REGARDS SUR LE PASSÉ

Monographie historique

de

DOAZIT

1940

par

Joseph Ferré

Labastide de Sérou (06) 1912 - Mt-de-Marsan (40) 1989

Instituteur à Doazit (1935-1938 et 1940-1941)

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Copie dactylographiée d'après le manuscrit de l'auteur, par Ph. Dubedout.


TABLE


Introduction
Les temps sombres de la préhistoire
Les Romains
Le Moyen-Age
Les Anglais
Les Foix-Candale
Le château de Foix-Candale
Les établissements féodaux
La caverie du Mus
La caverie d'Arimblès
La seigneurie de Doazit
La communauté de Doazit
La vie sociale
L'enseignement
La vie religieuse



ILLUSTRATIONS


Pointe trièdre (trouvée à Labarrère)
Hache en pierre biface (trouvée à Mouchon)
Pointe biface (trouvée au Petit Castéra)
Pointe uniface (trouvée à Galan)
Le camp du Mus (vu du bourg)
Le camp du Mus (vu de Marèou)
Blason de la famille de Foix-Candale
L'église et la maison du Mus (vus de l'ouest)
L'église et la maison du Mus (vus du sud)
Blason de la ville de Doazit
L'église du bourg (vue du sud)
L'église du bourg (vue de l'est)
L'église du Mus (vue du nord-est)
Ouverture dans le clocher de l'église du Mus
Ouverture de la face sud de l'église du Mus
L'église d'Aulès (vue du sud-ouest)
Entrée nord du cimetière d'Aulès
1ère arcade du chevet de l'église d'Aulès
2ème arcade du chevet de l'église d'Aulès (détail)
2ème arcade du chevet de l'église d'Aulès (détail)






DOAZIT est une de ces nombreuses communes de Chalosse accueillantes et riches qui étalent sur un relief marqué de collines et de plateaux, leurs vignes et leurs champs, leurs prairies et leurs bois.

A distance des voies à grand passage, loin des villes et de leurs attraits elle connaît le calme propice à la vie saine, au travail producteur.

Le sol est naturellement fertile et l'homme le cultive avec amour, l'enrichissant sans cesse, l'arrosant de sa sueur, car s'il est bon vivant le Chalossais est un rude travailleur qui ne ménage pas sa peine.

Deux routes d'égale importance se croisent en Doazit. L'une va de Hagetmau à Mugron. Elle traversait autrefois le bourg, qu'elle évite aujourd'hui. Sa direction générale est Est-Sud-Est - Ouest-Nord-ouest. L'autre route suit une direction à peu près perpendiculaire. De Saint-Sever, vers Amou, elle s'enfonce au cœur de la Chalosse dont elle coupe l'un après l'autre les plis. Les descentes et les montées se succèdent.

C'est par Saint-Sever qu'il faut gagner Doazit. Le voyageur foule depuis quelques centaines de mètres le sol de la commune lorsqu'il arrive à l'Espicamp, le bien nommé. C'est une invitation : "Regarde les champs". Arrêtons-nous un instant et contemplons le panorama qui s'offre à nos yeux. A nos pieds, la route continue, insensible à la beauté des lieux et disparaît bientôt cachée par les chênes et les pins qui couvrent en partie la pente descendante. Plus bas c'est la plaine, ou plus exactement le confluent élargi de deux vallées. La plaine d'Aulès. De vastes champs en découpent le fond, porteurs à la saison de moissons abondantes ; le pampre tapisse les versants. En face un pli du sol s'achève en promontoire sur La Gouaougue dont le cours sinueux est marqué par une double ligne de vergnes pressés.

Le Bourg de Doazit est construit sur la crête de cette colline, l'antique château féodal se dressait à l’extrême pointe du promontoire dominant de haut la modeste plaine et le ruisseau. C'est un vieux village. Ses maisons alignent côte à côte leurs façades grises, leurs toits bruns. La vieille église pointe au-dessus de chênes séculaires son clocher rajeuni. Quelques jardins petits et froids sont collés à la pente.

Un peu plus loin et sur la droite, Notre-Dame de Maylis élève vers le ciel sa vierge couronnée d’or qui s’irradie dans l'apothéose des couchants d'automne.

Enfin, pour clore le tableau, les Pyrénées bleues montrent par temps clair leur profil de sierra, leurs cimes neigeuses et le pic du Midi d'Ossau que des nuages clairs empanachent souvent.




REGARDS SUR LE PASSÉ



Les temps sombres de la préhistoire.

Quels sont les peuples qui les premiers ont foulé le sol de la commune ? Mystère. Pourtant, dès les temps les plus reculés de la préhistoire, la Chalosse fut un foyer de vie. Les découvertes faites dans la grotte du Pape à Brassempouy, et aux carrières d'Arcet, près de Montaut prouvent que des hommes ont vécu là, il y a des milliers d'années. La pierre dressée que l'on remarque non loin de Dumes, dans un pré qui borde la route nationale ne fait qu’ajouter un élément supplémentaire aux vestiges que la région offre en abondance. La part de Doazit est modeste. on ne connaît pas dans les limites de la commune d'excavation du sol qui ait pu soustraire les premiers hommes aux rigueurs du climat. L'homme préhistorique a cependant vécu en Doazit, les nombreux silex façonnés que l'on découvre disséminés un peu partout l'attestent.

Pointe trièdreCes silex, le laboureur les déterre avec le soc de sa charrue et les jette lorsqu'ils sont un peu gros, heureux d'en débarrasser son champ, sans songer qu'il a tenu dans sa main un des premiers restes connus de l'activité humaine ; car la plupart portent la marque d'une action volontaire que l'homme seul a pu leur imprimer. Toutes les pièces recueillies l'ont été en des points très divers, sur des champs fraîchement Labourés, au bord des chemins, parfois dans la tranche d'un talus, aussi n'est-il pas ici possible d'employer le terme de station. Leur possesseur les a laissées sur place après usage, peut-être les a-t-il perdues.

C'est la région Nord, de la commune, celle qui touche à Audignon et à Montaut qui parait la plus riche. La proximité de la protubérance crétacée riche en silex qui affleure à Audignon l'explique. On conçoit que l'homme qui en ces temps confus menait sans doute une existence nomade se soit plu sur les pentes de Mouchon, de Picuré, du Bourdillon. L'exposition plein sud est parfaite et le gisement de silex est à portée. On a précisé à peu de distance au nord d'Augerin, dans la commune voisine un atelier de débitage du silex. Le quartier dont La Barrère est le centre et qui s'étend d'un côté vers Galan et de l'autre vers Caillé et le Petit Castéra pour descendre en direction de Larrue et du Tresqué a lui aussi fourni quelques belles pierres taillées.

Tous les silex recueillis ne paraissent pas de même facture et il est probable qu'ils marquent des étapes dans la marche lente de l'homme vers le progrès.

Ce sont d'abord des pointes à trois faces, pointes trièdres taillées à gros éclats. Le talon garde la croûte du silex. Facilement préhensibles elles se logent dans le creux de la main et les doigts s'appliquent sur leurs faces. Ces pièces dont la longueur peut atteindre une quinzaine de centimètres, tenues à la main ou peut-être fixées par ligature à un morceau de bois qui leur servait de manche étaient vraisemblablement les armes de nos lointains ancêtres. Elles sont connues, ainsi que d'autres de forme différentes sous le nom de coups-de-poing".

La Chalosse étant la seule région qui possédât de tels silex taillés en pointe à trois faces, M. Passemard a donné le nom de "Chalossien" à l'industrie qu'ils caractérisent. Il pensait d'abord que cette industrie était préchelléenne, c'est-à-dire antérieure à la première des "périodes" admises dans la chronologie des temps préhistoriques. D'autres spécialistes veulent voir là un simple aspect du Chelléen. Quoiqu’il en soit leur origine remonte à plusieurs dizaines de millénaires et il est permis de penser avec commisération aux pauvres hommes qui n'avaient que ces cailloux pointus pour se défendre contre les terribles animaux avec lesquels l'instinct de vie les obligeait à une lutte continue.

Hache en pierrePointe bifaceDes pièces plus récentes ou tout au moins contemporaines semblent illustrer une technique meilleure. Leur forme est amygdaloïde, parfois triangulaire. Elle est obtenue par des retouches nombreuses faites sur les deux faces. La croûte du silex reste souvent visible. Renflées au centre des faces elles s'amincissent sur le pourtour dont la ligne est cependant sinueuse. Ce sont encore des coups de poing. La partie intacte du rognon de silex est très pratique à tenir à la main. Ces "haches de pierre" comme on les nomme parfois pouvaient encore servir à trancher, à scier, à racler le bois ou les peaux en raison de leurs bords rendus tranchants par d'habiles retouches. Leurs dimensions sont très variables : la longueur varie de 5 cm à une quinzaine de cm, pour les spécimens trouvés à Doazit. A côté des "coups de poing" il existe des racloirs de tailles diverses, les uns a peine ébauchés, d'autres au contraire portant la marque de fines retouches.

Enfin, et ceux-là paraissent les plus récents, le sol de la commune offre des silex de même forme que les derniers cités mais taillés sur une seule face. La seconde face reste nue et laisse voir le bulbe de percussion. La plupart des pierres taillées recueillies à ce jour semblent avoir pour origine les premiers âges de la préhistoire : Chelléen, Acheuléen ou moustérien. Il est très difficile de préciser, car d'une période à l'autre les mêmes formes subsistent ; comme il a été déjà signalé, les spécimens recueillis l'ont été en des points très divers et hors de la couche géologique qui seule pourrait permettre de leur donner un âge.

