleur avec, sur le devant, un Agnus Dei, finement buriné. - En 1857, l'abbé Bellocq fit restaurer le retable, pendant qu'on réparait l'église dans sa presque totalité.

 

 

Les arcades du chevet extérieur.

1ère - Celle-ci est séparée par une colonne. Appuyé contre la sacristie, nous distinguons un chapiteau, orné d'un animal à face humaine, battant les flancs de sa queue. - Au centre, est sculptée une tête d'homme flanquée de volutes. - A gauche, assez bien conservé dans ses détails, se montre un aigle dressé sur ses serres, devant une tête humaine vue de trois-quarts.

Cette arcade n'offre rien de particulier sur ses voussoirs de plein cintre. Elle mesure 2,70 m.

2ème - Nous nous trouvons ici devant un galbe plus riche et une construction de 4 m de surface.

A droite, un tailloir avec entrelacs et un homme assis. - Au milieu, un pilastre carré surmonté d'un abaque ou entablement où figurent, aux deux extrémités, un personnage assis, jambes écartées, les mains croisées entre les genoux, et une forme humaine, tête en avant, dans une position à peu près identique, les genoux rapprochés, une main sur chacun d'eux. - A gauche, un personnage ailé, genou en terre, faisant le geste de prendre la tête d'une personne, comme pour la tirer d'un abîme.

3ème - C'est un panneau de 2,40 m. A droite, un chapiteau représentant une femme assise, manches et robe descendantes, mains posées à plat sur les jambes. - Au centre, un second chapiteau dont la colonne de soutènement a disparu, orné d'un homme à figure grimaçante, assis, la main tenant son estomac, tandis que derrière lui se cabre un monstre dédoublé, à queue de serpent qui, de l'autre côté, mord un personnage qui semble se défendre (sans nul doute, c'est la scène du péché originel). Au dessus du tailloir, mais légèrement mutilée, une colombe, vue de face. - A gauche, encore un personnage assis, au dessus d'un fût très effrité par le temps.

4ème - Ici, il ne reste plus pour ainsi dire trace des sculptures, pas plus que de colonnes...

 

 

Des trois fenêtres romanes qui, primitivement, donnaient le jour à l'abside, une seule (murée) a gardé le cachet de l'époque. Dans les deux autres, ont été placées les larges grisailles, qui encadrent l'autel de l'église.

Au dessus, la toiture est en larmier; ce qui permet aux eaux de pluie de se déverser en avant, sans abîmer les murs de l'édifice.

*

Depuis les temps qui suivirent le Concordat jusqu'en 1923, Doazit eut constamment des vicaires qui assuraient chaque semaine, à Aulès, la messe du dimanche. Belles et pieuses assistances, qu'il nous a été donné de voir bien souvent, et dont le spectacle est demeuré gravé dans nos coeurs... Ces beaux jours sont finis; et l'antique église n'est plus visitée qu'à de rares intervalles, pour St-Jean-Baptiste, St-Michel, la Toussaint, et à l'occasion des enterrements. Grandeur et décadence... Néanmoins, l'âme du grand passé continue toujours à planer sur ces lieux bénis, où s'agenouillèrent tant de générations. Tout y garde encore son langage, jusqu'au clair petit cours d'eau lui-même qui passe, en susurrant devant ce noble témoin des époques de la foi, avant d'aller se perdre en méandres gracieux dans la plaine voisine.

 

 


 

 

 

Chapitre III
 

L'EGLISE DU MUS 

 

Le camp gallo-romain

Un demi siècle environ avant l'ère chrétienne, nos pays de Chalosse furent occupés par les légions romaines. César, dont le génie militaire avait fini par avoir le dessus sur les armées gauloises, voulut, en effet, livrer avec 15 000 hommes commandés par son lieutenant Crassus, la grande et meurtrière bataille qui défit les peuples de la Novempopulanie, dans les plaines de St-Agnet-Sarron. - A la suite de cette éclatante victoire, la ville d'Aire, qui jusque là, portait le nom celtique d'Atur, fut débaptisée pour s'appeler désormais Vicus Julii ou encore Vicojulium (ville julienne, ville de César) (Dufourcet: Les Landes et les Landais).

Les armées romaines n'eurent aucune peine à se maintenir dans les pays de conquête. Elles y établirent alors ces magnifiques camps retranchés ou "castra", qui après bientôt 2 000 ans, restent pour nous les témoins d'une époque où les hommes savaient merveilleusement travailler, en remuant la terre. Il n'est, pour s'en rendre compte, que de regarder ces buttes colossales, patiemment et intelligemment élevées, se rattachant à un plan conçu d'avance, pour la défense du pays.

L'emplacement était toujours choisi sur un promontoire dominant de profonds ravins ou un cours d'eau dont les rives contournaient ou baignaient seulement une de ses bases. Ces retranchements constituaient de véritables fortifications, et s'opposaient efficacement à toute attaque ou invasion, pouvant venir de peuplades non encore soumises. - Les talus des remparts étaient parsemés de gazons, destinés à retenir la terre; leur crête présentait une sorte de palissade faite de troncs d'arbres fixés au sol et sur lesquels venaient s'appuyer des branches entrecroisées. Souvent même, plusieurs de ces fortins artificiels, figuraient des tours (d'après Dompnier de Sauviac).

