POÈMES 

de 

JEAN DUPRAT, dit RATAFIA

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Ego

Pour un deuxième âge et demi

Soirée Landaise

Coin de cœur

La rue est mon berceau

Seigneur nous vous offrons

Ronde de l'adieu

Promenade en forêt d'Albret

Miroir à deux faces

La vie est à monter,

Crimes de guerre

Vivre Libre

A mon fils Michel

Incertitude

Le Scandinave de Limoux

A mon Ami Gastou Alain de la Blanquette

Suite à Gastou (Casse tout)

Pauvre jean

Diète

Gévaudan o nox

Austerlitz

Descendez on vous demande

A Renée reposant sur sa chaise

Le petit faon Thomas

A mes nobles amis

Prière à Marie

Chant de Noël

Noël

Noël

Au revoir et pardon

Profession de foi

Majorité

19 Printemps

Odile

Envoyez, c'est pesé

Le chemin du Sage

Aux Facteurs

A notre village, à nos paysans

Le mur de la honte

Cinq secondes en bidon

Poudat

Cons et lumières

Les Gens Loups Chrétiens

Triste vie

Deuil

Licence IV

Fantomas

Le vieux

Propos d'outre tombe

Bassesse

Marie Sourire


 


Ego

Sur les bords du bassin est né mon père Jean
A côté d'Arcachon, c'est-à-dire à Gujan.
Près des pins embaumés, des bruyères fleuries,
C'est à Couye à Moustey qu'est née Maman Marie.
Fruit de mer d'un côté, pomme de pin de l'autre,
Mi-marin je suis né, mi-résinier de l'autre
Dans l'eau on peut nager la brasse ou bien le crawl
Va nager dans la gemme impossible ça colle.
Alors des fois j'avance malgré vents et marées
Et d'autres je patine de résine englué.
Mon signe zodiacal étant bien sûr Poissons
Je ressemble à mon père dont je porte le nom.
Si je suis né à Couye je n'ai rien d'un couillon
Mais en fouillant mes poches il n'y a jamais un rond.
Comme mon pauvre père j'ai les poches percées
Je suis sûr dans ma tombe de ne rien emporter.
A moins qu'avec Boutboul, un coup de Trafalgar
Je gagne un bon tiercé, plus d'un demi-milliard.
En attendant ce jour qui n'arrivera jamais
A poil je suis bien né, et nu je crèverai.

Ratafia


Pour un deuxième âge et demi

Et vlan ! encore un an dans les contrevents.
Mais que faut-il donc faire pour freiner les rouages,
Que faut-il donc tenter, pour stopper l'engrenage ?
Pourtant... y a pas longtemps j'avais vingt ans, je crois,
Mais depuis, que de choses se sont passées en moi.
J'accepte tous cadeaux, tous souhaits, toutes fleurs
Mes soixante carats ne me font pas bien peur
Car j'ai derrière moi de la graine fertile
De mon jeune garçon et ma charmante fille.
Mais mon plus grand désir, mon vœu le plus ardent
Serait de m'éveiller à l'âge de trente ans.

Jean Duprat

 


Soirée Landaise

A l'heure où le soleil glisse dans les eaux brunes
Et brise ses rayons dans un dernier sursaut,
A l'heure où dans les cieux se prépare la lune
Nous sommes là, tous deux, blottis dans les roseaux.

A l'heure où la grenouille étonnée se demande
Si c'est bien son reflet qu'elle vient de briser,
A l'heure où les lapins folâtrent dans les landes
Nous sommes là cachés, échangeant des baisers.

A l'heure où les oiseaux serrés tremblent d'angoisse
Où les plus courageux connaissent enfin la peur,
A l'heure où vient la nuit propice aux grands rapaces
Nous sommes là muets, à écouter nos cœurs.

A l'heure où les enfants rêvant marchand de sable
Ferment avec candeur leurs grands yeux innocents,
A l'heure où les troupeaux goûtent la chaude étable
Nous sommes là, troublés par un désir puissant.

A l'heure où tout s'imprègne d'une odeur de résine
Où le pollen retombe en brouillard pailleté
A l'heure où dans le noir des ombres se dessinent
Nous sommes là, brûlants, ivres de volupté.

Jean Duprat


Coin de cœur

Chaque homme a dans son cœur une histoire cachée
Un rêve évanoui, un beau conte de fées
N'entrouvre pas la porte, elle pourrait grincer
Avec le poids des ans, la rouille est sur la clef.

Ecoute donc Ami, un peu de confidence
Puisque tu veux savoir, que tu insistes tant
Que tu ne veux en rien respecter mon silence
Ni laisser reposer le Belle au Bois Dormant.

Belle, belle, elle brûlait d'amour
Ses cheveux, et ses yeux, et son âme
Toute elle m'appartenait, c'était ma seule femme
Moi son Prince Charmant je l'aimerais toujours.

Quand on est fou d'amour, petit, tu ne peux pas comprendre
Quand ta vie n'a de sens qu'auprès de ton aimée
Et qu'un destin soudain vient ôter et te prendre
La source de l'amour qui te désaltérait.

Maintenant mon petit, referme bien la porte*
Mon cœur a tant saigné, j'ai tant souffert, tu sais
Laisse mes souvenirs et surtout fais en sorte
De partir doucement, sur la pointe des pieds.

Ratafia

* dans une autre version: "Maintenant mon cher Jacques, referme donc la porte".


La rue est mon berceau

La rue est mon berceau, la geôle ma demeure
La souffrance ma vie et mon destin le mal
Il en sera ainsi jusqu'à ce que je meure
Si toutefois la mort est un repos final.

Pourtant j'aurais aimé la douceur souveraine
Les baisers parfumés sur mon visage ému
A l'heure où les bambins vont confier leur peine
Sur le sein maternel en épelant "J.é.s.u.s".

J'ai versé tant de pleurs lorsque ma main avide
En saisissant l'aspect d'un halo de bonheur
Ne rencontrait toujours que le gouffre et le vide
M'offrant les moqueries d'un monstre ricaneur.

Le ciel n'a pas daigné exaucer ma requête
Puisqu'il m'a tu le nom de ma pauvre maman
Et si mon cœur exsangue est vierge de conquêtes
C'est que jamais l'amour n'y a pleuré son chant.

Une douce maman, fredonnant des berceuses
Sur l'innocent sommeil de son enfant chéri
Aurait su, je le sais, des heures malheureuses,
Extraire tout le bien, en faire un bon petit.

Je n'ai pour horizon qu'un sombre soupirail
Par lequel un vent froid soupire sa détresse
Des hardes, un numéro, tel est mon attirail
Et telle est ma richesse

Va, marche, grand enfant peureux.
On n'a pas besoin de bonheur pour être heureux.

Ratafia


Seigneur nous vous offrons

Seigneur nous vous offrons la bassesse infinie
De cet univers morfondu
La bure et les sabots de notre ignominie
Les noms que nous avons perdus.


Tous les maux, tous les maux, les longues quarantaines
Le fleuve de haine et de fiel
Qu'ils soient comptés un jour pour nos fautes humaines
Aux justes balances du ciel.

Seigneur nous étions pleins d'orgueil et d'insolence
Voici nos fronts humiliés,
Voici le dur travail et la loi du silence
Pour nos mensonges oubliés.

 
Jean Duprat


Ronde de l'adieu

Fugitifs les instants ruissellent
Sur les flammes de ton regard
Où l'âme entrevue est sans fard
Dans les aveux qui se décèlent.

Les demains déjà nous harcèlent
Car voici venu le départ;
Fugitifs les instants ruissellent
Sur les flammes de ton regard.