Tous dénotent chez l'artisan qui les a façonnés une habileté d'autant plus grande qu'il possédait pour unique outil un bloc de silex appelé percuteur avec lequel il frappait de façon à en détacher des fragments, la pierre brute ou "noyau" que la région lui offrait en abondance.

Pointe unifaceQuelle put être la vie des premiers habitants de Doazit ? Nous n'en savons absolument rien.

Une partie de leur outillage seule nous est parvenue, les silex taillés. Le bois qui devait être utilisé n'a pas résisté au temps. On sait, par les trouvailles faites ailleurs qu'ils employaient l'os et le bois de renne mais la commune n’a fourni aucun objet fait en ces matières.

A peine sortis de l'animalité, du moins dans les temps les plus anciens, ils menaient une existence précaire en bute aux variations du climat et obligés de lutter sans cesse soit pour s'en défendre, soit pour s'en repaître contre les animaux redoutables : mammouths, bisons, ours, etc... qui peuplaient les forêts sans doute plus étendues que de nos jours. On n'a pas retrouvé à Doazit de restes d’animaux préhistoriques, mais la grotte de Brassempouy recelait entre autres des ossements de mammouth, de cheval et de renne ainsi que de grossières statuettes d'ivoire qui sont considérées à juste titre comme les premières productions connues de l'art humain.

Nos lointains ancêtres savaient utiliser le feu. Nomades, ils vivaient certainement de la chasse, de la pêche, de racines et de fruits.






La période historique.

Le Mus vu du bourg

Les Romains.

Chacun sait que 58 ans avant Jésus-Christ, les Romains conduits par Jules César entreprirent la conquête de la Gaule riche en or et en hommes. Quels peuples trouvèrent-ils en Gascogne ?

Les Ligures semblent former le fond de la population. De petite taille, les yeux bruns, nerveux et secs, marcheurs infatigables, ces lointains occupants de notre sol ont été refoulés vers le littoral où à l'abri des forêts et des étangs leurs caractères physiques se sont conservés. On les retrouve chez le Lanusquet actuel.

"Les Ibères les remplacèrent. Venus d'Espagne vers le Vème siècle avant Jésus-Christ, souche de la race basque, mélangée de Berbères d'Afrique, ils s'établirent entre les Pyrénées et la Garonne, formant avec les Celtes - qui vivaient au nord de ce fleuve - le groupe Celtibérien. Leur type physique se retrouve chez le Chalossais (1)" et par conséquent chez l'habitant de Doazit. "Au moment de la conquête romaine, les habitants - de la Gascogne- vivaient dans un état de demi-civilisation. pasteurs, ils pratiquaient aussi l'agriculture et savaient travailler les métaux (2) "

Les Ibères adoraient de nombreux dieux et la religion druidique leur était étrangère. Ils se nourrissaient grossièrement mangeant des glands les deux tiers de l'année (3). Le vin était rare et réservé aux grandes occasions. Les droits des filles à l'héritage des parents étaient égaux à ceux des garçons (3).

Ce peuple de soldats faisait montre au combat d'une grande bravoure. Les guerriers se battaient sans armure et redoutaient la servitude. Il faut voir là un des traits du caractère de Gascon moderne, brave mais indépendant, frondeur même.


(1),(2) Larroquette et Prigent . Histoire des Landes.

(3) Renseignements tirés de l'Histoire de Gascogne. Puech.

Les Tarusates fixés vers Aire et au-delà et les Tarbelles qui avaient Dax pour centre étaient deux des principales tribus qui divisaient les habitants de la Gascogne connus sous le terme d'Aquitains. Il est difficile de dire à laquelle Doazit appartenait. On ne sait d'ailleurs pas si une agglomération humaine existait dans les limites de la commune lors de la venue des Romains.

Pendant que Jules César soumettait les différentes tribus gauloises, un de ses lieutenants, Crassus, entra en Aquitaine dont les populations qui s'étaient tout d'abord tenues en dehors de la guerre, réagirent vivement lorsqu'elles se sentirent directement menacées. Crassus triompha des Sotiates et leur enleva leur oppidum de Sos (Lot-et-Garonne ?), puis il battit, dans le voisinage de l'Adour, pour certains à Bégaar, pour d'autres aux environs de Geaune, une armée que les Tarbelles lui avaient opposée.

Vainqueurs, les Romains s'établirent dans le pays qui resta indifférent à la grande levée en masse ordonnée par Vercingétorix 52 ans avant Jésus-Christ et qui devait aboutir à la capitulation dans Alésia du jeune héros de l'Indépendance gauloise.

L'influence romaine fut très bien acceptée dans le Sud-ouest. Les nouveaux venus firent régner la paix, la fameuse paix romaine et apportèrent leur civilisation. Il ne faut pas croire cependant que les Gaulois en général et les Aquitains en particulier eurent tout à apprendre. Leur contact avec les Grecs avait développé leur sens du commerce et de la beauté. Les bijoux gaulois, d'or surtout, étaient fort appréciés dans le monde antique. Ils pratiquaient l'agriculture et l'élevage et connaissaient l'industrie des métaux. Au point de vue spirituel, les Druides croyaient en l'immortalité de l'âme qu'ils distinguaient de l’être physique.

On peut regretter que l'influence romaine ait retardé l'éclosion d'une civilisation que l'on sentait prête à affirmer son originalité. Il faudra attendre plusieurs siècles avant de la voir s'épanouir et dresser vers le ciel ces merveilles de pierre que sont les cathédrales.

Quoi qu'il en soit, la civilisation du vainqueur prévalut. Les Romains apportèrent dans notre pays, leurs dieux qui se mêlèrent aux dieux autochtones, leur langue d’où sortira le Roman et, après bien des retouches le français moderne. Ils construisirent de cité à cité, de province à province des routes pour faciliter le commerce et permettre les rapides déplacements de troupes que pouvait rendre nécessaires la turbulence toujours à craindre des tribus gauloises, tout au moins aux premiers temps de l'occupation de notre sol par les légions romaines. Ils bâtirent des villes avec des temples pour les dieux, des écoles, des thermes, des palais et des cirques.

Aire, Dax, St-Sever gardent des restes authentiques de cette époque.

Entre Romains et habitants des régions soumises, la collaboration se fit rapidement étroite. Bientôt vainqueurs et vaincus ne formèrent plus qu'un peuple, les Gallo-Romains.

Parmi les vestiges certains ou supposés de cette période dite Gallo-Romaine qui abondent dans la région, nous signalerons en Doazit le Camp retranché du Mus. C'est un antique castrum, sa destination à des fins militaires ne fait aucun doute. Avant d'en entamer une étude détaillée, il serait bon de savoir en quoi consistaient les ouvrages semblables que les Romains (1) ont multipliés et quel en était le but. Voici l'explication que donne M. Dompnier de Sauviac dans ses Chroniques de la Cité et du Diocèse d'Acqs.



(1) L'abbé Légé pense que les camps fortifiés pourraient remonter aux temps préhistoriques.

Leur forme se modèle à peu près toujours sur les irrégularités du terrain.

La porte prétorienne s'ouvrait face à l'ennemi ; la porte décumane lui était opposée ; une grande rue, (via principalis), partageant le camp en deux joignait la, porte de droite à celle de gauche. Devant chaque porte, se dressait un petit ouvrage avancé en terre, de forme circulaire, entouré d'un fossé pour en interdire l'entrée directe. Il portait le nom de procastria antemuralia.

Le camp retranché de Doazit, connu dans la commune sous le nom de Mus est situé au sud du village. La vallée profondément creusée de La Gouaougue l'en sépare. On retrouve en lui tous les caractères des castra, romains dont l'authenticité ne fait aucun doute.

Au sommet d'un mamelon boisé, on voit, entre les arbres, les restes très bien conservés d'une haute enceinte de terre couronnée de pins au feuillage sombre. Son assise est un haut promontoire, le plus élevé sans doute de la commune, ou tout au moins le mieux apte à la défense, que de profonds ravins isolent presque du plateau voisin, appelé lui aussi du Mus. La position dominante du camp lui donne des vues sur tous les alentours atténuant ainsi les risques de surprise rapprochée, et le système de fossés naturels qui l'entourent le rendent difficilement abordable. La pente est abrupte de toutes parts, sauf au sud. C'est sur cette face que le Mus se rattache aux hauteurs environnantes par une sorte d'isthme légèrement déprimé en sa partie médiane. C'est par-là qu'il est accessible. Une voie carrossable y conduit. Venant du plateau, elle passe à Bernadon, Lestage et Cadeau où un autre chemin la rejoint. Ce dernier vient du bourg de Doazit. Il franchit la Gouaougue au Pont-Neuf, escalade de biais le promontoire, profite d'un ravin qui afflue à la vallée du ruisseau déjà nommé, passe à Masdaounes, emprunte une profonde tranchée creusée sans doute, tout au moins en partie, pour isoler le camp, recreusée par le ruissellement des eaux, et débouche au Cadeau. Peut-être, ce chemin allait-il autrefois franchement vers le Mus à partir de Masdaounes ; une échancrure dans l'enceinte, au-dessus de cette ferme pourrait le faire croire, mais rien n'est moins certain, car sa pente trop forte l'aurait rendu difficilement praticable.

L'état actuel des terrassements permet de distinguer deux enceintes nettement dessinées. La plus petite est la mieux conservée. Son pourtour est une circonférence légèrement aplatie. Elle circonscrit un espace aujourd'hui aplani et livré aux cultures, que deux chemins à peu près perpendiculaires traversent.