Remarquons ici en passant que ces camps gallo-romains ne s'apparentent en rien avec les mottes élevées par les Aquitains avant leur défaite. Leur structure générale et leur disposition géographique ne permettent pas non plus de les assimiler aux tucs ou pouys qui surgirent vers le IXe siècle, sous la féodalité, et sur lesquels furent alors bâtis les châteaux forts, appelés à protéger les populations contre les rivalités des seigneurs et de leurs partisans.

Ces notions d'histoire nous ont paru utiles à rappeler, avant d'aborder l'étude proprement dite du castrum du Mus.

Le "Livret de famille" de M. Testemalle, nous aidera à compléter les données que nous avons nous même recueillies sur place ou trouvées dans les historiens qui ont écrit sur nos Landes.

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Le mamelon du Mus, est situé à 114 m d'altitude. On voit par là, de quel merveilleux observatoire disposaient les légions romaines d'occupation, et avec quel sens averti de la topographie des lieux, celles-ci savaient choisir leurs emplacements militaires.

L'ancien castrum comprend deux enceintes distinctes renfermées l'une dans l'autre. Le réduit central*14 occupe une superficie calculée de 2 hectares 29 centiares, et ses ouvrages en sont encore parfaitement bien conservés. Pour ne parler que des terrassements qui surplombent la route menant du "Cadau" à l'entrée de l'église, et qui entouraient et protégeaient les avancées de la forteresse, disons que nous nous trouvons bien en présence d'une butte formidable, toute rapportée de main d'homme, longue de près de 100 mètres, large de 35, et d'une hauteur allant de 4 à 9 m sur les pentes extérieures. - Sur les flancs, tantôt doux et tantôt escarpés de ce rempart puissant, finissent de pourrir de vieilles souches de châtaigniers rabougris, émiettés par le temps, tandis qu'à côté, poussent nombreux et à plein rendement, des lots de chênes et de pins maritimes.

Nous en pourrions dire autant du terrassement nord-est, tourné vers le bourg de Doazit, et qui, sans être aussi élevé que le précédent, n'en constitue pas moins une défense naturelle, au dessus des pentes abruptes qui mènent directement au ruisseau de la Gouaougue.

Sur cette première enceinte, est bâtie l'église du Mus, avec la maison voisine du même nom, ancienne caverie, et celle de "Labouhète" qui fut longtemps appelée Castéra.

Il est à craindre que les terres exploitées aujourd'hui dans les limites de ce réduit ne finissent par se niveler sous le fer de la charrue, et que tôt ou tard, les ouvrages gallo-romains du Mus, ne soient plus qu'un souvenir sans intérêt pour les générations futures.

La grande enceinte construite sur le modèle de la précédente, embrasse une étendue de 3 hectares 82 ares non compris les terrassements, qui, étant aujourd'hui partiellement détruits, ne peuvent plus être exactement mesurés*15. Cet espace clos est distant du premier de 80 à 100 mètres, selon les lieux. En fixant à 15 mètres carrés, la place que demandaient les locaux utilisés par les troupes romaines, ainsi que par leurs divers services, on a évalué à 4 000 les hommes que pouvait jadis contenir l'emplacement du camp retranché du Mus.

Quatre voies aboutissaient à la forteresse, venant des quatre points cardinaux. Ces routes étaient étroites et profondément encaissées, parfois jusqu'à 5 mètres dans le sol. Elles contournaient les défenses par des espaces étendus, exposant ainsi les assaillants sur un parcours de deux à trois cents mètres, aux projectiles venus d'en haut. Puis elles serpentaient le long des flancs du mamelon, dont la configuration, est celle d'un losange arrondi à l'ouest, et au sud-ouest, ce qui lui a fait donner le nom de Mus, nom qui dans notre gascon signifie: museau.

Là où le sol descend en pente douce, on aperçoit d'autres terrassements, surtout au nord-ouest, d'où émerge encore un bout de retranchement large et profond, ce qui laisserait supposer qu'il y avait là des fossés et une troisième enceinte. - De ce côté, le camp était couvert par deux avant-postes fortifiés: au nord celui du bourg de Doazit, avec le Ram, et à l'ouest, celui de la métairie de "Coudét", dont les fossés ont, depuis, fait place à des chemins d'exploitation. Pareillement, il y avait, face à l'est, un autre fortin à "Marèou" et un corps de garde près de "Michas", à une maison appelée Lagarde, sans occupant aujourd'hui.