Et si les cœurs parfois chancellent
Par un délicat traquenard
Il convient de faire la part
Des songes fous qui s'amoncellent
Fugitifs les instants ruissellent
Car voici l'heure du départ.

 

Ratafia


Promenade en forêt d'Albret

J'ai marché fort longtemps pour venir jusqu'à toi
Verte forêt des Landes, admirable sous-bois.
J'ai ramassé des cèpes près des troncs parfumés
Savoureux cryptogames, délices de gourmets.
Un couple de lapins broutant de la bruyère
Disparaît à mes yeux dans la verte fougère.
Un écureuil farceur m'a bombardé de pignes
Pendant qu'un vol de grives s'abattait sur les vignes.
Un faisan chatoyant m'a frôlé de son aile
Pour aller se cacher parmi les asphodèles.
Un rayon de soleil trouant les vertes branches
Eclairait de son or les bouquets de pervenches.
Une sève dorée coule de la blessure
Du flan d'un jeune pin qui subit la torture
Et qui donne ses larmes avec la joie suprême
De savoir que son sang, que ces gouttes de gemme
Iront finir un jour sous l'archet d'un violon
Chantant la joie de vivre dans le fond du vallon.
Je t'adore forêt de ma Lande natale
Où jeune adolescent j'effeuillais les pétales
Des blanches marguerites auprès d'une enfant blonde
En laissant rêvasser mon âme vagabonde.
Mais ils sont bien loin mes tendres souvenirs
Et les amours passées ne peuvent refleurir.
La mousse m'invitait à reposer mon corps
Et de fermer les yeux sur ce vaste décor,
Je me suis endormi loin du bruit de la ville,
J'ai retrouvé la paix dans ce sylvestre asile.

 

Jean Duprat


Miroir à deux faces

Que Dieu nous ait créés dit-on à son image, ça c'est encore à voir !
Il est vrai qu'en son temps y avait pas de miroirs.
Peut-on, quand on est vil, hypocrite et maudit
Ressembler au Seigneur, s'identifier à lui?
Je vois beaucoup de gens, j'en côtoie tous les jours
Ils sont le contraire de notre Dieu amour.
Ce dont je suis certain, je m'en porte garant
C'est qu'il y a en ce monde des psychés déformants.
Une autre explication aussi s'impose à moi:
Le Seigneur s'est miré dans une glace en bois.
Je crois que j'ai trouvé l'unique solution
C'est que du temps de Dieu y avait pas de pognon.
Dans l'argent mes amis y a l'endroit et l'envers
D'un côté il y a pile, et de l'autre c'est face.
Au moment de partir tu feras la grimace
Dans un drap mortuaire tu auras l'air plus moche.
C'est le seul des smokings qui est prévu sans poche
Si Dieu nous ressemblait ou alors le contraire
Ce serait mieux Satan qui nous a mis sur terre.

 

Ratafia


La vie est à monter,
non pas à descendre

Un homme, un duel, un combat désespéré,
Un combat quotidien pour la liberté,
Pour la liberté d'agir, d'expression.
Mais cet homme, Sakarow, est en prison.
Aucune loi ne peut l'aider
Il a tort. Son seul tort: penser.

Beaucoup connaissent le même destin
Ils sont cinéastes ou écrivains
Mais doivent-ils s'arrêter de lutter ?
Ils défendent un droit primordial,
Le droit devenu leur idéal
Leur rêve un peu fou... Liberté...

Qu'il se nomme Wajcla, Andréï ou Neruda Pablo,
Qu'il soit Polonais ou Chilien
Le même combat quotidien
Les unit tous ensemble sous le même drapeau

Dans les pays où la liberté est bafouée,
Certains osent se lever et parler.
Que l'écho de leur voix ne s'estompe pas
Car l'homme a le droit de crier qu'il est là !

Mais même si ces hommes sont tués
Et leurs écrits réduits en cendres
Ils ont défendu leur liberté
"La vie est à monter non pas à descendre".

Jean Duprat


Crimes de guerre

Tous les crimes de guerre sont vils et méprisables
On voit dans Holocauste, pas mal d'atrocités.
Si les crimes Français ne sont pas comparables
Ils méritent quand même à être signalés.
Tous les Gnakoués qu'on a décapités
En brûlant leur maison, femmes enfants enfermés
En plus tous les Bougnouls que l'on a torturés.
J'ai vu de mes yeux vu, à coups de circulaire
Couper des innocents, par quelques légionnaires.
Sur la piste Ho-Chi-Minh là-bas en pleine brousse
Cherchant sur ce monsieur quelques renseignements
Nous leur crevions les yeux pour savoir de leur bouche
Où se trouvaient cachés bagages et armement.
Et j'oublie sûrement, pas mal de tous ces crimes
Qui ont été commis au nom de la nation.
Il paraît que c'est pire là-bas en Argentine
Oh! peuple de la Terre, où as-tu mis ta civilisation ?
Quand on veut se conduire en gens civilisés
Il faudrait s'abstenir de tant d'atrocités.
Rien n'a vraiment changé depuis le Golgotha
Mais n'est-ce pas les Juifs qui ont fait le premier pas ?

Ratafia


Vivre Libre

Approche mon enfant, je voudrais te parler
Toute ta vie peut-être, il te faudra chercher
Une Colombe blanche symbole de la Paix
Qui porte dans son bec un rameau d'olivier.

Missiles et canons, avions perfectionnés
Les camps où l'on t'enferme pour te déshonorer
Tu es toujours coupable, ta peau a-t-elle un prix ?
Derrière les barbelés, on peut laisser sa vie.

Profiteurs de tous genres, mécréants de l'Histoire
Du sang des innocents abreuvez vos victoires
Déchirez vos traités, abolissez les guerres
A la place du cœur, avez-vous donc des pierres ?

Liban, Iran, Afrique et Salvador aussi
Sur tous les points du globe, avec leurs corps transis
Des milliers d'orphelins, des vieillards squelettiques
Attendent la colombe, mais reçoivent la trique.

Parfois des tâches rouges empourpreront les ailes
De cet oiseau si pur épris de liberté
Et malgré ses efforts, tous les peuples rebelles
Amasseront de l'or avec le sang versé.

Ne désespère pas mon fils, si tu vois la colombe
Mitraillée près de toi et qu'après elle succombe
Ne pleure pas surtout, car elle ne peut mourir
Prends la pour ton emblème, le rameau doit fleurir.

Que Noël soit Noël chaque jour dans le monde
Enfants battez des mains, jouez, faites des rondes
Plantez des grains de Paix d'autres moissonneront
Et faites avec des fleurs des bouquets de chansons.

Jean Duprat


A mon fils Michel

Je vous confie mon fils, tabellion mon cher maître
C'est un gentil garçon et le plus doux des êtres
Il est de ma famille mon enfant préféré
Celui que j'ai cherché pendant vingt trois années
C'est le fruit de mon sang que vous avez chez vous
Vous me l'avez volé, voyez j'en suis jaloux
Mais je sais que chez vous il est en bonne main
Ma peine est beaucoup moindre, apaisé mon chagrin.
Faites-y attention, il a beaucoup souffert
Sa vie fut un calvaire, un poison, un enfer.
Il mérite sa place, il saura la tenir
Et comme un chien fidèle il saura vous servir.
Acceptez cher monsieur, la prière d'un père
Mais j'aime trop mon fils et je ne puis me taire
Essayez s'il vous plaît comme moi de l'aimer
Car toute bonne action se voit récompensée
Vous même étant perclus, vous devez tant souffrir
Que vos maux et les siens s'effacent à l'avenir
Je remercie le ciel et la très Sainte Vierge
A Lourdes c'est promis vous aurez votre cierge
Recevez cher monsieur, toute mon affection
Et que Dieu vous bénisse ainsi qu'à mon fiston.