Le plus important, sud-nord, prolonge la voie d'accès plus haut mentionnée. Faut-il voir là, la via principalis ? Je ne le pense pas, et cela à cause de l'orientation du camp qui fait face au nord. A mon avis c'est par le sud que l'on entrait dans la place.

La deuxième enceinte est moins bien conservée. Elle enveloppe la précédente sur les trois-quarts environ de son pourtour et vient s’y raccorder à l'ouest en bordure du chemin qui passant entre la maison du Mus et l'église descend en direction du château de Candale.

La distance qui sépare les deux enceintes varie de 70 à 100 m. Si l'on songe que la portée utile d'un arc n'excédait pas 200 m, on comprendra que la grande enceinte se trouvait partout sous les coups des défenseurs de la petite au cas où la place avait sa première ligne de défense enlevée par l'adversaire.

Que les terrassements aient été construits de main d'homme, cela ne fait aucun doute. La terre qui les constitue a été rapportée, cela apparaît très bien dans le haut talus qui domine le chemin avant d'arriver à l'église, au sud de cette dernière. La terre provient du creusement de l'intervalle qui sépare les deux enceintes, elle provient probablement aussi des pentes d'alentour qui ont été avivées et rendues moins propres à l'escalade. Ce sont de grandes masses de matériaux qui ont ainsi été remués, si bien que l'établissement d'un castrum comme celui du Mus a dû demander du temps et une main d’oeuvre nombreuse. Ce sont les soldats eux-mêmes qui élevaient leurs fortifications. La terre était portée à dos d'homme à l'aide de récipients de forme indéterminée et versée sur place. Peu à peu se dessinait l'enceinte ou vallum de la forteresse. Au Mus, c'est au sud que la hauteur est la plus grande, et cela s’explique par le fait que le camp y est très peu surélevé par rapport aux terrains environnants. Ailleurs, la raideur des pentes descendantes constitue par elle-même une défense naturelle.

Hauts de 4 à 8 mètres vers l'intérieur, les terrassements en atteignent une quinzaine sur la face externe. Là où ils existent encore ils sont plantés d'arbres dont les racines maintiennent la terre et l'empêchent d'être emportée par le ruissellement.

L'espace englobé dans la petite enceinte a une superficie d'un peu plus de deux hectares. Il est de six hectares environ si l'on considère la grande, ce qui était assez pour mettre à l'abri une légion, soit 4 à 5 mille hommes.

Actuellement on entre dans le Mus par trois côtés différents. Au nord, au sud et à l'ouest. Ces entrées existaient-elles au temps, où le castrum était effectivement occupé ? Nul ne le sait. Il se peut que l'entrée nord remonte à l'origine du camp, ce serait la porte décumane ou porte de derrière ? Le chemin qui en partait, aujourd'hui perdu pouvait franchir la Gouaougue à Passade, dont le nom peut signifier passage, ou gué. Mais cela n'est qu’une hypothèse. Placer une entrée au sud parait plus logique. Sur cette face, on passe naturellement du plateau au camp retranché. Si l'on considère que c'est de ce côté que les défenses naturelles sont les plus faibles, on peut penser que l'ennemi aurait attaqué là. Appelons donc porte prétorienne, s'ouvrant face à l'adversaire l'échancrure ménagée dans l'enceinte entre l'église du Mus et Cadeau. Les défenseurs de la place conscients de la faiblesse de cette partie du castrum l'ont renforcée de diverses manières. D'abord c'est là que l'enceinte centrale est le plus élevée. Elle domine nettement les alentours et couvre de ses vues, tout le plateau, vers St-Cricq et vers Serreslous. Et puis protégeant la porte, à bonne portée de flèche, une redoute fortifiée se dressait face au sud à l'emplacement de la vigne du Cadeau. Barrant l'unique voie facile d'accès, elle brisait l'effort de l'assaillant, arrêtait son élan et rendait moins impétueux l'assaut du point faible de la forteresse et de l'entrée.

La grande enceinte est beaucoup moins bien conservée que la petite. L'homme l'a en partie détruite pour niveler l'intervalle compris entre les deux lignes de défense qu'il a transformé en champs cultivés. Les eaux de ruissellement ont fait le reste. Elle subsiste, encore très nettement visible face au nord-ouest. Elle suivait le plus souvent l'extrême bord du mamelon qui supporte la forteresse. Sa face extérieure plongeait abrupte sur les profondes vallées de la Gouaougue, du ruisseau du Guerre et sur les ravins qui les rejoignent creusant tout autour du Mus un système complet de fossés naturels.

Les abords de ce qui au nord, en face du bourg de Doazit a pu être une entrée, ainsi que le point où à l'ouest la grande enceinte se raccorde à la petite présentent des marques de renforcement. Les terrassements y sont plus élevés. C'était là des parties faibles dont il importait pour les défenseurs de la place d'accroître les défenses.

Tel qu'il est, avec ses deux étages de terrasses, le camp du Mus garde l'aspect d'une fortification de campagne importante par son étendue et par l'élévation encore apparente de ses enceintes. Elle devait l'être aussi par sa destination.

Sur celle-ci nous sommes réduits aux suppositions. Le Mus faisait partie d'un ensemble d'ouvrages fortifiés chargés de surveiller la région de la maintenir dans la paix et, éventuellement de la défendre. Son état de conservation, son étendue et la hauteur de ses enceintes me font penser qu'il renfermait une garnison permanente, que c'était donc un de ces camps retranchés connus sous le nom de castra stativa. Beaucoup de ces ouvrages se rencontrent aux abords des itinéraires qu'empruntaient les voies unissant les cités.

L'examen d'une carte montre que Doazit est situé approximativement sur la ligne droite qui joint Dax et Aire, deux villes florissantes de la période Gallo-Romaine, qui furent des sièges d'évêchés dès les premiers temps du christianisme. Une voie permettait très certainement d'aller de l'une à l'autre. Aucun texte, à ma connaissance n'en mentionne l'existence, mais de tous temps, dans la commune, les gens ont été frappés par la présence, à travers le Tresqué et dans le bas d'Aulès, derrière Méron, d'allées larges de plusieurs mètres, orientées est-ouest. Elles sont assez profondément entaillées quand le relief du sol le nécessite. Comme personne ne les utilise on ne s'explique pas bien l'utilité qu'elles ont pu avoir. Elles ne présentent aucune trace de dallage, mais l'on sait que les dalles de pierre qui formaient la chaussée des antiques voies ont généralement disparu ayant servi à des fins diverses.

Peut-être passait-il à Aulès et à travers le Tresqué une route importante qui venant de Dax par Montfort et Saint-Aubin aurait gagné Aire par Coudures et St-Loubouer.

Des Castra connus jalonnent cet itinéraire possible et dans la commune deux fermes aux noms caractéristiques : Castérot (petit château) et Castéra (déformation de castra ?) se trouvent sur son passage.

Castérot est en bordure d'un plateau qui s'élève au-dessus de la vallée de la Gouaougue à 2 km,500 environ au Nord-Nord-Ouest du Mus. Tout prés, dans la vallée, à droite du chemin qui d'Aulès va vers les confins de la commune on remarque un espace au relief assez régulier, large d'une douzaine de mètres et qui se perd en direction du Nord. Des arbres l'ont envahi. il est de niveau à l'ouest avec les prés et les champs voisins, tandis qu'a l'Est s'élève un talus à pente assez brusque. Faut-il voir là les restes d'une autre voie qui de Saint-Sever, autre agglomération Gallo-Romaine serait venue rejoindre la précédente ? Dans ce cas il y aurait eu à Castérot ou aux alentours une petite fortification chargée de garder le carrefour de routes.

Quant à Castéra, c'est une ferme au bord de la route de Hagetmau sur le plateau qui domine au Sud le Tresqué. Il pouvait se trouver là aussi un petit castrum surveillant la, voie Dax-Aire si celle-ci existait et empruntait le territoire actuel de la commune. Dans ce cas le rôle du camp retranché de Doazit s'expliquerait : sa garnison aurait surveillé la route, tout en contribuant au maintien de l'ordre dans la contrée.

Monsieur Testemalle, dans son "Livret de Famille", a cru découvrir des avant-postes fortifiés qui auraient couvert le Mus aux quatre points cardinaux. Il les situe à Coudet, où les fossés auraient été convertis en chemins, à La Garde, à Maréou et au Bourg de Doazit.




Le Moyen Age

Les Invasions barbares du Vème siècle, en détruisant l'empire romain ont ouvert une longue période mal connue tout au moins dans ses débuts.

L'Aquitaine fut envahie par les Vandales, les Alains, les Suèves qui passèrent en dévastant. Passée sous la domination des Wisigoths (1), elle devint franque en 507. Ce fut une triste époque. St-Prosper d'Aquitaine fait un tableau poignant de cette effroyable époque.

Sever à Eauze, Vincent à Dax, furent victimes des Barbares.

Les Arabes prirent Aire et Dax en 719 et seraient restés dans les Landes après Poitiers.

L'Aquitaine vit encore les barques normandes qui remontèrent l'Adour jusqu'à Aire.

Il est certain que les populations qui vivaient alors sur le sol de Doazit ont souffert de ces invasions successives.

Après 843 la féodalité triomphe et la Gascogne (2) devint indépendante.

Doazit était une baronnie de paroisse avec un château seigneurial que la tradition situe à l'extrémité ouest du village, derrière l'église qui, à l'origine, en aurait été la chapelle.