Le coteau du Mus, a toujours à peu près manqué d'eau, et les nappes souterraines sont à des profondeurs variant de 20 à 25 mètres, tel le puits de "Labouhète" dont les travaux de forage entrepris en 1940 ont été poussés jusqu'à 24 mètres. Cela explique que, même du temps de César, la pénurie d'eau potable, dut, pendant les mois de la chaude saison, et surtout en cas de siège régulier, rendre à peu près inutiles les avantages stratégiques retirés par l'ensemble de la position. Si les sources naturelles étaient à peine suffisantes, que dire de la Gouaougue, coulant en contrebas, et dont le mince filet d'eau, en période de sécheresse pouvait si facilement être occupé ou même empoisonné par l'ennemi? Aussi pouvons-nous, avec M. Testemalle, supposer que le Mus, ne fut, pour les centuries romaines qu'une fortification secondaire, où venaient seulement séjourner en passant, les troupes chargées de surveiller le pays. - En revanche, au temps des pluies, les garnisons pouvaient demeurer à longueur de journées, à condition de faire monter avec elles tout ce qui était utile à leur propre subsistance.

 

 

 

La caverie du Mus

Le campement du Mus, fut plus tard abandonné par ses occupants et utilisé par les populations qui, au premier cri de guerre des invasions barbares, trouvèrent dans son enceinte un refuge assuré.

A l'époque des seigneurs, c'est à dire à partir du IXe siècle et jusqu'au Moyen-âge, le Mus se transforma en Caverie; le territoire sur lequel le suzerain exerça son autorité, donna alors naissance à la baronnie de Doazit, dont le nom resta longtemps célèbre dans l'histoire des Landes. Celle-ci porta le nom de son siège: la seigneurie du Mus.

Le cavier était un agent du seigneur, ayant droit de basse justice sur une région déterminée, mais réglant seulement des affaires de minimes importances; jamais ses décisions ne devaient empiéter sur celles du juge supérieur.

M. l'abbé Foix, nous apprend que la caverie du Mus était très florissante au XIIIème siècle, et qu'en 1262, ses co-seigneurs Arnaud de Mus et Arnaud de Rimbès, rendaient hommage pour elle, au roi d'Angleterre. (Testemalle) Elle existait encore à la fin du XVème siècle.

Mais, à cette époque, la famille seigneuriale de Mus qui possédait à Aulès une maison d'agrément au Dumus, semble avoir subi les fâcheux contrecoups des guerres de la Réforme, dont la Chalosse entière fut en 1569, la proie et la victime; si bien qu'elle perdit tous ses avoirs et son titre de noblesse. L'histoire nous dit également, avec le Verbal de Charles IX que l'église fut alors à peu près rasée par les bandes huguenotes. De son côté, le vieux castel qui était devenu le siège de la caverie, subit un sort tout identique, et fut remplacé par une maison d'apparence ordinaire, qui pourrait bien être celle qui confine à l'église, et qu'on appelle toujours "Le Mus". En tout cas, des indices sérieux nous permettent d'appuyer cette hypothèse. En effet à l'époque de la Renaissance, on se mit à bâtir des habitations dont le premier étage avançait profondément sur l'aplomb du rez-de-chaussée. Or, l'immeuble en question, ou plutôt celui qui sert de décharges, paraît bien revêtir ce caractère des vieilles demeures du XVème, avec son pignon sur rue, unique croyons-nous, en son genre à Doazit; avec ses dix poutres massives débordant la façade, ses pans de bois, ses torchis et ses "douves". Si, d'autre part, nous examinons de près la porte cochère de l'antique maison, nous trouvons que ses montants de pierre forment un arc surbaissé, qui ne laisse subsister aucun doute sur ses origines premières.

La maison actuelle du Mus qui fait suite à cette bâtisse, a 15 mètres de long, et porte encore un air de riche apparence; ce qui, répétons-le, semble rappeler le souvenir de ce que fut la caverie du lieu.

Pour mieux illustrer ces données historiques, nous voulons mentionner le nom de certaines maisons qui furent incontestablement les dépendances de l'établissement seigneurial : Labouète (ou Castéra) Lagarde (ou corps de vigie) déjà cités. Puis, Laléye (aujourd'hui, forgeron du Mus, l'allée ou chemin d'arrivée); Masdaounes, en contrebas de la butte, la maison des dames propriétaires; Laplante (le jardin). - Sur le versant nord-ouest, le plus vulnérable de la défense et sur lequel l'agresseur pouvait exercer tout son effort, nous trouvons encore les maisons du "Guerre", du Passade (le gué de la Gouaougue), du Poudat (dépôt des armes et des serpes, en patois du pays: la poude), du Serbiat (demeure des serfs).

En 1618, Bernard, seigneur du Mus, vendit son bien à noble Sarran de Candale, qui succéda par alliance aux seigneurs de Doazit portant ce nom. Il abandonna ses autres fiefs à Anne de Rouarias; et une demoiselle de la famille, épousa à St-Cricq, le 14 décembre 1696, Jean-Louis de Valier, seigneur de Laclauze. C'est cette dame qui, vraisemblablement hérita de Julien du Tournier, seigneur de Mus, et de sa femme Anne de Boivier, morts tous deux au Mus, le 2 mars 1698 et le 4 décembre 1700, sans que les archives de Doazit nous fassent connaître le nom de leur successeur (Testemalle).