Ratafia

(à Mtre St-Clair, notaire à Cruseilles, Haute-Savoie)


Incertitude

La vie! Quoi! Expliquez moi enfin
A un commencement, mais a-t-elle une fin ?
Serait-il Dieu possible qu'à la fin de la vie
Que notre corps pourrisse et que tout soit fini ?
S'il en était ainsi pourquoi venir au monde
Et finir à jamais dans le creux d'une tombe ?
N'étant pas très expert dans la théologie
Il paraît que notre âme perpétue notre vie
J'espère qu'en mourant Jésus, dessus sa croix
Tout en nous rachetant, nous en donna le droit.
Si c'était le contraire, à quoi bon exister
Les biens de cette terre ne m'ont pas trop choyé
Je vis dans cet espoir, telle est mon espérance
Viens mon dernier matin, ô! viens ma délivrance.

 

Ratafia


Le Scandinave de Limoux

Quelle preuve d'amour tu as fais à ta femme
De quitter ton Midi, ta douce tramontane
Comme tu dois l'aimer, d'un amour sans pareil
Pour quitter ton pays engorgé de soleil.
Ici sur cette terre y a des beaux coins partout
Mais Oslo enneigé ça ne vaut pas Limoux.
La Norvège est dotée de forêts merveilleuses
Qui végètent au falot d'un soleil en veilleuse.
Ta merveilleuse épouse est charmante et coquette
Mais elle est moins mousseuse que ta bonne blanquette.
L'amour mon cher ami, n'a aucune limite
Et c'est un Norvégien qui créa la marmite.
Tu lui fais si tu veux trois ou quatre mouflets
Et puis après t'arrêtes quand t'entends le sifflet.
Venez tous nous revoir, car on s'ennuie de vous
Reviens t'oxygéner au soleil de chez nous.
N'amène pas surtout du pinard Scandinave
Car là-bas ils le font en pressant des betteraves.
Ici nous mangerons à la bonne franquette
En poussant le fricot d'un bon coup de blanquette.
Je salue la Norvège ce beau pays charmant
Et j'embrasse Ami, ta femme et tes enfants.

Jean Duprat dit Ratafia
 
 

Flatdal, le 24 mai 1984

A mon ami Jean de Chalosse

Mon amour pour la prose est plus fort que le vers,
Aussi pour éviter chez toi un gros chagrin
Je compte à mon tour les pieds alexandrins,
Et quand j'en compte douze j'ai terminé le vers.

Puis je compte les vers, ça y est quatre, une strophe,
Que déjà me voilà en plein dans la seconde,
Bien que l'inspiration ne soit pas trop féconde
Et qu'il y ait à mon goût beaucoup trop d'apostrophes.

Il est vrai que parfois j'ai quelques trous de vers
Que je pourrais combler par un trou trou normand
Mais l'alcool en ce lieu n'est pas du tout courant
Et te laisse le soin de remplir ras ce verre,

Que nous boirons ensemble en ta belle Chalosse.
A l'idée de penser qu'il me faut trouver rime
Au pays que tu habites, voilà que je patine
Et dans mon dos je sens me pousser une bosse.

Laisse-moi la toucher, c'est un signe de chance
Et faire cite un vœu, que tu auras deviné:
Nous rencontrer en bas, pas loin d'où je suis né
Pour boire en un instant tous les bons vins de France.

Mais avant tout cela, il faut que tu m'écoutes
Alors, brave la "Batsare" et les intempéries,
Prends ton cyclope à trois roues et largues en les ris,
Descends par la forêt, prends la plus courte route,

Puis près d'un croisement, où un Jésus en croix
A l'air de s'emmerder, tu stopperas l'engin,
Et dans l'ancien café ne boiras pas de vin
Et là sans te presser de ta plus belle voix

En chantant si tu veux, debout sous la rotonde,
A Renée la garbure et reine du magret
Et Jojo le béret, acheteur de duvet,
Tu leur roucouleras un bonjour en Palombe*.

*Palombe: ancienne langue de la Palombie (Capitale Salmis). Habitants: Palombiers et Palombières. La Palombie a été annexée en 1912 par l'Utopie (Capitale Sessurjicroi) par le traité de Roucourou, signé sur la Gouaoubeu. (NDLA)

Alain


A mon Ami Gastou Alain de la Blanquette

Jamais ô grand jamais, je n'ai eu tant de joie
Politesse exigeant, réponse je te dois.
Ta lettre a mis quatre jours et sûrement quatre nuits
Elle m'a réveillé, m'a tiré de l'ennui.
Je vois avec bonheur que tu manies la plume
Mieux que le forgeron manierait son enclume.
Tes mots vont droit au cœur, ils sont purs et sincères
C'est la limpidité du cristal et du verre.
Té! en parlant de verre, je boirai bien un coup
Hélas! c'est du Chalosse, pas du vin de Limoux.
Quand je parle j'ai soif, mais quand j'écris je pinte
Je change en soleil une bougie éteinte.
Vivons dans la clarté, d'aurores boréales
Si les ballons sont ronds Limoux XIII est ovale.
S'il y a trois mi-temps dans un match de chez nous
C'est pas pour boire le cidre des joueurs de biniou.
J'ai bien communiqué ton bonjour en palombe
Mais je n'ai pas chanté, car par ici l'eau tombe
Comme disait je crois monsieur de Lapalisse
Ça n'arrête jamais et quand il pleut ça pisse.
Jojo il continue duvet à pleins cageots
Mais s'il est bon aux plumes, zéro pour le pageot.
Bonjour à la Maman aux tous petits mouflets
Et surtout n'oublie pas d'arrêter le sifflet*.

* Sifflet: Mot masculin, dont on se sert pour jouer, mais attention sifflet n'est pas jouer !

Grosses bises et qu'on (con) se le dise.

Ratafia


Suite à Gastou (Casse tout)

Norvège, Suède, Finlande, Scandinavie
Des pays où l'été on se caille les claouis
excusez-moi monsieur De Alain de Gastou
Très peu pour moi, car je ne suis pas fou.
Comme dit la maxime, vis où tu peux, meurs où tu dois.
Moi je veux bien crever, mais surtout pas de froid.
Les marchands de chapeaux, là-bas doivent être rares
On ne risque pas d'en prendre un coup sur le cigare.
Si nous dans le Midi on est un peu fada
C'est la faute au soleil, car il est toujours là.
Rappelle-toi Limoux et ses grappes vermeilles,
Toutes ces galéjades à l'accent sans pareil.
Je ne veux pas par là te foutre le cafard
Mais, putain macarel ! reviens nous tôt ou tard.
Je voudrai bien te voir, à poil et en photo
Tu dois être bronzé pire qu'un lavabo.
Ramasse ton barda, tes fringues et tes guenilles
Et met donc dans le train ta très chère famille.
Tu pourras par ici monter un beau manège
Vendre des esquimaux ou des œufs à la neige
Tu vendras quelques masques, le jour du Carnaval
Ou bien tes conneries décrocheront la timbale.
En parlant de timbale, j'ai une soif atroce
Je vais m'ingurgiter un bon pèt de Chalosse
Et crois-moi mon ami un coup de pichtogomme
C'est meilleur à coup sûr que ton cidre à la gomme.
Allez mes chers amis, le Bon Dieu vous protège
Bonjour à tes amis des châteaux en Norvège (Françoise sans gands)
Le Dieu des Scandinaves je crois s'appelle Odin
Vive lui, Vive moi, et Vive le bon VIN*

* Vin: Boisson obtenue en pressant des raisins. Inconnu sûrement en pays Norvégien

Ratafia


Pauvre jean

Lorsque je parle aux murs, à mes chiens, à Michou
Ils ne m'ont jamais dit Ratafia taisez-vous.
Faut aller chez Renée pour voir chose pareille
Car, à ce qu'il paraît, je lui casse les oreilles.
Oui je suis condamné à fermer mon claquet
toute ma vie durant, il faudra la boucler.
Tes soucis, tes ennuis n'intéressent personne
Qu'est-ce que ça peut leur faire que t'as été un homme.
Tu as connu la gloire, tout en frôlant la mort
Et tu sors de la vie comme un vieillard en sort.*
Maintenant que t'es vieux, que tes cheveux sont gris
Assis-toi dans un coin et fais-toi tout petit.
Tu embêtes les gens avec tes balivernes
Tais-toi et terre-toi au fond de ta caverne.