Douassit, Douazit, Doazit ? Une des fenêtres du château de Foix Candale (XVIème siècle) porte l'inscription : Jeanne de Belsier, dame de Dyazit. Par ailleurs dans la liste des Seigneurs de Doazit due à l'Abbé Foix, nous trouvons "Donasello" et aussi "'Boazeto".

Quoi qu'il en soit, la baronnie de Doazit dépendait du duché d'Aquitaine.

Voici, d'après l'Abbé Foix (3), quelques uns des titulaires du fief de Doazit.



(1) Les Wisigoths persécutèrent d'abord les Chrétiens. La région aurait été évangélisée par Saint Sever fin IVème, début Vème siècle. Quoique vainqueurs, les Wisigoths subirent l'influence de la civilisation romaine.

(2) Le duché de Gascogne date de 864.

(3) Abbé Foix. Archives des Landes.

(4) H-2 archives des Landes.

(5) H-1 archives des Landes .



La Baronnie de Doazit aux Viella.

Raymond de Viella, baron de Doazit en 1423 était aussi seigneur de Gerderest en vertu d'un testament de 1421, conseiller et chambellan du Roi (2), Sénéchal de Baucaire et de Carcassonne. Il testa le 26 juin 1455 et mourut quelques jours après.



(1) Viella, en Armagnac.

(2) Du roi de France sans doute, puisque ailleurs il est sénéchal de Beaucaire et de Carcassonne. Il est probable que ce seigneur, d'abord vassal du roi d'Angleterre avait rendu hommage au roi de France.



Il est toujours question de la moitié de la terre de Doazit.

Ici encore :

Vers 1520, le seigneur et la dame de Viella achetèrent la 1/2 baronnie de Doazit qu'ils revendirent plus tard à Antoine de Gramont, lequel fit cette acquisition afin de pouvoir l'échanger avec la moitié de Montgaillard et de Sorbets que possédait Jacques de Foix, seigneur de Doazit.




      (1) Il F,748 bis. Messire Louis Despouys, chevalier, seigneur de Doazit et de Bonnegarde, capitaine de 12 hommes d'armes et de 24 hommes de trait qu'il passe en revue à Rouen en 1428. Conseiller du roi Henri VI d'Angleterre.

      (2) Archives de la Gironde.

      (3) voir note 2 page précédente.

      (4) H-6 archives des Landes.

      (5) Il semble que Doazit ait eu simultanément pour seigneurs les Viella et les Foix-Candale.

      Gaston de Foix avait acquis en 1439, Par échange avec Despoys, la terre de Doazit. Il acheta de plus les droits qui appartenaient au seigneur de Besaudun sur Doazit et d'autres droits qui appartenaient aux seigneurs de Montolieu et de Poudenx, également sur Doazit. Le roi approuva l'échange le 24 mai 1440.

      Gaston de Foix avait un procès en 1478 avec Roger de Viella au sujet de Doazit. Ce procès durait encore en 1491.

      Par ailleurs, on lit dans les "Rô1es Gascons" (abbé Foix dixit) que le roi accorda à Gaston de Foix, comte de Longueville et à Jean son fils, comte de Kendale, la terre de Doazit (1450) et que l'année suivante il confirma en faveur du même comte de Longueville, les coutumes du dit lieu de Doazit .

      Le dit Gaston de Foix avait fait un échange en 1439 et obtenu ainsi une partie de la baronnie de Doazit. Il eut Gaston qui nomma son fils aîné baron de Doazit et de Candale, et son fils cadet, baron du Lau à Duhort.



C'est en 1540 que noble Antoine, seigneur de Gramont, gentilhomme du roi avait obtenu la moitié de la terre pour 2000 écuts petits

il l'aurait revendue (1) le 8 mai 1562 à Catherine de Sensacq, demoiselle et à jehanodet de Cuquerein, écuyer, seigneur du dit lieu et de la 1/2 baronnie de Horsarrieu.

Par cet acte Antoine de Gramont vendit, avec la terre de Doazit, les fiefs, rentes, herbages, pâtures, péages, droits de carnal, greffes, amendes, lots et ventes, capsos, justice haute, moyenne et basse, serment de fidélité des habitants, avec droit de pouvoir commettre, changer, créer et ôter officiers pour l'exercice de la dite justice, plus la forêt, arbres, terres, métairies, prés, landes et champs inclus pour 3650 écus.


(1) H-15. archives des Landes.
      Dans l'Armorial des Landes (2 - 300) on peut lire que Antoine de Gramont, vendit en 1567 à Jeanne de Marsan épouse de Messire Pons de Pons, sénéchal des Lannes, ce qu'il avait acheté du seigneur et de la dame de Viella.
      Jeanne de Marsan, demoiselle, et son mari Pons de Pons, barons de Doazit en leur partie, la vendirent à Jacques de Foix-Candale en échange de la moitié de la seigneurie de Sorbets.






Les Anglais

Après le mariage d'Alienor, avec Henri Plantagenet, Doazit comme l'Aquitaine devint possession de l'Angleterre (1). Peut-être doit-on à l'influence des Anglais, le léopard que l'on peut voir en clef de voûte à l'église d'Aulès.

Devant le peu d'empressement des seigneurs gascons à lui obéir, le roi d'Angleterre employa la force. Cette implantation de la puissance anglaise dans le Midi, n'était pas pour plaire aux rois de France qui pendant près de 3 siècles cherchèrent par tous les moyens à rejeter leurs rivaux par delà la Manche.

Un lieutenant du roi, véritable vice-roi gouvernait au nom des rois d'Angleterre qui vinrent rarement en Aquitaine.

L'administration anglaise fut bonne dans l'ensemble. pour gagner les sympathies des villes, les anglais leur accordèrent de larges franchises. Aussi, la domination des Plantagenets fut-elle populaire. Certaines villes, Dax, St-Sever entre autres témoignèrent aux rois d'Angleterre un loyalisme remarquable, ce qui n'empochait pas les Gascons de se rebeller parfois, ce dont s'efforçaient de profiter les rois de France, suzerains de Gascogne.

La rivalité des rois de France et d'Angleterre, les guerres féodales sont souvent causes de misère pour le peuple.

La guerre de Cent Ans amena un surcroît de misères. Le comte de Foix, combattant sous la bannière des rois de France ravagea les environs de Saint-Sever en 1339. peu après la région eut à souffrir des courses des Anglais commandés par le duc de Lancastre, comte de Derby.

La peste emporta un quart de la population.

En période de trêve, les populations avaient à souffrir des exactions des routiers. Un chef de bande, Bernard de Serreslous s'étant établi près de Hagetmau, il est probable que les habitants de Doazit durent lui payer tribut.

Ce n'est qu'en 1453 que les Anglais furent définitivement chassés de Gascogne.

L'année 1453 marque aussi la fin du Moyen-Age.


(1) L’an 1156 les barons de Gascogne furent appelés à Bordeaux le jour de Noël pour prêter à leur suzerain, serment de vassalité.




Les Foix-Candale.

En 1439 Gaston de Foix avait acquis par échange avec Despoys la demi-baronnie de Doazit.

En 1506 elle passa ainsi que nous l'avons vu précédemment à François de Foix-Candale.

On lit dans l'Armorial des Landes (1) :

De Foix-Candale, de Doazit, de Laroque, du Lau, du Hort (en Guïenne).

Armoiries des Foix-CandaleBlason :

Ecartelé, au 1 et au 4, d'or à trois pals de gueules, au 2 et au 3 d'or, à deux vaches passantes, de gueules, accolées, accornées et clarinées d'azur, qui est de Foix-Béarn.

Couronne de Marquis ; ordres de St-Jacques de l'Epée et de Saint-Louis .

Les Foix-Candale sont de la seconde race de Foix.

A la mort de Mathieu de Foix quatorzième comte de Foix et sixième souverain de Béarn en 1399, la couronne de Foix-Béarn fut donnée à son beau-frère Archambauld de Grailly, captal de Buch. Le second fils d'Archambauld de Grailly est la tige des Candale. Il s'agit de :

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      (1) Armorial des Landes, tome 1, p. 192-193.

      (2) Armorial des Landes, t. 1, P. 192-193.

      (3) On a trouvé ci-dessus 1506.




Le Château de Foix-Candale (2).

" Le château de Doazit avait appartenu à la famille de Foix-Candale et aux de Belzunce ". Edifié au XVIème siècle, c’est un beau château de style Henri IV à quatre façades avec tourelles, situé dans une très belle position sur une hauteur en face du bourg pittoresque de Doazit dont il fut le Château seigneurial. "

Les fenêtres de la façade portent des monogrammes, que Monsieur Taillebois a déchiffrés.

L'un d'eux, que Monsieur Taillebois a lu :

"Jeanne de Belsier, Dame de Douasit" laisse penser que le château a été bâti après 1595 date de la mort de Jacques de Foix-Candale.

" Ce ne pouvait être qu'en qualité de veuve de Jacques de Foix, seigneur de Doazit que Jeanne de Belsier, mettait son nom sur le château seigneurial de Doazit. "

" Si Jacques de Foix eut vécu lors de la construction du château, c’est son nom et non celui de sa femme et sa qualité de seigneur de Doazit qui eussent été gravés sur la façade du château. "

Dans les cartouches placés au-dessus des fenêtres de face des deux ailes se trouvent les lettres "J. D. Foix C." qui permettent de reconstituer le nom de Jacques de Foix Candale.

" Jeanne de Belsier voulut que le Château commencé peut-être du vivant de son mari portât son nom ".