Les marquis de Candale devinrent alors barons de Doazit et du Mus, et firent bâtir le château, à l'intersection des routes de St-Sever à Amou et de Hagetmau à Maylis.

 

 

Le château de Candale

Le château de Doazit, bâti sur le coteau du Mus, au milieu d'un magnifique parc où tout est fraîcheur et richesse, date du XVIème siècle. L'immeuble dont les quatre façades sont du style Henri IV, comprend un corps de bâtiment à deux étages avec combles, flanqué de trois tours carrées et d'un donjon autour duquel se dresse une terrasse qui couvre toute son aile droite. - Les toitures sont percées de lucarnes et surmontées d'une crête en fer accostée de deux paratonnerres à chaque extrémité. - Un petit oratoire domestique empiète sur le côté nord qui fait face à Doazit, mais ne sert que très rarement à la célébration de l'office divin.

La construction du château de Candale remonte au XVIème siècle comme nous l'avons dit plus haut et comme nous l'indiquent surtout les neuf cartouches placés au dessus des fenêtres du premier étage. Ces monogrammes sont restés longtemps, même pour les chercheurs de véritables hiéroglyphes. - En 1886, cependant, l'érudit archiviste de la Société Borda qu'était alors M. Emile Taillebois, finit par résoudre ce problème de science archéologique, et traduisit ainsi les diverses inscriptions dont nous donnons plus loin le fac-similé:

1: Sanctus Martinus, Sancta Anna, ou Sancta Maria et Sanctus Antonius.

2: Jacques de Foix Candale - 3: Jeanne - 4: de - 5: Belsier - 6: dame - 7: de - 8: Douasit - 9: Jacques de Foix Candale.

Monogrammes du château de Candale
 

Cette Jeanne de Belsier, fille d'Antoine de Belsier et d'Anne de Lubersac, s'était mariée le 6 juillet 1566 au baron de Doazit et du Lau, Jacques de Foix Candale. Celui-ci mourut le 9 juillet 1595, laissant plusieurs enfants, dont l'aîné fut Sarran de Foix Candale.

Ceci nous prouve que le château de Doazit fut bâti après la mort du baron, puisque on ne relève dans les monogrammes que le nom et la qualité de sa femme: Jeanne de Belsier, Dame de Douazit. S'il avait vécu à cette époque, le nom du propriétaire et seigneur n'aurait pas manqué d'y paraître. Cependant, les initiales du nom du baron figurent aux numéros 2 et 9 : I (ou J) D FOIX C.

Le premier cartouche SM et SA possède un sens religieux; et la douairière voulut probablement mettre son château sous la protection de St Martin, patron du Mus, et de Ste Marie, patronne de Doazit; ou bien, elle tint à y rappeler le nom de ses propres parents, SA Sainte Anne pour sa mère, et SA Saint Antoine pour son père. Les S barrés si souvent répétés, ne seraient que l'initiale du mot Sarran, le jeune seigneur dont le nom méritait assurément de figurer à côté de celui des siens (d'après M. Taillebois, revue de Borda 1886).

 

Notre travail n'a pas pour but, on le sait, de retracer la généalogie de la famille Foix Candale, dont Doazit garde jalousement le souvenir. A la mort du dernier des seigneurs, la famille Broca-Perras acheta le château. Une demoiselle de ce nom, se maria plus tard avec M. Fabien Lacaze, maire de Mt-de-Marsan, et eut deux garçons MM. Gaston et Maurice. Gaston marié à son tour avec une demoiselle Perraud, eut six enfants dont l'une des filles, Mme Vve Personnaz, possède actuellement en propre, le château et ses métairies.

Les De Foix Candale de Doazit étaient alliés aux seigneurs du même nom, habitant le château du Lau, à Duhort-Bachen. Nous ne parlons de ces derniers que pour évoquer la figure de deux de nos anciens évêques, François et Christophe, à qui ils donnèrent le jour.

Ceux-ci descendaient de Gaston de Foix de Candale et de Marthe d'Astarac (Dr Sorbets, bulletin de Borda 1886).

Avant d'occuper le siège d'Aire où il fut nommé en 1560, Christophe était grand aumônier de la cour du roi de Navarre. Il eut à supporter le contrecoup des guerres de religion, qui dévastèrent sa cathédrale; et au lieu de demeurer avec ses ouailles pour relever les ruines et remonter les courages, il se retira à Bordeaux et mourut le 14 septembre 1570 (Légé, tome 1 page 15)*16.

François son frère aîné, homme érudit mais insouciant, lui succéda. Alors que le diocèse demandait une main énergique, l'évêque privé de tous ses biens à Aire, garda sa chaire de professeur à Bordeaux. On devine dans ces conditions, ce que fut ici, chez nous, la conduite des affaires. Au dire de M. Lataste (histoire du petit séminaire d'Aire), le pontife ne mit pas une seule fois les pieds dans sa ville épiscopale, durant les 24 ans qu'il fut censé diriger le diocèse. Il mourut en 1594, à l'âge de 90 ans.