Vous qui lirez ces vers, tout en faisant la moue
Je vous entends d'ici, Ratafia, taisez-vous!

 

Ratafia

* comme un vieil hareng saur.


Diète

Adieu bons plats, adieu gâteaux, confiseries
Oui, adieu les kilos, mais j'ai beaucoup maigri.
Je mangeais tout à l'eau, sans huiles et sans graisses
Mon corps a bien minci, mais pas du tout mes fesses.
Vas-y toi dans le train, pour payer quart de place
Avec un popotin qui prend presque deux places.
Alors je me suis dit: il y a deux solutions
Ou rester comme ça ou bien l'opération.
Salut tous mes bourrelets, à mon poids au revoir
Ce qu'il y a de plus con, je ne peux plus m'asseoir.
Comme l'enfant Jésus j'ai ni ventre ni cul
Celui qui m'a connue ne me reconnaît plus.
Cette cure à coup sûr fût une vraie merveille
Plus de demi tarif ni de carte vermeille.
Même un metteur en scène à mes charmes sensible
M'a proposé un rôle dans la femme invisible.
Alors j'ai répondu à cet affreux Cassandre
S'il ne me voyait pas il pourrait bien m'entendre.
Enfin j'ai réussi, me voilà filiforme.
Si j'ai perdu les formes, j'ai pas perdu la forme.

Ratafia

(à Annette Dauga)


Gévaudan o nox

C'était pendant l'horreur d'une profonde nuit
La nuit où une bête étrangla dix brebis.
Le patron des ovins ému au bord des larmes
S'empressa vivement d'appeler les gendarmes.
Bien reçu, dit le chef, nous arrivons "dare-dare".
Pour ça ils sont venus, vers les six heures un quart.
On courait dirent-ils, après un vieil ivrogne
Qui pressait davantage que ce tas de charognes.
Vous savez cher monsieur, avec le nez qu'on a
L'affaire ira très vite ça ne traînera pas.
Tu parles, qu'il pensa l'ex-patron de bistrot,
Je peux compter dessus et puis boire de l'eau.
La maxime nous dit, compte toujours sur toi,
On est mal protégé, ami contre la loi.
Un copain lui propose, muni d'une escopette
Qu'il va monter la garde pour attraper la bête.
Trop risqué lui dit-il, pas d'accord pour le siège
Moi je vais la baiser, je vais monter un piège.
Alors lui répliquai-je, vraiment tu me désarmes,
Tu vois pas, nom de dieu! que t'attrapes un gendarme!!!

 

Ratafia

(chiens du Camenger ayant tué des brebis de Georges Dauga)


Austerlitz

Quand t'iras à Paris nettoie donc tes lunettes
Faut que tu sois miro pour ne pas voir Annette.
C'est sûr évidemment qu'elle a beaucoup maigri
Mais un beau monument ça se voit dans Paris.
Passe qu'à la gare tu n'aies pas vu Rufus
Car il n'est guère épais* pourtant il n'est pas Russe
Mais Annette voyons une si belle fille
A mon avis mon vieux faut changer tes lentilles.
Je connais au chenil, un très beau compagnon
Qui a autant de flair que les flics de Mugron.
Ce chien est si vaillant, qu'on le nomme Atoutcœur
Il a autant de nez qu'un avion renifleur.
A Paris tu le suis et tu lui fais confiance
Il mord tous les gaziers qui travaillent aux Finances.
Moralité : si ta vue elle déconne,
Achète des jumelles comme Léon Zitrone.

Ratafia

* Guerre et Paix

(à Annette Dauga)


Descendez on vous demande

Lassé d'être tout seul je m'en vais au Plassin
A bord de mon auto, de mon petit zinzin
Je demande à Renée où est le Caïffa
Il pèle un agnelet, je crois qu'il est en bas.

Té! qui me dit Jojo, tu as toujours mal aux reins
Assieds-toi sur ce siège. Il datait de Verdun.
Je pose mon cul dessus, cinq minutes tout bon
Tout d'un coup mon ami on entend un grand crak!
C'était mon Ratafia qui s'étendait en vrac.

Et le Caïffa rire de ce si prompt exploit,
Et moi comme un couillon j'avais les bras en croix
J'ai eu peur pour mon cul déjà qu'il est fêlé
J'aurais pu nom de dieu presque me le casser.

Pour ton anniversaire, Je te fais un cadeau,
Mais celui de la chaise est bien plus rigolo.

Ratafia


A Renée reposant sur sa chaise

Silence

 
Rien ne vaut la douceur, dans l'humaine existence
De rester les yeux clos sous l'aile du silence
Et le baiser du vent dans l'ombre de la nuit
Où s'endorment les voix d'un monde qui nous fuit.

Jean Duprat


Le petit faon Thomas

Bonjour petit Thomas, bonjour mon cher bambin
Ta place est déjà faite, viens nous voir au Plassin
Bonjour mon agnelet. Bonjour petit enfant.
Tu nous es arrivé... il en était bien temps.
Tu es né à Paris, tu seras Chalossais
Les moutons de Papi ont besoin d'un berger.
Toi qui par ce deux décembre et sans le faire exprès
Du grand Napoléon as fêté l'apogée,
Tu seras le plus grand, tu seras le plus fort
De toute la Chalosse, de Doazit à Monfort.
Mamie t'a tricoté de très jolis petons
Avec la laine blanche de ses petits moutons.
Tu seras adulé, aimé et respecté
La richesse après tout, ça viendra bien après.
S'il existe quelqu'un au dessus des nuages
Demande-lui veux-tu que l'on prenne de l'âge
Pour te voir gambader par dedans la prairie
Bonjour petit enfant, nous te disons merci.

Jean Duprat

 

(Thomas, fils d'Annette Dauga)


A mes nobles amis

Apparemment sans heurts, sans soucis, sans problèmes
Il est dans ce pays deux personnes que j'aime
Car j'aime la douceur qui règne en leur foyer
Leurs goûts de bienséance et de simplicité.
J'ai pour des gens comme ça une très haute estime
Beaucoup d'admiration, et une foi sublime.
J'espère qu'en ces vers vous vous reconnaîtrez,
Je veux parler de Georges et de ma sœur Renée.
A force de trimer, batailler, comme on dit,
Ils ont mis de côté quelques économies,
Elevé leurs enfants dans l'échelle sociale
Leur bonheur est parfait, satisfaction totale.
Reine du cordon bleu, Renée fait la cuisine
Aidée au maximum par la douce Janine.
Quant à Georges, ma foi, c'est une autre question
Il va de ferme en ferme à bord de son camion.
Ce sont des gens paisibles, très unis, très soudés
Avec qui je partage toute mon amitié
Des gens d'un haut niveau, sincèrement honnêtes
Dont l'argent n'a pas su leur monter à la tête.
Des gens à qui je veux montrer ma gratitude
Comme les choses simples ne peuvent s'expliquer,
Je crois et je maintiens, j'en ai la certitude
Que Dieu au Paradis saura les accepter.