Un autre monogramme du Château (3), porte les lettres " S. M. ", ce qui signifierait Sanctus Martinus ou Sancta Maria et prouverait que la châtelaine de Doazit avait voulu placer son château sous le patronage de ses saints préférés, Saint Martin, patron de l'église du Mus, voisine du château et Sainte Marie, patronne de Doazit.


      (1) On lit par ailleurs Essenault. (abbé Foix).

      (2) D'après Taillebois. Bulletin de la Société de Borda 11ème année

      (3) Notes de M. Dufourcet communiquées à M. l'abbé Robert.




Les établissements féodaux

La féodalité est la conséquence de l'affaiblissement du pouvoir royal. Devant l'incapacité des derniers carolingiens, les comtes et les ducs se sont libérés de l'obéissance aux rois et ont usurpé la souveraineté. Aussi y eut-il en France au 9ème siècle autant d'états que de duchés et de comtés. Ainsi naquit le duché de Gascogne qui s'émietta lui-même en une multitude de fiefs. Chaque seigneur règne en maître sur les quelques lieues carrées de pays qui lui appartiennent.

Mais la population augmentant sans cesse, le seigneur en vint à n'accorder ces privilèges qu'aux représentants des premiers concessionnaires, et les héritages primitifs prirent le nom de capcasal (2). L'église accorda aux propriétaires des héritages capcasaux dont elle voulait reconnaître la pieuse libéralité le droit d'agenouilloir et de sépulture dans la nef de l'église paroissiale.

C'est au château que les serfs montaient se réfugier à l'approche de l'ennemi, avec leurs biens les plus précieux ; en défendant au péril de leur vie, leur seigneur, ils se défendaient eux-mêmes et leur famille. De leur côté, le seigneur leur devait assistance.

Nous ne connaissons pas l'ensemble des droits que les seigneurs de Doazit exerçaient sur leurs terres, mais voici à titre indicatif ceux de la baronnie de Marensin :


      (1) Perdu souvenir de l'ouvrage de référence.

      (2) Je crois avoir lu que les pins parasols que l'on remarque en Chalosse auprès de certaines maisons,(il y en a, plusieurs à Doazit) marquent d'anciens capcasaux.



D'un acte (2) daté du 25 février 1675, par lequel joseph Henry de Candale de Foix proteste contre certains empiétements sur ses droits, il ressort qu'il y avait à Doazit 20 propriétaires de fiefs (3) en dehors du baron. Ce sont sans doute, pour une part des bénéfices ecclésiastiques et plus sûrement des caveries (4).




    (1) Haute justice, donnait seule le droit de connaître de toute accusation criminelle entraînant une peine afflictive, la mort ou toute mutilation et de tous les procès civils pouvant donner lieu à un duel judiciaire. La Basse justice, comprenait tout ce qui n'entrait pas dans la Haute Justice. Au XIVème siècle, apparut la Moyenne justice, intermédiaire entre les deux.

    (2) Archives des Landes H 35 (36).

    (3) Un fief ou bénéfice était concédé à charge de redevances et ne pouvait être transmis ou vendu librement. Le possesseur du fief n'en avait que la jouissance et non la propriété ; il ne pouvait ni en disposer ni le transmettre ; il reconnaissait un seigneur.

    (4) Une caverie est une terre concédée à un vassal assujetti à fournir des chevaux à son suzerain.
    Le cavier est le bénéficiaire d'une caverie ; il doit au seigneur un service de cheval. Dans quelques coutumes du Midi de la France, ce mot désignait le seigneur foncier et bas justicier.





La Caverie du Mus

Caverie du Mus



A une date inconnue, le Mus devint une caverie. Dans l'enceinte centrale du camp retranché, existent la chapelle paroissiale, la maison de Laboite longtemps appelée Castéra (1), et contiguë à l'église une vieille maison de style moyenâgeux dite maison du Mus.

D'après l'abbé Foix, la caverie de Mus était florissante au 13ème siècle, puisqu'en 1262 ses co-seigneurs, Arnaud de Mus et Arnaud de Rimbès rendaient hommage pour elle, au roi d'Angleterre.

Elle existait (2) encore au 16ème siècle, mais la famille seigneuriale de Mus semble avoir eu ses biens ruinés par les troubles politico-religieux qui pendant ce siècle agitèrent longtemps la contrée .

Dans les bans du 16ème siècle, cette seigneurie concourait (3) avec celles de Cuquerein (caverie en Horsarrieu), Serreslous, Banos, Arcet, Couhin, à armer un archer.

Caverie du Mus



      (1) D'après Testemalle.

      (2) On trouve aux archives des Landes, II F,561, (abbé Foix)

      -Jean du Mus, sieur du dit lieu, archer du seigneur de Poyanne en 1598.

      -Noble Bernard du Mus escuyer, sieur du dit lieu 1618, habitant la maison dite au Mus, en Doazit, mort avant 1669, vendit le 12 avril 1618, des fiefs à noble Sarran de Candale (archives Gironde).

      -M. Tournier, seigneur du Mus, convoqué au ban de St-Sever en 1692. Un acte de 1675 mentionne Julian Tournier, seigneur du Mus.

      (3) Archives de la société de Borda.




La Caverie d'Arimblès

Le document le plus ancien que j'ai pu trouver est l'acte (1) par lequel, En (2) Denos, seigneur de Doazit abandonne à En Guitard, seigneur d'Arimblès, la terre de Goesmes. C'est acte est daté de 1265.

En 1328 le Seigneur d'Arimblès cède aux jurats de Doazit et Horsarrieu, les terres constituant Arimblès Vieil contre le paiement de 454 tournoises petites, et certains droits et redevances, en particulier une paire de gants blancs à chaque muance et changement de seigneur (3).


(1) Archives des Landes. H-2 (8).

(2) Dans le pays, signe de noblesse.

(3) Archives des Landes. H-2 (9).





(1) Le 18 août 1499 l'hommage d'une paire de gants blancs est rendu par les jurats de Doazit et Horsarrieu à noble Dame de Fontanx, seigneuresse d'Arimblès à la mort de noble dame d'Onès.
Archives des Landes H-2 (3).

(2) Baile ou Bayle. Nom donné au Moyen-âge à des dignitaires d'ordres divers, mais dont les fonctions sont celles de syndics ou de tuteurs.
Suivant les provinces, les bailes étaient des officiers seigneuriaux ou municipaux.



Aucun document ne peut mieux faire connaître la Caverie d'Arrimblès que le mémoire (1) touchant la Seigneurie d'Arimblès, contre M. le Baron, et établi entre 1730 et 1739.



      (1) Archives des Landes H-40 (56)

      (2) Archives des Landes H-6

      (3) Archives des Landes H-13.

      (4) Archives des Landes.

    •       Il y est fait mention de jean de Vergès, dit de Guicharnaud, Augier de Lafitte dit du Virocq, Augier de Samadet dit de Barbejat, Peyrot de Labadie dit de Candau, Thomas Dupoy dit de Pepoy, Jaques de Barrouillet dit Pée Legay, Jean de Lalane dit du Viguée, Jean de Poy dit du Chameau, Arnaud Darcet dit de Labarrère, Jean Dabadie dit Pée Sabathé, Martin Dubroca dit Mamot, Bernard de Filhoucat dit de Filhoucat, Arnaud de Marquevieille dit Arodé, Jean de Samadet dit Bastardon, Jean Diris dit Chicoy, Pierre du Barouilhet dit du Mora, Etienne Despiaux dit Damouet, Jean de Lalheugue dit Crabrée, Catherine de Veyries, Jean Ducasse dit Peyret, Arnaud Dupoy dit Filhoton, Blasiete du Barat, Jean de Lalheugue dit de Lailheugue, Domengine Dutoya dite du Payot, ... Micheau de Lalanne dit Descamps, Arnaud de Barouillet dit de Laulhée, Estienne du Poy dit de Pilhon, Peyrot de Lasserre dit de Lartigue, Ramond de Laloubère dit Garipau, ... Pierot d’Abadie dit Peyron,… Menjon Dumen dit du Soldat.
            L'étude de ces noms peut nous donner une idée de la composition de la caverie d'Arimbès en 1619.
            Au Moyen-Age, chez les roturiers, l'enfant recevait au baptême, le nom d'un saint. Ce nom, individuel, ou prénom était parfois remplacé par un sobriquet sans autre. L'usage s'introduisit pour mieux distinguer et désigner les gens qui avaient le même prénom d'ajouter au nom de baptême, le nom du père, le nom du pays natal, ou le plus souvent le nom de la maison que l'individu habitait. En 1600 beaucoup de gens portaient le nom de leur habitation.
            Ce nom s’unissait au nom de baptême par une préposition qui n'est en rien marque de noblesse. Les habitants d'une même maison eurent ainsi un nom commun qui, la coutume aidant est devenu nom de famille et s'est transmis héréditairement. Quand l'individu quittait le lieu d'origine, il ajoutait sa nouvelle résidence, (dit de Lartigue, par ex.).
            Cette coutume de donner aux individus le nom de leur habitation subsiste encore à Doazit.
            - On notera qu’un grand nombre de fermes ainsi connues sont encore debout.

      (5) Archives des Landes H-35 (81). 29 septembre 1679.



De cette différence, le mémoire conclut :

1o Que Arimblès avait son ancienne juridiction.

2o Que les seigneurs de Doazit, Horsarrieu et Audignon se sont emparés de la justice et juridiction d'Arimblès.

En référence, le mémoire cite l'accord du 2 février 1265 entre le seigneur de Doazit et En Guitard, seigneur de Arimblès au sujet de la terre de Goesmes.

Juridiction que prétend contester Mr le Baron de Doazit à l'égard de ce qui est situé dans la, paroisse de Doazit.