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Avant de clore tous renseignements sur la famille de Candale, nous voulons avec J. Barbe, retracer les dernières années de l'ancien maire de Doazit en 1808, celui qui emporta avec lui dans la tombe le nom des seigneurs, en 1822. -" En 1790, Doazit avait pour baron M. de Foix Candale qui émigra pendant la révolution. Il profita de l'amnistie pour revenir en France, et on lui confia la direction des affaires communales. Il fit réparer les chemins vicinaux, surtout au quartier du Mus. Il mourut à l'âge de 62 ans. Il resta deux ans malade dans son lit. Il était très gras et devint maigre, décrépit et presque dépourvu de bon sens."

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L'église du Mus

L'église ou chapelle du Mus, dont le patron est St Martin, se trouve au coeur même de l'ancien camp romain*17. - C'est une vieille et solide construction qu'on aperçoit de loin, et qui domine le coteau et les collines environnantes.

Nous entrons d'abord sous le porche de l'église par un perron de six marches. L'auvent s'étend sur toute la largeur des deux nefs, soit sur 13 mètres environ. Il abrite le premier des 4 escaliers qui mènent aux cloches, et donne directement passage au cimetière par deux arcs d'ogive, ouverts dans les murs sud et nord de la tour.

Devant la porte principale de l'église, on aperçoit une dalle funéraire carrée de 0,5 mètre, dont l'inscription usée par le temps et les pas des fidèles, est assez difficile à lire en son entier :

Mr H DE FOIX CAND

ALE .illisible. 2 JUIN

1758 ... IR .. DE

Re....illisible.......

Br....illisible.......

Adossée contre un mur, et mutilée dans sa partie supérieure, est déposée une vieille pierre tombale, où se voient encore une hache et deux coins, taillés en relief, attributs probables d'un charpentier ou d'un menuisier de l'endroit.

Le clocher qui mesure 5,70 m. au carré avec des murs d'un mètre d'épaisseur, est construit en majeure partie avec des blocs de pierres coquillières. Il a 13 mètres de haut, et est recouvert d'une toiture à pans coupés, haute de deux mètres puis surmonté d'un finial écrasé avec sa petite girouette. Nous sommes certainement ici en présence d'une de ces tours inachevées du XIVème siècle, à moins qu'on ne s'en tienne au manuscrit de Laborde Péboué, nous signalant que "le 21 février 1647, il fit un si grand et si fort vent, que plusieurs églises tombèrent par terre et même que le clocher du Mus (Doazit) tomba". - Ce qui semblerait nous indiquer qu'il y avait primitivement une flèche élancée, et que l'original petit chapeau chinois dont la tour fut plus tard affublée, ne daterait que de la moitié du XVIIème.

Le clocher comprend 4 paliers, y compris la cage des cloches. Il porte tout à fait le cachet d'un ouvrage défensif: ce qui mérite qu'on l'examine un instant.

L'escalier menant au premier étage compte 20 marches. Il y a là deux meurtrières, hautes de 80 cm, et larges de 15, face au sud et au nord; celle de l'ouest est aveuglée. - A l'est, apparaît le tracé d'une porte ogivale haute de 2,15 m et large de 1 m, actuellement murée et qui, à n'en pas douter, donnait accès à la tribune de l'église, aujourd'hui disparue.

Une seconde rampe de 12 marches nous conduit au palier central, éclairé par trois meurtrières, et la fenêtre de la vigie ou sentinelle, haute de 1,15 m, et large de 45 cm. Le siège en arête de pierre, y est parfaitement visible, et non moins bien conservé. De ce côté là, l'homme de garde pouvait porter ses regards sur le camp du Mus, au nord et à l'est, et embrasser au loin de vastes espaces découverts, ce qui lui permettait de donner facilement l'alarme, aux heures d'invasion.

Un troisième escalier de 12 marches, comme le précédent, débouche sur une espèce de chambre noire d'où l'on arrive enfin, par une dernière et rapide montée, à l'étage des cloches. Ici, l'oeil ravi ne sait quoi le plus admirer, ou de la sombre ligne des pins de la lande, semblable à une immense mer sous la calotte des cieux, ou des riants et verdoyants coteaux de la Chalosse, du Tursan, du Bas-Béarn qu'encadrent à l'horizon, les blancs tapis neigeux des monts pyrénéens... Magnifiques panoramas qu'on ne peut se lasser de contempler, où, sous le regard et la protection de la Vierge toute proche de Maylis, s'étendent à perte de vue, ces terres riantes et ensoleillées qui sont le charme et la fortune du pays.

Deux cloches occupent le beffroi. - Avant 1789, le Mus en avait trois, qui lui furent ravies par les hommes de la Révolution; nous en avons déjà parlé et nous avons dit aussi comment, en 1819, l'abbé Priam rendit à nos trois églises de Doazit un peu de leur grandeur passée, par l'achat de cloches nouvelles.

La grande cloche du Mus porte cet exergue : ad majorem Dei gloriam. Sancte Martine, ora pro nobis. Parrain M. Bernard Domenger, de Mugron. Marraine Mlle Marie Louise Poységur. - 1819 Décharme Monin, fondeurs.