Jean Duprat

 

(à Georges et Renée Dauga)


Prière à Marie

Marie, Marie, je n'ai plus de courage
La haine brûle en moi tous mes efforts
Marie, Marie, donne-moi du courage
Dis-moi que près du tien ma Maman vit encore.
Tu as donné ton fils... moi on m'a pris Maman,
Tu as tout accepté, je n'en fais pas autant.
Ton fils à toi, est mort pour la divine loi,
Mais Maman comme otage, je ne sais pas pourquoi.
Toi au pied de la croix tu as tout pardonné,
Moi devant son cercueil, je me suis révolté.
Toi tu disais "mon Dieu c'était ta volonté",
Moi brisé de douleur, je n'ai pas pu prier.
Marie, Marie, je n'ai plus de courage
Apporte-moi l'oubli, redonne-moi la foi
Marie, Marie, donne-moi du courage
Je voudrais tant, Marie, être semblable à toi.
Grâce à ton fils les hommes ont retrouvé l'espoir,
La mort de ma Maman a fait mon désespoir.
Ton fils a murmuré "Que tout soit accompli"
Maman, n'était qu'une femme et elle aimait la vie,
Elle en attendait tout, et malgré ses efforts
Ses bourreaux sont venus, ce n'est plus qu'un corps.
Un pauvre corps sanglant, brisé à tout jamais
Et ceux qui ont fait ça, moi Marie je les hais
Marie, Marie, vois, je suis sans courage
Je t'en supplie, Marie, ne m'abandonne pas
Marie, Marie, donne-moi du courage
Pour pardonner, c'est dur de faire le premier pas.

 

Jean Duprat


Chant de Noël

Ecoutez... Ecoutez les enfants, cette chanson si pure
Qui portée par le vent, ondule la ramure
Ecoutez bien, petits ce chant de l'éternel
Ecoutez tendrement ce beau chant de Noël.
Il est là, allongé tout fumant sur la paille
Car il vient de sortir des très saintes entrailles
Entre un baudet poussif et un bœuf de labour.
Il est là le sauveur, le fils de Dieu amour.
Celui que vous voyez sur les pieuses images
Celui qu'ont témoigné avoir vu les mages
Le vrai, le seul, dont la vie est palpable
Est né modestement dans le fond d'une étable.
Il est l'être divin, l'homme le plus sublime
Qui a sauvé l'humain qui sombrait dans l'abîme.
Enfants de tous pays, entonnez tous en chœur
Ce beau chant de Noël qui réjouit nos cœurs.
Lorsque minuit sonnera au clocher du village
Dormez bien chérubins et surtout soyez sages,
Aimez bien le messie qui a lavé de son sang
Tous les péchés du monde, tout en nous pardonnant.

 

Ratafia


Noël

Merci Monsieur Rostand de nous avoir légué
Ce merveilleux château pour pouvoir nous soigner.
Toi l'auteur de l'Aiglon, de Monsieur Cyrano,
De tous nos cœurs merci pour ce noble cadeau.

J'ajoute aussi mes vœux à tous le personnel
Pour lequel je souhaite un merveilleux Noël,
Et à tous nos malades une prompte guérison
Pour qu'ils puissent rentrer bien vite à la maison.

Pour écrire aux êtres qu'on aime
A-t-on besoin de tant d'esprit
La plume court d'elle même
Quand c'est le cœur qui la conduit.

Encore une fois merci Edmond pour ce si beau joyau
Tous les gens de Grancher te tirent leur chapeau
Je ne suis pas poète, mais je voudrais, ma foi,
Par ce beau jour de fête communiquer ma joie.
Trinquons à Cyrano, aux poètes, aux Nobels
Chantons à pleine voix, Noël, Noël, Noël.

 

Ratafia


Noël

Petit Papa Noël, je suis là... à Cambo
N'oublie pas s'il te plaît, de remplir nos sabots,
Les miens resteront vides, j'en ai la certitude,
Mais cela ne fait rien, j'en ai pris l'habitude.

Pense aux déshérités de Cyrano..., d'ailleurs,
Songes à ces pauvres gens qui sont dans le malheur
Quand t'auras ta pelisse, ton bâton et tes bottes
Arrête-toi ici, et vide un peu ta hotte.

Le moindre bibelot, une fleur, un bonbon,
Nous te dirons merci, ô toi père si bon.
Si en fin de tournée il te reste une chose,
Rien qu'un peu de santé, pour soulager l'arthrose,
Un ballon d'oxygène pour pouvoir respirer,
Verse tout par ici, verse tout sans compter.

Je vis dans cet espoir et j'attends patiemment
L'étoile de Noël, qui brille au firmament,
Je te pardonne père de m'avoir oublié
Tu es tellement vieux et tellement chargé.

 

Jean Duprat


Au revoir et pardon

Ça y est, ils sont partis au pays où la vie est moins chère
Nos deux capucins blancs décédés en Lozère.
Cercueils capitonnés, coussins et matelas
Le tout venant bien sûr de chez Conforama.

Vous croyant en cavale, je vous avais charriés
J'aurai voulu, mes frères ne pas m'être trompé.
Le Seigneur vous a pris la santé, la jeunesse,
Pourtant, vous le serviez chaque jour à la messe.

Faut-il donc toujours croire à la bonté divine
Beaucoup en douteront, du moins je l'imagine.
Sur cette triste terre où est le mal, où est le bien ?
Personne ne répond, personne n'en sait rien.

Les crapules survivent, et durent très longtemps
Les pires catastrophes, sont pour les pauvres gens.
Alors que faut-il faire, tuer, voler, tricher
Pour recevoir de Dieu son auguste bonté.
Devant ce sac de nœuds... je préfère me taire.
C'est le mot de la fin. Bon Paradis mes frères.

 

Jean Duprat

(aux moines de Maylis perdus en Lozère)


Profession de foi

Par ce jour mémorable mes chers petits amis
Devant la Sainte Table vous voilà réunis
En recevant l'hostie priez avec ferveur
Car c'est du pain béni et le cœur du Seigneur.

Ce jour là, mes petits, on ne l'oublie jamais
Il rentre ancré en nous et pour toujours gravé
Mon petit Sébastien, ma chère Quitterie
Par cet acte de foi vous recevez la vie.

Soyez toujours très humbles et bons avec les autres
Suivez si vous pouvez le chemin des Apôtres
N'oubliez pas surtout mes deux petits mignons
L'humilité est à la base de toutes perfections.

En recevant Jésus dans vos corps nobles et purs
Vous rentrez dans le ciel aux doux reflets d'azur
Pardonnez les méchants, ils sont irresponsables
Faites-en le serment devant la Sainte Table.

Et à la Sainte Vierge donnez votre couronne
Car Marie a prouvé qu'elle était chaste et bonne
Elle a beaucoup souffert de perdre son enfant
Soyez toujours gentils avec Papa Maman.

Votre voisin est fier de vos consécrations
Lui aussi il a fait sa première communion
Que le Bon Dieu vous garde de tout péché mortel
Et qu'il vous ouvre en grand les portes de son ciel.

Jean Duprat

(à Sébastien et Quitterie Lafenetre, à Lassie)


Majorité

C'est très dur vous savez que d'avoir dix huit ans
Car la majorité en nos corps défendants
Se situe à peu près entre la femme enfant
Inexpérimentée, j'ai besoin à coup sûr de l'aide des parents.