      (1) Archives du Grand Séminaire d'Aire. Mathieu de Muret, escuyer, seigneur d’Arimblès en 1577 se plaint que sa seigneurie est usurpée par beaucoup de gens.

      (2) Archives des Landes H-13. D'une lettre de Henri III au Sénéchal des Lannes, datée du 15 septembre 1576 il ressort que pour la caverie d'Arimblès, la haute justice appartient au prévôt royal ou à son lieutenant et la basse et moyenne aux seigneurs caviers.

      (3) Directe . Terme de féodalité. Droit d’un seigneur sur le fonds qui relevait de lui en fief ou en censive et du bailleur à emphytéose sur le fonds emphytéotique.
      Une terre en directe de tel seigneur est celle qui lui doit les lods et vente.



Le mémoire met en doute la possession par le baron d'une reconnaissance générale.

" …car il l'aurait produite contre les habitants dans le procès, et même quand il l'aurait produite elle a été cassée par le dit arrêt de 1625 et par l'acquiescement audit arrêt par l'acte du 24 février 1675 et le sindic des Bénédictins produit une véritable reconnaissance générale du 4 novembre 1619 qui est une consignation faite par tous les tenanciers ou emphithéotiques de la seigneurie d'Arimblès. "

Les reconnaissances produites semblent rendre vaines les prétentions de Mr de Doazit, pourtant :

" …Monsieur le baron de Doazit fait son fort sur une sentence du sénéchal de St-Sever du 18 juillet 1659 en sa faveur, contre le nommé Pierre Lalanne dit de Goesmes qui avait appelé en garantie le Sr de Pruret. Par cette sentence Mr le Baron prétend que la terre de Goesmes doit être regardée comme une chose jugée en sa faveur. "

Le mémoire précise ce qu'est la terre de Goesmes :

" ... c’est un tennement de grande étendue qui contient une partie considérable de la paroisse de Doazit et qui fait aujourd'hui le sujet du procès entre Mr le Baron et les Habitants. Cela parait encore par l'acte d'abandon du 2 février 1265. …

... Le seigneur de Doazit, vendit au seigneur d'Arimblès la terre de Goesmes. Quelque temps après la, dite vente, le dit seigneur de Doazit s'en empara et au 13ème siècle, après plusieurs contestations les dits seigneurs de Doazit restitua la dite terre de Goesmes avec tous les droits et devoirs dont lui et ses prédécesseurs avaient joui et avaient droit de jouir.

Au 16ème siècle pendant les guerres des Huguenots les seigneurs de Doazit s'emparèrent encore, non seulement de la terre de Goesmes mais encore de celle d'Arimblès, ce qui obligea Mr de Muret seigneur d'Arimblès d'obtenir un arrêt du Parlement de Bordeaux pour se mettre en possession de la terre d’Arimblès et dépendances. Mr le Président Guilleragues fut nommé commissaire. Cela se voit par l'enquête de 1577. Le fils de ce Muret, voulant rappeler tous les droits de la seigneurie d'Arimblès fut obligé d'avoir recours à une enquête et demander permission au commissaire d'assigner les détenteurs des titres. Monsieur le seigneur de Doazit voyant que le seigneur d'Arimblès ne trouvait pas ses titres profita de ce temps pour se faire reconnaître et pour cet effet il tacha d'obliger les habitants à cela et par caresses et par menaces et par violence, mais les habitants voyant bien que le seigneur de Doazit n'était pas le véritable seigneur, ne voulurent jamais le reconnaître, ce qui donna lieu à ces fameux procès criminels et civils poursuivis au Parlement de Toulouse. … "

Le mémoire rappelle l'arrêt du 22 avril 1625 qui casse tous les titres produits par le seigneur de Doazit.

On trouve par ailleurs

a) Tenure à fief. 1709 (1)

b) Litige (2) entre Léon de Foix Candale, seigneur baron de Doazit et les Bénédictins de St-Sever, au sujet de la directité respectivement prétendue sur des fonds situés dans la terre et juridiction de Doazit et possédés par les nommés Laloubère, dit Garipau, Filhoucat, Lailheugue, et Dupoy dit Pilhon que le seigneur de Doazit assigna au Sénéchal de St-Sever pour se voir condamner (21 mars 1721) à lui payer les fiefs et arrérages de fiefs à raison de quatre liards et demy par journade plus les lods et ventes.



(1) Archives des Landes H-38 (63)

(2) Archives des Landes H-39 (15)

(3) Archives des Landes. Doazit qui appartenait à la sénéchaussée des Lannes (siège à St-Sever) était siège de juridiction secondaire. (correspondant à notre justice de paix).



c) Vente d'une portion de fiefs. Le 10 août 1739, Dame Saubade de Borrit, veuve de noble Henri de Laborde et sa fille Madeleine de Laborde, mariée à noble Pierre de Laborde Meignos, rendirent (1) aux Bénédictins de Saint Sever leur portion des fiefs d'Arrimblès et les arrérages pour 465 L.

d) En 1764 les Bénédictins possèdent 2 quarts 1/2 des fiefs de la caverie d’Arimblès (2).

e) Le Tresqué et le Mouscardein étaient padouens (4) de la caverie d'Arimblès.


(1) Archives des Landes H-71.

(2) Archives du Grand Séminaire d’Aire.

(3) Archives du Grand Séminaire d’Aire.

(4) "Le padouen" est tout objet quelconque, chemin, eau, pacages forêt, etc .... dont l'usage était laissé à d'autres qu'au propriétaire et qui, conséquemment était ouvert à tous.
      Bêtes et gens pouvaient en user librement sans payer aucun droit les routes pour y circuler, les eaux pour y puiser, pour y laver, pour y pêcher, pour arroser ; les forêts pour en tirer le menu bois de chauffage et même, assez souvent le bois de construction et de réparation ; des pacages enfin pour y faire paître les bestiaux."
      Les bois vêtez au contraire, appartenaient en propre à un propriétaire, on les appelait dans le Midi : Bédats. "Les droits a payer au seigneur étaient variés et nombreux : droit de dépaissance ou herbaticum, droit de glandage ou glandaticum ; le droit de busche ou buscagium ; etc..."
      "Les consuls ou jurats, veillaient à la sauvegarde des Padouens."

      J. Baurredon. "Les Padouens" Bull.Société de Borda. 32o A. P.41.




La Seigneurie de Doazit

Ainsi qu'il est écrit plus haut la Seigneurie de Doazit fut érigée en baronnie le 12 Juillet 1415 par Henri V d'Angleterre, en l'honneur de Jean Denot.

Me référant aux travaux de l'abbé Foix je me suis efforcé de donner une liste des titulaires de la Seigneurie de Doazit.

-Une première série de seigneurs, dits de Doazit aboutit à, Jean Denot, mort sans enfant.

Le fief passe alors à la famille de Viella, par testament de 1423. Le premier titulaire de cette famille en fut Raymond de Viella, qui fut maintenu, malgré une requête du seigneur de Bezaudun au Sénéchal des Lannes. Cette requête alléguait que Raymond de Viella ayant embrassé le parti des ennemis de l'Etat S'était rendu inhabile à la, succession de Jean Denot.

La lignée des Viella. continue jusqu'en 1506, date à laquelle après un long procès entre Françoise de Viella et les Foix-Candale, la terre resta à ces derniers.

Jusqu'au 16ème siècle, il semble que la seigneurie de Doazit ait appartenu à plusieurs co-seigneurs. C'est ainsi que Louis Despoys est seigneur de Doazit pour la moitié en 1439 date à laquelle il vend par échange ses droits à Gaston de Foix.

En 1506 Gaston de Foix captal de Buch donna la moitié de la terre de Doazit à François de Candale.

Vers 1520 le seigneur et la dame de Viella achetèrent la 1/2 baronnie de Doazit qu’ils revendirent en 1540 à Antoine de Gramont contre 2000 écus petits. Ce dernier revendit (1) en 1567 à Jeanne de Marsan, épouse de Messire Pons de Pons, sénéchal des Lannes ce qu'il avait acheté du seigneur et de la dame de Viella.

Le 8 février 1554 (2) noble Pierre de Castelnau, seigneur de Jupoy, coseigneur de Doazit, Brassempouy, Montaut et Horsarrieu et Messire Louis de Serres, seigneur de Serres Lous cédèrent leurs droits sur Doazit, Brassempouy, Montaut et Horsarrieu.

Il est dit par ailleurs (3) qu’en, 1562 le seigneur de Gramont vendit à Catherine de Sensacq et à jehanodet de Cuquerein, écuyer, seigneur du dit lieu (4) et de la 1/2 baronnie de Horsarrieu la 1/2 baronnie de Doazit.

A. de Gramont vendit avec la terre de Doazit tous ses droits (5).

Jeanne de Marsan Dlle et son mari Pons de Pons, barons de Doazit en leur partie la vendirent (6) à Jacques de Foix Candale, en échange de la, moitié de la seigneurie de Sorbets.

Aux seigneurs qui possédaient en fief la baronnie de Doazit, s’ajoutaient les Seigneurs Caviers, les officiers royaux et la communauté de Doazit, dont il sera parlé plus loin. Tous tenaient à leurs droits réels ou usurpés. Chacun s'efforçait d’étendre les siens au détriment de ceux des autres. Il en résultait des procès aussi confus que nombreux.

Le contrat du 8 may 1562 (7) donne les limites de la, terre vendue par M. de Gramont à Catherine de Sansac et Joandet de Cuquerein.