La petite cloche fondue sous le ministère de M. Brun, indique : Parrain Daverat Octave; Marraine Lucie Cascailh, née Darcet; 1909 St Martin P.P.N.

*

Revenons maintenant à l'église, dont la porte d'entrée, de forme gothique est surmontée d'un arc qui vient reposer sur une série de colonnes dont les chapiteaux, pour la plupart très abîmés, portent des motifs sculptés en relief, figurant des feuilles de trèfle.

Le toit de l'édifice, à pente débordante et soutenu par 35 béquilles en bois, est à hauteur du second palier du clocher.

L'église possède deux nefs: la principale dédiée à St Martin, la latérale à Notre Dame des Sept Douleurs. - L'ensemble, nous dit Jean Barbe, fut blanchi en 1821, et pour la somme de 36 francs. Heureux temps où les ouvriers touchaient de si minimes salaires.

Quelques années plus tard, (archives de Doazit), en 1842, Mgr Lannéluc qui venait d'établir pour le Mus une fabrique spéciale destinée aux opérations de l'administration des deniers de l'église, frappait d'interdit cette même église, si les pouvoirs publics ne procédaient pas d'urgence à sa réfection... La crainte de sanctions si sévères porta immédiatement ses fruits, et, en 1843, le plafond était refait sur toute sa surface (34 toises 38 pieds). La commune y dépensa 137 francs. Mais, toute église, comme toute maison, demande un entretien suivi. Et c'est parce que de sérieuses réparations s'imposaient encore, qu'il y a une vingtaine d'années, M. Gaston Lacaze, du château de Candale, prit à sa charge la construction en lambris de bois, de la voûte principale. - En 1854, eut lieu une nouvelle et importante restauration de la nef, tandis que de grands travaux étaient engagés pour le nivellement du cimetière. - Quatre ans plus tard, en même temps qu'Aulès, le Mus recevait, comme mémorial de la mission donnée alors à Doazit, sa croix du cimetière.

La grande nef n'a pas de style bien défini: elle mesure 18 mètres de long sur 8 de large et 6 de haut. Le sanctuaire est en rotonde, percé de deux vitraux et d'une lucarne en rosace, au dessus de l'autel. Cet autel, dont le tombeau seul date de septembre 1843, a été récemment placé, par un ouvrier d'Aulès, Isidore Capdeviolle qui en a lui-même travaillé la pierre. L'ancien, dont le tabernacle a été conservé dans la chapelle voisine, était de l'époque de la Renaissance, mais avait fini par se disloquer du fait de l'humidité qui règne dans l'église.

La nef latérale a 12 mètres de long, sanctuaire compris, sa hauteur de voûte ne dépasse pas 4 m. Mais ici, l'architecture a réellement repris tous ses droits et il convient de signaler les arcatures supérieures dont se parent les deux travées intérieures. Nous y trouvons d'abord un écusson de "gueules" (rouge) avec trois lis d'or; puis, sur les secondes clés de voûte, quatre médaillons, figurant une étoile, une croix, une couronne, un besant, le tout d'or, sur fonds rouge, bleu, et or. Sur la seconde travée, nouvel écusson en croix losangée, entouré sur les quatre faces d'un soleil à rayons flamboyants, d'un arc de lune sur fond bleu, d'une couronne d'or, et d'un motif d'ornement à trois lobes. - Les arêtes de la voûte se terminent en feuilles de palmier, sur les soubassements des piliers de la nef.

Deux vitraux jumelés éclairent l'oratoire, hauts chacun de 2 mètres et larges de un mètre.

Une "Piéta" de belle facture, appuyée contre le mur, a été achetée il y a quelques années, par les soins de M. l'abbé Robert, curé de la paroisse.

 

 


 

 

J'aurais bien voulu dans le cours de cette esquisse, faire passer sous les yeux de mes lecteurs les événements paroissiaux se rapportant à l'époque troublée de la Révolution française. Malheureusement, aucun registre des délibérations communales de l'époque n'existe à la mairie de Doazit. Pareillement, il m'aurait été agréable de puiser aux archives de l'église, la trame des faits importants dont les anciens curés furent les témoins les plus autorisés. Mais la recommandation faite jadis au clergé diocésain par Mgr Savy de tenir un cahier spécial pour y consigner les souvenirs du passé, n'a pas été observée par les successeurs des Dulau et des Priam. - Cette étude est donc forcément incomplète, et on ne saurait m'en faire un grief. Telle qu'elle a été présentée, elle n'en garde pas moins un cachet de vérité historique dont les faits sont tous facilement contrôlables et dont l'intérêt n'échappera à personne.

"A tous les coeurs bien nés, que la patrie est chère !"

Voilà pourquoi j'ai essayé de faire revivre le côté religieux de Doazit, heureux de rendre à la petite cité qui m'a donné le jour, l'hommage qui lui est dû, pour la place de choix qu'elle occupa jadis, et qu'elle continue d'ailleurs à occuper avec une gloire égale, dans les annales du diocèse.