Après, beaucoup plus tard... faudra se résigner
De prendre un bon mari avec un bon métier
De penser aux petits, fonder une famille
Avoir un petit garçon, une petite fille.

La vie est incertaine faut pas trop s'emballer
En jeune fille sage, je dois beaucoup songer
Le mariage en lui-même est une loterie
Faut beaucoup réfléchir pour engager sa vie.

J'ai été trop gâtée, j'ai peur de l'avenir
J'ai peur de perdre un jour mes meilleurs souvenirs
S'il me faut quitter le giron de ma mère
Qui me consolera de mes peines amères ?

Je ne suis pas la seule dans cette situation
Nos parents avant moi avaient de gros problèmes
Je franchirai le pas en faisant attention
Vive mes dix huit ans, que tout le monde s'aime.

Jean Duprat


19 Printemps

Je n'ai pas eu, - excuse - des parents fortunés
Et les bancs de l'école j'ai beaucoup déserté.
Ces vers ne sont pas beaux et manquent d'expérience
J'espère avoir le droit à ta grande clémence.
Dix neuf ans déjà! que le temps passe vite !
Mords dedans de tout cœur, il faut que t'en profite
Prends ton temps, ma petite, toi qui as tout pour plaire.
Je te souhaite en passant un bon anniversaire
Tout en fuyant le temps, un jour te formera
Pour affronter la vie avec des aléas.
Arme-toi de courage, de patience et d'amour,
L'ensemble des humains te le rendront toujours.
Ô! toi petite fille, ô! toi que je réveille
Je n'ai pas l'envergure de donner des conseils
Je ne suis pas aimé des gens de ce pays
Surtout ne leur dit pas que c'est moi qui l'écrit.
Alors chère Myriam, très bon anniversaire
Espérant, toutefois trinquer avec ton verre.

Jean Duprat

(à Myriam Daverat, de Guirouse)


Odile

Si ma plume s'égare, en ce jour sur cette feuille
Devant votre sagesse, vraiment je me recueille
Mes mots ne disent rien, mes paroles sont vaines
Je vous trouve des fois, pour sûr un peu lointaine.
Je n'ai pas dit sauvage, loin de moi ma pensée,
Mais très peu abordable, difficile d'accès.
Mais vous avez la charge d'une grande famille
De trois charmants garçons et d'une belle fille.
Et au jour d'aujourd'hui l'argent s'en va si vite
Faut faire gaffe à tout pour que bout la marmite.
Devant votre droiture et votre austère vie
Je crois avoir pour vous plus que de la sympathie.
Des fois je suis pervers, bien souvent je me saoule
Il m'arrive souvent de perdre un peu la boule.
Mais ne m'en veuillez pas ma très chère voisine
Si j'aime me pencher sur la dite chopine
Je reste tout de même un très charmant garçon
Et vous avez de moi toute mon affection.
Chapeau! chère Madame continuez comme ça
N'ayez pas la dent dure pour le vieux Ratafia.
Et si vous m'enguelez, des fois je le mérite
Je ne suis pas la crème, même pas une élite
Vous avez au Mounon un très petit poète
Amour, prospérité, tout ça je vous souhaite.

Jean Duprat

(à Odile Daverat, de Guirouse)


Envoyez, c'est pesé

Avec ton clair sourire, à donner le frisson
Ton job est tout trouvé, gardienne de prison.
Quand on est comme toi de famille croyante
Je ne peux pas comprendre que l'on soit si méchante.
De fiel et de vinaigre, sont tes conversations
Chaque mot que tu dis, mérite confession.
Les dix commandements tu devrais réviser
Il y est interdit d'avoir la morve au nez.
Tu as tous les défauts, orgueilleuse, arrogante
Continue comme ça, tu suis la bonne pente.
Je plains le pauvre mec qui te prendra pour femme
Il n'aura pas fini de recevoir des blâmes.
Le pauvre malheureux ne pouvant pas comprendre
N'aura plus qu'un recours, c'est celui de se pendre.
Pourtant je n'aime pas critiquer mes voisins
Car je hais les vipères et leur mortel venin.
Si chez toi tu possèdes un miroir à deux faces
Ta beauté intérieure n'y trouvera pas place.
Je sais que ce poème tu vas le déchirer
Mais avant de le faire, moi je réfléchirais.
Tous les acteurs du monde possèdent leur critique
On peut faire un agneau d'une mauvaise bique.
Excusez, Mademoiselle si j'ai eu la dent dure
Mais le monde bascule et jamais rien ne dure.
Moi aussi comme toi j'ai connu l'âge bête
Mais envers les vieillards j'ai su rester honnête.

 

Jean Duprat

 


Le chemin du Sage

Faut savoir d'où l'on vient pour savoir où l'on va
Si tu es né simplet, il faut rester comme ça
Les lois de la nature faut pas les chambouler
Et plus haut que son cul il ne faut pas péter.

Bien sûr il faut toujours chercher à s'élever
Mais faut que sur le sol tes pieds soient bien rivés
En regardant par terre, jamais tu ne trébuches
Mais si tu vises en l'air, c'est là que vient la bûche.

Tout va vite aujourd'hui rien ne te sert de suivre
On se casse le nez en voulant tout poursuivre
Qui va piano, va sano, explique le proverbe
Je crois que le progrès t'a foutu dans la merde.

Les anciens, autrefois allaient tout doucement
Et ne connaissaient point autant d'emmerdements
Ils se cassaient la gueule c'est pas un fait nouveau
Mais eux quand ils tombaient, ils tombaient de moins haut.

Alors t'as bien compris, aucun affolement
Et laisse donc passer la vitesse du temps
Ecoute les anciens, ils sauront te guider
Et mettre ton tremplin juste où il faut sauter.

 

Ratafia

(1987)


Aux Facteurs

Autrefois, mes amis, le bâton à la main
Nous faisions la tournée par les mauvais chemins.
Puis le temps est venu, du beau vélocipède
Nous pédalions chantant à travers la pinède
Le service des postes s'étant modernisé.
 

*****************

 
J'ai trouvé dans ma lecture d'aujourd'hui ces points d'eau rafraîchie où je me suis désaltéré :

- On échappe à ses limites par l'accueil, et non par la conquête.
- Un signe presque infaillible d'effritement intérieur: le besoin de louanges, d'approbations de toutes sortes...
- Les Saints sont des canailles dont Dieu s'est occupé.
- Je préfère la vérité dans le péché au mensonge dans la vertu.

 


A notre village, à nos paysans

Il est un petit bled dans un coin de Chalosse
Où je me suis ancré tout en roulant ma bosse.
La vie est acceptable, on y mange très bien
Les gens sont bien gentils, de très bons paroissiens.
Nous possédons ici, en plus de la Batsare
Une équipe de foot, basket, une fanfare.
Notre terre est féconde, riche et généreuse
Nous possédons aussi d'admirables gaveuses.
Un bon petit vin blanc, qui ne doit rien à personne
Un petit coup pour toi, un petit pèt pour moi et un coup pour la bonne.

Mais changeons de sujet, soyons plus poétique
Et aimons nos paysans d'un amour pathétique.