Il faut croire que la baronnie de Doazit ne coïncidait pas dans ses limites avec la, commune actuelle. Tantôt elle empiétait sur les actuelles communes voisines, tantôt elle leur abandonnait des terres.


(1) Armorial des Landes, 2-300.

(2) Archives des Landes H-54.

(3) Archives des Landes H-15.

(4) Caverie en Horsarrieu.

(5) Archives des Landes H-15.

(6) Armorial des Landes 2-300.

(7) Archives des Landes H-40(56).



Un acte daté de 1506 montre que les Foix-Candalle avaient des droits sur Montaut. Il s’agit du "Serment (l) de fidélité presté par les habitants de Montaut à François de Candalle, écuyer, seigneur de Doazit."

Par ailleurs (2) il apparaît que le baron de Doazit possédait des fiefs en Horsarrieu, St-Aubin, St-Cricq, Hagetmau, Dume, Larbey, Maylis, Audignon, Montaut.

L'examen du "Rôle des fiefs de la, seigneurie et baronnie de Doazit" montre que la redevance de certaines terres est en argent (sols, ardits, baquettes), pour d'autres en argent et en volaille, c’est le cas de ,Marquebieille. Parfois en froment et avoine, comme à Guilhem, Hayedet, Ayliot...

Les fiefs dits de la prebende de Castaignet Campsuzon 27 ardits,... Coudicane "doutze francs bourdalès...) se payaient "lou troisée jour de may".

Les droits du seigneur s'appuyaient soit sur une reconnaissance générale soit sur une reconnaissance particulière comme celle-ci :(3)



(1) Armorial des Landes t.1, p. l97,198.

(2) Archives des Landes H-24 (88) Rôle des fiefs de la seigneurie et baronnie de Doazit.

(3) Archives des Landes H-24.



Le dénombrement de Léon de Candale du 27 janvier 1624 et celui de Marie d'Essenault (1) dame de Doazit du 19 février 1687 nous donnent une idée de ce qu’étaient les droits des seigneurs.

Le seigneur nommait à tous les offices , il percevait les fiefs à raison de 4 liards 1/2, cens, rente directe par arpent ; il avait les lods et ventes au denier douze. Il n'y avait d'exempte de sa, féodalité que la maison de Labeyrie et deux autres pièces de terre et fougeraies en dépendant (en 1667 cette maison doit pourtant l'hommage d'une paire de gants). Le seigneur avait le droit de prélation, de péage, de rodage et bastage pour tout cheval ; le droit d'établir des boucheries ; 4 moulins à grain et un à vent , un sur le Loutz (à St-Cricq sans doute), l'un sur l'Arets (?), l'un sur la Gouaougue et le quatrième (à vent) "Lès le bourg de Doazit, au lieu où estoit entiennement le château" ; au bourg un pigeonnier sur l'entrée sud-bourg qui est en venant de Hagetmau ; et d'une extrémité à l'autre du bourg, il a, sur toutes les maisons, un droit de fief appelé sirmenage allant de 6 à 12 liards ; le droit de double vente ; (en 1624) 1e château, le jardin et les bois et vignes appelés de Poudat et Dangoumau ; (en 1687) la terre noble de Crabessac, les métairies de Castets et de Camingé, plus le bois, la métairie de Sanguinet et les Landes de Massey et Banicau, plus un four à chaux et tuile à Laterrère, près St-Aubin, plus la, lande de Camès, plus la, vigne de- Pécolom ou Poudat et d'Irigonan ; plus le droit de bédat au dit bois depuis le 1er septembre à Noël.

Plus en chaque maison de Marquebieille (à St-Cricq) un fief de 6 liards, une poule et 2 mesures d'avoine ; si les tenanciers nourrissent agneaux, chevreaux ou pourceaux on lui en doit trois, pour les 15 maisons qu'il y a.

Plus à Serreslous sur chaque maison une mesure d'avoine pour le droit de fouage des 46 maisons.

Plus en Larbey le fief de 20 mesures d'avoine et 20 poules.

Il faut encore ajouter que le Seigneur était de plus patron laïque de 12 prebendes.

Un tel fief valait plus de 10 000 L. sous, Bernard de Foix, marquis de Candale, qui en paya 20 d'ensaisinement le 2l février 1727.

En échange de son fief le baron de Doazit devait le service militaire.

Au ban de 1544 il fournissait 1 homme d'armes et 3 archers.(2)



(1) Archives des Landes . Abbé Foix.
      1624. Archives nationales.
      1687. Archives de la Gironde.

(2) Archives de la Société de Borda.




La Communauté de Doazit.

Au 13ème siècle, les habitants des campagnes, attirés par la promesse de franchises et d'une protection se groupèrent auprès des monastères et des châteaux, constituant des agglomérations irrégulières ou bâties sur une ligne droite avec porte et pont-levis à chaque extrémité, la plupart sans fossés, ni rempart à l’entour.

Il n'a pas été possible de découvrir la date où Doazit obtint ses "coutumes", pas plus qu'il n'existe, aux archives des Landes, l'énoncé: de ces dernières.

Blason de DoazitDoazit blasonnait :

" d'azur à trois tours d'or, 2 et 1 ". (1)

D'après le Chanoine Daugé (2), Maylis, le Mus et Aulès, formaient avec le bourg de Doazit, la communauté de ce nom.

Maylis, simple quartier de Doazit formait la mande de Bos-Saubon et donnait un jurat à la grande communauté de Doazit.

L'administration "civile" de Doazit appartenait à 4 jurats nommés par chacun des quartiers (3) : Doazit ou le Bourg, Aulès, le Mus et Saubon (ou Maylis).

Le seigneur de Doazit devait assurer la justice entre particuliers et la défense en cas d'attaque armée.

Les jurats étaient nommés pour un an. Avant d'entrer en charge, ils juraient de bien remplir leurs fonctions pour le bien public. A l'expiration de leur charge ils rendaient leurs comptes et assuraient la nomination de leurs successeurs qu’ils désignaient aux habitants assemblés pour ratifier leur choix. Un notaire royal recueillait ordinairement la délibération des habitants et constatait l'élection du nouveau jurat.

Les jurats administraient les biens de la commune, répartissaient et levaient les impôts, assuraient la police et la tranquillité publique, convoquaient les habitants.

Plutôt qu’un honneur, le titre de jurat était une charge que chacun devait assurer à son tour. C'était tour à tour chaque chef de maison capable et solvable.

Une reddition des comptes pour l'année 1653 indique : Maître jean de Cès (4) notaire et jurat du Bourg ; A. du Poy Lespiault, jurat de la mande d'Aulès ; Jean de Dezest de Hagedet, jurat de la mande du Mus et Jean de Bic de Péguiraud, jurat de la mande de Saubon (Maylis).


(1) Annuaire des Landes. Le dessin ci-dessus n'offre rien d'authentique quant à la forme du blason.

(2) Chanoine Daugé. "Notre Dame de Maylis".

(3) A Doazit, le quartier rural qui élisait un jurat portait le nom de "mande".

(4) La famille de Cès blasonnait ainsi : écartelé ; au 1 et 4, d'azur à un lion d'or ; au 2, d'azur à 3 étoiles d'or, 2 et 1 ; et au 3, de gueules à deux croissants d’argent rangés en fasce.
      On trouve :
- Bernard de Cès, seigneur de Horsarrieu, nommé procureur du Roi, au Sénéchal de St-Sever en l674.
- Arnaud de Cès, juge de la baronnie de Doazit en 1624.
- Bernard de Cès, avocat au Parlement, juge de Doazit en l646.



Les jurats siégeaient à l’égal des juges et exerçaient une véritable magistrature. jusqu’à la fin du 16ème siècle on les traitait de seigneurs, même à Doazit.

La jurade ou conseil des jurats de Doazit, était déjà en exercice en 1338, ainsi qu’il ressort d'un acte de cette époque (1) par lequel M. le Baron de Douasit vend plusieurs terres dans la juridiction de Douasit aux jurats et communauté de Douasit.

On y lit :

Il aliène en même temps, voies et chemins, eaux courantes et non courantes, les carrières et marnières, les fontaines et ruisseaux, les herbages de toutes sortes, les arbres fruitiers et sauvages pour la somme de 25 livres de bons Morlanx.

Ces terres sont : Lenemans, Padibense de Fescaux, Lane deu Berdut, Bosq de Gouabe, Thoartique, Massey, Lanegaxie.

Nous savons que le seigneur de Doazit avait droit de haute, moyenne et basse justice. il nommait le juge et tous les autres dignitaires ou fonctionnaires de la cour de justice (juridiction secondaire), qui prêtaient serment en audience en exhibant la, nomination à eux adressée par le seigneur.

Il n'y a pas trace des registres de la cour ordinaire de Doazit. Cette cour se composait d'un juge, d'un lieutenant de juge, d'un procureur juridictionnel, d'un commis greffier, d'un bayle, d'un lieutenant de bayle, d'un sergent royal. Autour du tribunal gravitaient 2 ou 3 notaires, des avocats en titre, des postulants.

Comme juges, on trouve en 1617 et 1629, Antoine de Cès, en 1705 Jean Dariet, en 1718 François Dariet, en 1770 D'Arcet, en 1789 Poységur (2).

Il a été mentionné plus haut, dans le bourg de Doazit, une halle où se tenaient les foires et les marchés. C'est qu'en effet, suivant lettres patentes d'octobre 1530 (3) il y avait à Doazit deux foires, l'une le 21 janvier, l'autre le 24 juin de chaque année et marché tous les mercredis de 15 en 15.

