Extrait de " Nos Landes ", Ed. de la Librairie D. Chabas, Mont-de-Marsan, 1927. p.104 et 105 ; Les Landais illustres.

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[Jean Darcet]
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Darcet, né en 1727 à Doazit, était le fils d'un petit juge seigneurial. Sa famille espérait lui voir prendre la succession paternelle. Le démon de la science le poussa dans une autre voie. Sous les malédictions des siens, il partit pour Bordeaux, où il ne tarda pas à connaître les misères de l'étudiant sans ressources. Mais un médecin de cette ville le recommanda à Montesquieu, qui le prit comme précepteur et qui l'amena à Paris. Montesquieu travaillait alors à l'Esprit des Lois ; il fit souvent appel à la collaboration de Darcet pour la préparation de son ouvrage. Darcet devint l'élève de Rouelle l'aîné, dont il épousa plus tard la fille, et il s'attacha à l'étude de la médecine et de la chimie. C'est par ses travaux de chimie appliquée qu'il allait devenir célèbre.

Nommé professeur au Collège de France en 1774, il commença son enseignement par une révolution, en substituant dans ses cours l'usage du français à celui du latin, ce qui était clairement indiquer que, chez lui, le formalisme pédantesque des vieilles disciplines allait faire place à une méthode plus scientifique et plus précise. Ses découvertes sur la composition des émaux firent perdre à la Chine et à la Saxe le monopole, qu'elles avaient détenu jusque-là, de la fabrication des porcelaines artistiques. L'Académie des sciences ouvrit aussitôt ses portes à Darcet, qui, après la mort de Macquer, fut, en outre, nommé directeur de la manufacture de Sèvres. Il devint par la suite chef des teintures aux Gobelins et inspecteur des essais à la Monnaie. Ces deux établissements lui durent de notables perfectionnements dans les procédés qu'ils avaient employés jusque-là. L'œuvre de Darcet, éminemment positive, a contribué au progrès de plusieurs industries. Mais la science pure ne lui était pas indifférente. Il savait, d'ailleurs, que les découvertes scientifiques dont la portée pratique n'apparaît pas dès l'abord conduisent souvent aux applications courantes les plus inattendues. Telle, par exemple, celle de l'alliage qui porte son nom, et dont l'extrême fusibilité, simple curiosité de laboratoire à l'origine, est utilisée dans le dispositif de plusieurs extincteurs automatiques d'incendie. Darcet mourut en 1801, laissant un fils qui fut un chimiste distingué et qui devint membre de l'Académie des sciences.