Qu'on me permette en terminant de citer ici ces quelques vers gascons, où j'ai fait passer un peu de mon âme et où, d'une plume à qui la Muse n'a que parcimonieusement souri, j'ai exalté le charme pénétrant de la maison de Dieu, rayonnant sur le bourg de Doazit.

 

A la gleyze de Doazit

O gleyze de Doazit oun m'an pourtat en bade,

Jamè, benlèu bielhot, you ne t'ey desbroumbade;

Qu'ès la grane Maysoun oun, coum aùs accoussats

Tan e tan soun passats.

Que t'aymi dab lous bius qui carréyen la tralhe,

Chaque dimenye en nàu, pietadoure auséralhe,

E qui, grans e petits, se-n biénen touts pourta

Co bitèc à l'auta.

O gleyze de Doazit, près dou toun Tabernacle

Que-s debè coumença lou rèbe, lou miracle,

Qui, d'un petit crétien coum you partit d'arré

Prêtre, un yourn, e-m heré.

Que t'aymi, quoan you béy las bertuts arrebibe

E, réyne dous larès la fé damoura bibe;

Missiounaris, curès, trente-trés en palhat*18

S'ou cam qu'an cabelhat.

O gleyze de Doazit, de drét toustém tinglade

Maugrè lous mechans erts e dous ans la cinglade,

Porte au co péniten cadut s'ou cousticot

De la pats lou floucot.

Que t'aymi dab lous mourts qui dromen den l'arrègue,

A l'oumpre de la crouts oun tout doulén e prègue;

Tu qu'ous as bénédits, balhé-us doun au mèy léu

Place au garbè dou Cèu.

 

*

 
Raphaël Lamaignère


(complément à la note *18)

Mgr Sarthou était né à Doazit en 1840, bien que la liste dressée par le Bulletin des Vocations et qui a été reproduite page 16 n'en fasse pas mention. Il est vrai qu'il partit tout jeune pour Mugron, où il compte encore de petits parents dans la famille Hontang, alliée à la notre. Avant d'être évêque de Pékin, en 1890, il occupait le vicariat apostolique du Tché-ly méridional. Il eut à déplorer les massacres et les incendies de la Mongolie, voisine de sa mission, en 1891, et en 1894 les fâcheux incidents qui se firent sentir jusqu'en la capitale de la Chine, pendant la guerre sino-japonnaise. Sa mort revêtit par le mal qui la précéda, tous les caractères d'un véritable martyre, prévu et souffert pour la défense et la diffusion de la foi (d'après les annales de la Propagation de la Foi, juillet 1899).

Le Père Barbe, dont mon oncle Isidore, supérieur de Maylis, a écrit la vie en 1884, pendant son vicariat de St-Sever, fut aussi une belle figure de prêtre et de missionnaire. - Après avoir fait ses premières études au petit séminaire d'Aire, il passa par le grand séminaire de Dax, et en 1854, entra au noviciat des Jésuites, à Toulouse. Il professa bientôt au collège de Saint-affrique, puis au séminaire de Vals, près du sanctuaire de N.D. du Puy. Il venait de se voir attribuer la chaire de 3ème à Tivoli, quand il dut partir pour Laon, faire son second noviciat en 1866. On le revit tôt après à Doazit, mais pour faire les adieux à ses parents, qu'il ne devait plus revoir ici-bas. Embarqué pour Nossi-Bé, il arriva à St-Denis de la Réunion, en mai 1867. Il se mit aussitôt à l'évangélisation des chrétiens de l'île; mais bientôt fatigué par le climat de ces régions exotiques, ses supérieurs l'envoyèrent à Madagascar en 1871. C'est là, qu'en divers points de ces vastes régions, il devait passer les douze dernières années de sa vie, se dépensant sans compter au bien et au salut des âmes; là aussi qu'il devait mourir sur la brèche, au matin du 22 octobre 1883 après avoir pieusement célébré sa messe, victime des malarias épuisantes de la terre étrangère.

Le Père Julien Larrieu de Lèbe*19, né le 14 janvier 1900, est actuellement à Yokohama, dans l'île de Nippon, attaché à la personne même de l'archevêque de Tokyo, Mgr Alexis Chambord.

Après de solides études au petit séminaire d'Aire et une partie de sa philosophie à Poyanne, déjà tourmenté du désir de l'apostolat lointain, il fut pris par la guerre de 1914-18, et envoyé d'abord comme infirmier à Talence, près de Bordeaux. Tôt après, il partait pour l'Ecole d'Application du Service de Santé militaire, au Val de Grâce, d'où il sortit 2ème sur 39, avec ses galons de sous-lieutenant. Les hostilités terminées, il rentra au séminaire des Missions Etrangères, à Paris, où en 1925, il reçut l'onction sacerdotale des mains de Mgr de Guébriand. - Le 26 avril 1926, il disait sa dernière messe à Doazit, embrassait sa famille éplorée, et partait pour le Japon. - On lui confia d'abord à Tokyo, une chaire de professeur; mais sa santé étant tout à coup devenue chancelante, ses supérieurs lui donnèrent à exercer la vie pastorale, en trois paroisses différentes.