Aux paysans

Aux voix qui vous diront la ville et ses merveilles
N'ouvrez pas votre cœur, paysans mes amis !
A l'appel des cités, n'ouvrez pas vos oreilles
Elles donnent hélas! moins qu'elles ont promis.
La cité pour son peuple en vain se dit féconde
Le pain de ses enfants est plus amer que doux
Sous un luxe qui ment, tel rit aux yeux du monde
Qui tout bas porte envie au dernier d'entre vous.
Paisibles et contents, la tâche terminée
A votre cher foyer vous rentrez chaque soir.
Combien de citadins, au bout de leur journée
Ne rapportent chez eux qu'un morne désespoir.
A vos champs, à vos bois, demeurez fidèles
Aimez vos doux vallons, aimez votre métier
Auguste est le travail de vos mains paternelles
C'est de votre sueur que vit le monde entier.

Ratafia

(1987)


Le mur de la honte

Un jeune préposé s'improvisant maçon
A construit un muret autour de sa maison.
Sûrement ce jour là, le vent soufflait de bise
C'est la copie conforme de la vraie tour de Pise.
Si les Boches à Berlin avaient un mur semblable
Tous pourraient le sauter, même les plus minables.
Les adages sont vrais ainsi que les dictons
C'est bien au pied du mur que l'on voit le maçon.
Si vous oyez la nuit quelques bruits insolites
C'est le mur du facteur qui s'est cassé la pipe.
Il a comme un défaut, vers la route il recule
S'il y met le niveau, il fait péter la bulle.
Comme je vous l'ai dit chacun sa profession
Le courrier aux facteurs et les murs aux maçons.
Ce mur vaut le détour au cours d'une excursion
C'est le mur de la honte et des lamentations.
Après tout un facteur est un porteur de plis,
Pourquoi pas que son mur ne plierait pas aussi.

 

Ratafia

 


Cinq secondes en bidon

Un vieux schnock éméché, poussé par un pendard
C'était mis dans la tête que de faire un écart.
D'une marche incertaine, jouant les fanfarons
Aidé du ganadéro, monta sur un bidon.
Perché sur sa barrique, saluant tout le monde
Son trône improvisé dura quelques secondes
Car la vache venait d'une vitesse folle
Et les gens s'écriaient pour une fois il vole.
Nom de Dieu ce patac ! incroyable mais vrai
Un genou déboîté, deux côtes enfoncées.
Aussitôt les copains sont venus à mon aide
Sinon, que j'y laissait la peau sur ces putains d'arènes.
Cinq mille qui gueulait, ce con de Caïffa
Cinq mille j'ai gagné, mais pauvre Ratafia
Cinq semaines en ballon a écrit Jules Verne
A côté du bidon, tout ça c'est de la merde.

 

Ratafia

(le pendard, Georges Dauga (Caïffa) avait promis 5000 anciens francs à Ratafia, pour un écart dans les arènes de Doazit)


Poudat

Le Poudat est en deuil, notre Fernand est mort
Les fenêtres sont closes, tout est fermé, tout dort.
Derrière le figuier, un visage charmant
D'une main amicale saluait le passant.
Tout le monde l'aimait ce joyeux compagnon
Son cœur était ouvert ainsi que sa maison.
Avec sa chère Marie ils avaient le même âge
Ils menaient une vie tranquille et sans orage.
Son amour pour sa femme était inépuisable
La guidant bien souvent lui faisant bonne table.
J'ai bien peur maintenant que Marie la pauvrette
Ne finisse ses jours en maison de retraite.
Elle ne mérite pas un sort aussi cruel
La porcelaine aux jeunes, et aux vieux l'écuelle.
Mais il en est ainsi dans ce monde nouveau
Les vieillards au chenil, comme les animaux.
Elle y sera heureuse elle n'est pas exigeante
Et sûrement mieux soignée que chez une parente.
Mon Dieu ! quel triste sort pour ces pauvres grands-mères
D'avoir un pied dehors et l'autre dans la terre.

Ratafia

(à Augustin Bernos, au Poudat (+ 21/08/1984)


Cons et lumières

Chapiteau bien dressé, lampes multicolores,
Une ambiance de fête, enfin tout le folklore
Des mecs endimanchés, chapeautés, cravatés
Sont partis au château, en pensant bien bouffer.
Hélas ! trois fois hélas ! grande stupéfaction
Trois rondelles de pain, et deux de saucisson
Les boissons sont soignées, cela évidemment
Moi je bois le Contrex, je te laisse l'Evian.
Je crois Monsieur le Comte, et cela sans nul doute
Que t'as payé plus cher le courant que la croûte
Et je te remercie de ta délicatesse
De n'avoir sur tes bancs déposé mes deux fesses.
Dans la Cène, petit, surtout rappelle-toi,
Il y avait treize apôtres et le Judas c'est Toi.
Avec tes airs pompeux, ta taille filiforme
T'es taillé à coup sûr pour porter maintes cornes.
Tu sais qu'en Paradis les juifs en sont exclus
Et ça m'étonnerais que tu y sois reçu.
La guerre tu le sais, est un spectacle moche
Mais ma première balle sera pour toi, vieux Boche.
Si t'as pas les moyens d'inviter tes amis
Arrête ton cinéma, pour moi j'arrête ici
Moi je suis Rouge né; sans peur et sans complexe
Ça je t'expliquerai un jour avec les gestes.

 

Ratafia

 


Les Gens Loups Chrétiens

J'ai beaucoup bourlingué, j'ai fait de grands voyages
J'ai vu pas mal de gens, c'est normal à mon âge
Si moi je fleure bon, n'ai pas goût de moisi
C'est pas souvent le cas des gens de ce pays.

Si mon parfum à moi est fait de fines herbes
Certains dans ce village sentent tout court la merde.
Je n'ai pas eu la chance de naître Chalossais
Je suis pourtant des Landes mais ma foi Haut-Landais.

C'est pas une mince histoire quatre-vingts kilomètres
Pour des ploucs qui n'ont fait que quelques hectomètres.
J'avertis ces Cons là en paroles sensées
Les Allemands sont partis
Les Boches sont restés.
S'il y en a qui comprennent vous m'en voyez ravi.

Dieu avait pardonné à Marie-Madeleine
Il avait su sentir en elle son haleine
Si elle ne fut pas au repas de la cène
C'est parce qu'elle était femme, et non pas un rejet
Mais moi pauvre pécheur avec mes mœurs obscènes
Non... je n'étais pas digne d'assister au banquet.

Jean Duprat

 


Triste vie

Quand ta mère sentait dans son ventre gonflé
Quelques tiraillements de petits coups de pieds
Fière comme une mère attendant son enfant
Elle souffrit très peu de son accouchement.
Frémissante de joie d'avoir un beau garçon
C'est toujours un plaisir d'avoir un rejeton.
Si elle souffrit peu le jour de ta naissance
Aujourd'hui dans son coin la pauvre se lamente.
Elle t'a bien élevé pour qu'un jour tu la veilles,
Elle comptait sur toi lorsqu'elle serait vieille
Et voilà que soudain, presque à la fleur de l'âge
Tu laisses tes vieux seuls, et tes proches à Lestage.
Ta charmante Gisèle et tes fils bien aimés,
De l'amour de leur père sont aujourd'hui sevrés.
Terrible châtiment pour ceux que t'as laissé
Ceux qui t'ont adulé, passionnément aimé
Si c'est là forcément un désir du Seigneur
Faut croire que ce Mec, vraiment n'a pas de cœur.