Son archevêque a écrit de lui, à ses parents de Doazit, en 1937: "Il travaille avec une ardeur et une bonne volonté que tous admirent".

Décédé en mars 1942.

 


1- Les armes de Doazit portent: "D'azur à 3 tours d'or 2 et 1." (Daugé).

2- M. Ferré, instituteur à Doazit, transféré en octobre 1941 à l'école du Bourg-Neuf à Mont-de-Marsan.

3- Mémoire de J.B. Barbe, mon arrière grand-oncle, né à Doazit le 24 avril 1786, septième fils de Pierre Barbe et de Marie Dulau, soeur d'un ancien curé de Doazit.

Ce mémoire fit l'objet d'un rapport spécial écrit en 1892 par Mgr Lahargou, alors supérieur du collège de Dax, et présenté par lui à la société de Borda.

4- (NDLR: Le manuscrit comporte une rature; Raphaël Lamaignère avait d'abord écrit "dans la maison actuellement vide appelée "Bénédit".)

5- L'abbé Légé (tome II page 336), parle d'un abbé Bernard Galos, qui mourut à Doazit, le 22 février 1822 au moment de se mettre à table au château, le jour où l'on célébrait l'anniversaire du décés du dernier des Foix de Candale.

6- Il laissa en mourant, à la paroisse, une partie du presbytère qu'il avait achetée de ses deniers pour 400 f. à charge pour les curés de Doazit de dire chaque année deux services chantés et trois messes basses, pour le repos de son âme.

7- le lendemain du décés de l'abbé Pierre - dit "lou chourt" - un enfant naissait, au bourg, chez les Lamaignère. Cet enfant, c'était moi. Quelqu'un dit alors: "Celui-ci remplacera celui-là..." Paroles prophétiques qui 24 ans plus tard, le 2 juillet 1911 devaient pleinement se réaliser.

8- Doazit perdit alors un calice, l'ostensoir, le ciboire, une croix et une lampe en argent. (Barbe).

9- Ces reliques renfermées dans une châsse, authentifiées de nouveau par Mgr Lanneluc, en 1842, sont actuellement gardées au presbytère de Doazit: elles renferment des ossements des saints Vénérand, Séverin, Second, Précieux, Valide, et Patient.

10- Ainsi familièrement appelée, du nom de son fondeur.

11- on appelait ainsi le droit de percevoir certains revenus dans une église déterminée, cathédrale, collégiale, ou paroissiale.

L'abbé Cazauran nous parle de plusieurs prébendes, existant dans la paroisse de Doazit. Ainsi les Etats de 1573 et de 1680 mentionnent le prébendé de la confrérie de St-Martin du Mus appelé abbé. La première prébende du seigneur ou du bâtard; celle de la lande (de landa), Vic ou Tumeboeuf; la 1ère de Castagnet, la seconde de Castaigner ou de Pireau, de Me André Lafargue, celle de Domec ou du Domec, celle de Me Estienne de la Bastugue, ou Jean de Dieu. En 1573 encore, on parle de la prébende dite de Claverie.

12- la collégiale de St-Girons à Hagetmau percevait la dîme à Aulès.

13- Le plan de Doazit (1619) précédemment signalé, porte une maison appelée "Gésitains", c'est à dire cagots, dans le quartier de Brouquère-Loustau.

14- Plan cadastral de Doazit, section G, parcelles 515 à 528, et moitié 529.

15- Section G, no 503, 512, 513, moitié 529, 530, 537, et 543.

16- Décédé dans son château de Cadillac-sur-Garonne, et inhumé dans le choeur des Augustins de Bordeaux (abbé Cazauran).

17- M. Latappy, instituteur en retraite à St-Aubin (71 ans) m'a dit tenir d'un ancien curé de Bretagne, près de Mont-de-Marsan, M. Dupouy, qu'il y a au Mus un souterrain partant de la butte en direction du bourg. - Ce prêtre venu un jour à Doazit et accompagné du vicaire de la paroisse, voulut explorer cette antique galerie. Après s'être engagés tous deux dans le sombre couloir, porteurs de torches allumées, ils durent bientôt rebrousser chemin s'étant trouvés en présence d'un éboulis... Il serait bien intéressant de savoir où était l'entrée du souterrain.

18- Mgr Hippolyte Sarthou, notre parent, évêque lazariste de Pékin, mort en 1899; - Firmin Barbe, mon grand'oncle, mort à Tamatave (Madagascar) en 1883; - Julien Larrieu, au Japon. [complément de note].

19- C'est là, comme nous l'avons dit, que l'abbé Nalis résidait d'habitude. Ces parages lui rappelaient sans doute les années tragiques où il s'était caché pour continuer à exercer son rôle de vicaire, à Doazit. En effet, à la maison voisine du Petit Lèbe, la famille Larrieu se rapelle très bien avoir vu une cachette - la secrète, comme elle la nomme - derrière l'armoire de la cuisine, ménagée dans une cloison à double fond.