 

Ratafia

(à André Langlade, de Lestage (+ 3/10/1985)


Deuil

Vous qui avez des enfants, plusieurs ou bien unique,
Vous qui priez le Dieu tous les jours à genoux
Pouvez-vous vous douter, qu'un jour cet hypocrite
L'espace d'un instant un jour l'arrache à vous.
De plus grandes douleurs, pour le cœur d'une mère
Impossibles à penser, quand on perd son enfant
Celui qu'on a choyé, dorloté sans réserve
Et que l'on voit partir, comme passe le vent.
C'est le cœur bien serré que je fais ce poème
Ne sachant pas non plus à quel Saint me vouer
Si un jour il m'arrive de perdre ceux que j'aime
Direct chez le Satan j'irai m'agenouiller.
Politique et progrès, autant que religion
Tuent tous ceux qui les touchent.
Je renonce à donner d'autres explications,
Si tu veux être grand aussitôt on te couche.
Mamans vous qui pleurez le deuil de votre enfant
Je m'associe à vous, à vous chères Mamans.

 

Ratafia


Licence IV

Une hormone ambulante toujours les mains aux poches
S'est pointé, l'autre jour en montrant son gavroche
Les boutons de son short devaient être en vadrouille
Car on lui voyait tout... les bonbons et l'andouille.

Allons! lui dit quelqu'un, un peu plus de décence
A moins que tu ne viennes acheter ma licence
Je veux bien te la vendre mais à une condition:
Que tu fasses gonfler un peu tes "glandions".

Ton fœtus si petit que tu nommes Biroute
Faut pas être miro ni trop gourmand sans doute
Avec ton mirliton sorti des catacombes
Tu as quelques problèmes, je sais pourquoi il tombe.

Pour les enterrements en portant la bannière
Le manche du drapeau fait sauter les boutons
Alors ton pistolet, il sort de sa tanière
Tu t'en aperçois pas parce que t'es trop con.

Nous autres on s'en fout; on a pas de rancœur
Ce n'est pas pour la vue, mais surtout pour l'odeur.

 

Jean Duprat

(à Armand Candau, porte-drapeau)


Fantomas

Rien dans les mains, rien dans les poches, et très peu dans la tête
Il va déambulant, attendant sa retraite
Ce vaillant fatigué fût pondu un dimanche
Car jamais de sa vie, il n'a cassé un manche.
Avec son traine-con, il fauche les bordures
Son engin est plus sale qu'une boîte à ordures.
Un coup pour le fossé, un coup pour le pylône
Et il garde le reste pour contenter Bobonne,
Son serpent à lunettes aux larmes de crotale.
Tous les deux assemblés, c'est du zéro queue d'Ale.
En attendant, Messieurs les bons contribuables
Payent pas mal d'impôts pour nourrir ce minable.
A Séoul, s'il existe un jeu de fainéantise
Quatre médailles d'or pendront à sa chemise
Peut-être un juge arbitre voyant flotter coquette
Lui en épinglera une pour fermer sa braguette.

 

Ratafia

 


Le vieux

Bonne rente, bon confort, une belle maison
Hélas sa pauvre femme a perdu la raison
Un foyer est bien triste sans femme et sans enfants
Et il s'habitue mal, notre très cher Fernand.

Quand on a la santé, des fois manque l'argent
Et le contraire arrive aussi évidemment
Alors on se morfond en vaines litanies
Mais le tout fait partie des choses de la vie.

Chacun a dans son cœur, un gros péché mignon
Lui c'est dans le tiercé qu'il fourre son pognon
Bout ! Bout ! Trafalgar, ces jockeys sont malins
Je gagnais un million, s'il m'arrive le vingt.

Je joue plus nom de dieu, ce sont tous des voleurs
Mais il est le premier au guichet des parieurs
Calé dans son fauteuil devant son récepteur
Il attend l'arrivée de ces fameux trotteurs.

Et Rebout ! Bout!, une merde caga
Le même que dimanche, ce coup de Trafalgar
Même dans sa maison, ses tuyaux ont pété
Alors comment veux-tu qu'il gagne un seul tiercé.

Cet homme merveilleux, n'a que cette passion
Mais n'écoutant que lui il joue des canassons
Ici nous l'aimons tous cet homme dévoué
Mais il est plus têtu qu'un wagon de baudets.

Jean Duprat

(à Fernand Ouvrat (+ 20/11/1990)


Propos d'outre tombe

Quand je serai crevé, à quatre pieds sous terre
Bien pointé, bien vissé dans ma modeste bière
Je vous entends d'ici, jaser par-ci par-là
Putain que l'on respire, mon Dieu quel débarras.
A moi il n'a rien fait; mais j'ai entendu dire
Quand il était un peu rond, plus con y avait pas pire
Vraiment, on peut pas dire qu'il nous ait fait du mal
Peut-être dans le fond c'était un bon cheval.
Puis un autre dira, quand nous étions voisins
Il ne m'a rien volé, même pas au jardin.
C'est dans la Haute Lande qu'il eut sa vie de gosse,
C'était un étranger, pour nous gens de Chalosse.
Il parait soi-disant, qu'il aurait fait la guerre
Et qu'il aurait deux croix à titre militaire.
Un autre qui se croit jouer les fanfarons
Dira, en tous les cas il suçait notre pognon.
Tiens puisqu'il est crevé levons donc notre pot
A partir d'aujourd'hui nous paierons moins d'impôts.
Oui, tout ça j'entendrai jusqu'au fond de ma tombe
Toutes ces conneries et ces propos immondes.
Vous allez tous crever, et peut-être qu'un jour
De vous faire insulter ce sera votre tour.
Alors réfléchissez, et respectez les morts
Acceptez leurs défauts, reconnaissez vos torts
Nul n'est parfait sur cette con de terre
Laissez dormir en paix, les gens du cimetière.

 

Ratafia


Bassesse

Allô! Monsieur, répète l'anonyme
Ecoutez ceci, cela, enfin tout le toutime
Et elle se croit maline cet être infecté,
Cette croûte du mal, cette pestiférée.

Si c'est la jalousie, ma chère paroissienne,
Nous fermerons tous deux gentiment les persiennes;
Assis sur le divan de mon nouveau salon,
Je vous donnerai, peut-être, un coup de goupillon.

Il sera si bien placé, que pendant quelques mois
Il pourrait transformer votre sale minois
Et je vous prêterai une glace, un miroir,
Là, ça m'étonnerait que vous vouliez vous voir.

Je crois en Dieu, madame, vous, certainement pas.
La nature m'a fait en chair et non en bois.
Excusez, cher déchet de froisser la vertu
D'une femme du monde qui a perdu la vue.

Comme je suis poli, madame, et très bien éduqué
Venez donc à confesse, venez vous expliquer.
Moi je suis prêt, chipie, à tout vous pardonner,
Mais avec l'Eternel, vous vous débrouillerez.

Duprat Jean

 

(à l'abbé Jean Bonnehon, curé de St-Cricq, écrit à la suite de coups de fils téléphoniques au presbytère.)


Marie Sourire

Vous qui marchez souvent courbés, la tête basse
En pensant aux soucis, le fisc qui vous agace,
Venez donc à St-Cricq, le détour vaut la peine
Car nous avons ici, une petite Reine.
Tout au fond du vallon un vieux lavoir se dresse
Son eau vert espérance nous fait déjà rêver
Au coin de celui-ci vous verrez la déesse
Qui offre son sourire, prête à vous dérider.
Beaucoup d'hommes ont aidé à défricher ce lieu,
Ce lieu saint, aujourd'hui qui est béni des dieux.
Elle a assez pleuré, ses larmes coulent encore
Auprès d'une fontaine qui orne le décor.
Et la vierge sourit, elle sourit toujours,
Malgré tous les déluges, malgré tous les tourments
Son minois radieux éclaire le passant.
Laissez tous vos tracas vos soucis au vestiaire,
Et venez donc ici lancer une prière.

Jean Duprat

(Au sujet d'une fontaine restaurée à St-Cricq, dédiée à Marie)

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