D'une pièce datée de 1777 (4) il ressort que la communauté ne possédait "aucun revenu commun, ni d'octroi".

Les habitants de Doazit étaient exempts du péage de Montaut (5), mais ils devaient "alleyer" en un cas, "celluy qui passe 6 paniers de fruit estant à un même maître en doit un au seigneur sauf le jour du marché".

Cette exemption de péage ne devait pas manquer d’intérêt. Il suffit pour s'en persuader de se reporter au tarif en vigueur à St-Sever en 1730. (6) On payait pour :

- Le sel -la charrette 3 sols
              -la charge avec bât 1 sol
              -la charge sans bât 6 deniers.
-Tous les grains et le glandage payaient de même.
-La résine -la charette 3 sols
                 -la charge avec bât 1 sol
                 -la charge sans bât 6 deniers

(1) Archives des Landes H-3

(2) Les renseignements qui précèdent concernant la communauté de Doazit sont tirés de "Notre Dame de Maylis", par l'abbé Daugé.

(3) Archives des Landes, abbé Foix.

(4) Archives des Landes, C-73(52).

(5) Archives des Landes, abbé Foix

(6) Archives des Landes H-38(31), il me parait bon de signaler qu’au Moyen-Age, la foire de la Pentecôte à St-Sever, durait 11 jours.



-Les ais de pin ou autres bois -la charrette 7 sols ou 1 planche
-Le vin -la barrique 6 deniers
-L'huile -La charge, 1 livre d'huile
-Le poisson -par charge de cheval, 2 livres de poisson
-Les huîtres -par charrette, 8 sols ou une cartau d'huîtres
-Les chèvres, chevreaux, brebis, agneaux, - 5 deniers par douzaine et autant par douzaine de peaux.
-Les bœufs, vaches, veaux, chevaux, ânes, 3 deniers par tête, et autant pour leur peau.
-Les cochons -3 deniers par tête
-L'eau de vie - 3 sols par pipe
-Le lin -la charrette 3 sols
            -la charge avec bât 1 sol
            -la charge sans bât 6 deniers .

Nous avons énuméré les droits que les habitants de Doazit payaient au seigneur, propriétaire du fief.

ils devaient encore l'hommage d'une paire de gants blancs (1), aux religieux bénédictins de St-Sever, seigneur pour un quart de la caverie d'Arimblès pour les terres tenues à fief de la dite caverie .

Le monastère fut débouté de cet hommage par arrêt du Parlement rendu le 23 juillet 1733.

En dehors des droits féodaux et de la dîme due au clergé, Doazit avait encore la charge du logement des gens de guerre dont il sera question plus loin et des impôts royaux, plus particulièrement la taille.

L'assiette établie à St-Sever de la répartition des, tailles à payer par les manants de la, sénéchaussée des Lannes pour l'année 1578 (2) fixe à 108 livres la somme à payer par Doazit en 4 fois : début janvier, avril, juillet, octobre. Montaut, Brassempouy, et Horsarrieu qui sont mentionnés comme faisant partie de la terre de Doazit sont respectivement, imposés pour 66, 51, et 25 livres.

L'assiette des tailles donne pour 1676 (3) :

Doazit
Montaut
Brassempouy
Horsarrieu

1030 livres
1009
775
364

et pour 1677 (4) :

Doazit
Montaut
Brassempouy
Horsarrieu

1056 livres
1070
490
350

Lourdes charges qui semble-t-il pesaient surtout sur les épaules des roturiers pourtant le 4 août 1775, M. de Foix Candale adressait (5) à l’intendant une demande afin d'obtenir un rabais de ses impositions pour les années 1774 et 1775 :

(1) Archives des Landes H-38 (128).

(2) Archives des Landes C-155 (1)

(3) Archives des Landes C-155 (6)

(4) Archives des Landes C-155 (5)

(5) Archives des Landes C-55 (93)



Pour l’année 1775, le Marquis de Candale a obtenu (1) décharge du paiement de 990 livres pour le vingtième des biens nobles qu'il possédait dans le Médoc.

M. de Foix Candale a, encore demandé un secours sur la recette des tailles. Il lui a été refusé par Mecker qui l'a renvoyé à l'entendant pour la demande d'une remise de ses impositions et de celles de ses paysans. Il a. donc écrit à l'Intendant le. 24 février 1778 (2). Dans sa lettre, il se plaint des difficultés de l’heure. Elles ne doivent pas nous surprendre, car nous sommes à la veille de la Révolution.

Bien entendu, ils spéculent. Ils achètent à Dax la mesure de grain qui est plus grande de 1/6 que celle de Mugron, trois livres, 4 huit et douze sols et revendent le même grain à Mugron la même semaine trois livres, dix, douze et quatorze sols la mesure de Mugron, "de sorte qu’en delà de 5 et 6 sols qu'ils gagnent par mesure ils gagnent encore 1/6 ce qui fait un objet de plus de 40 sols par sac ou boisseau de Bordeaux".

Cette lettre, fort intéressante, par ce qu’elle nous apprend des mœurs commerçantes de l'époque, nous indique d'autres procédés mis en usage par les spéculateurs.

Enfin un moyen en honneur à Doazit où la plupart des marchands de grain sont en même. temps marchands de vin :

Le 23 juin 1781 la Marquise de Foix-Candale écrivait encore à l'Intendant (3), affirmant l'impossibilité où elle se trouvait de payer, se plaignant de l'injustice des collecteurs, et demandant aussi l’exemption de la corvée des chemins pour ses domestiques.

Il lui fut répondu qu'il ne pouvait pas être donné suite à sa requête parce qu'elle n'avait point les extraits des impositions dont elle demandait la modération.


(1) Archives des Landes C-55 (92)

(2) Archives des Landes C-55 (91)

(3) Archives des Landes C-55 (90)




La Vie Sociale

Le servage et ses rigueurs avaient presque entièrement disparu en Gascogne au 12ème siècle. A Doazit les paysans étaient des hommes libres ; cela parait dans l'acte de 1265 par lequel En Denos, abandonnait à En Guitard la terre de Goesmes. Ils étaient laboureurs (ou propriétaires) comme les Laborde-Péboué dont il sera parlé ultérieurement ou colons. Quelques gens de métier peuplaient vraisemblablement le bourg.

Mais les usages locaux admettaient partout les corvées.

L'outillage agricole était en bois avec très peu de fer. Aussi, si les charrons étaient nombreux, par contre les forgerons étaient plutôt rares.

On cultivait le blé, la, "mesture" (blé et orge), l'orge, le seigle, les fèves, l'avoine. Les vignes étant nombreuses, le vin était d'un usage courant. La population était dense, et malgré une mortalité élevée, les familles étaient nombreuses.

De la description qu'un pèlerin poitevin fait de la terre gasconne, on peut penser l'impression que pouvait donner Doazit au voyageur.

Si les serfs avaient à peu prés disparu, les malheureux ne manquaient pas et parmi eux de vrais parias que l'on appelait les Gésitains. Les gens de Doazit les ont connus sans doute, il y en a eu dans la région, le nom de Gésits, laissé à un quartier de Mont-de-Marsan en fait foi.

(1) Testemalle.



Il était laissé aux habitants de la communauté de Doazit certains droits sur les terres de la seigneurie, ce sont les Padouens.

En 1332 Auger, seigneur de Doazit vendit aux jurats du lieu, les terres, landes et bois qu'il possédait au Mus, à Maylis, à Poyaler, à Larbey pour 25 écus morlans.

Les habitants ont encore acheté plusieurs pacages : celui de Mouscardès en 1332, ceux de Lannebusquet et de Lannehoussat en 1336. Ils avaient les Padouens et communaux du Tresqué, Mouscardèn, Lannehoussat ou Lannehaget en Aulès, de Giis et Lannebusquet au Mus, Carrefourcq, en Doazit, La Gouaougue, les Hourgues ou Tarrés de Mondicane, Houn d'Arnaut, Lane Maylis, les Barrerous, Hosse-Loubère, Lannebouton, au Mus et en Maylis, la Clède et les Padibenses Haut et Bas, lous Tourouns et Lucsec, en Doazit, Aygue-Morte en Doazit , la Padibense de Hescaüs ou Labanicau, Lanarrère, Toartigue, Lanegaxie, lou Bosc de Gouaougue ; le Carrefour de Boyrac (dont le seigneur s'est emparé) .

En 1338, Auger de Doazit avait fait concession aux habitants des eaux, herbages, prairies, arbres sauvages "sauf et réservat toute seignorie maisu, com es ban et dam, sang et murty, peatge et carnau" (1)

Les habitants de Doazit avaient un droit de pacage (paribense ou padibense ?) dans la forêt, bois et barthe de Hescaux, en St-Cricq, et cela n'allait pas sans contestations.

De fréquents démêlés ont opposé les seigneurs et la communauté de Doazit au sujet de leurs droits respectifs.

Le 9 décembre 1625 (2), un arrêt du parlement de Toulouse maintient les habitants de Doazit "en la possession et jouissance des padouens et communaux dont mention est faite aux titres et actes des années 1326, 1332, 1336, 1338 par eux produits"... sous peine d'une amende de quatre mille livres il est interdit à Saran de Candale "de prendre, ni exiger desdits habitants de Doazit aucunes corvées, travaux, manœuvres, ni autres droits et devoirs seigneuriaux que ceux dont le dit Candale fera apparaître lui être légitimement dus... ". Il déclare les habitants libres de "faire moudre leurs blés et autres grains la part où bon leur semblera..." et condamne le seigneur "à remettre les chemins publics qui se trouveraient avoir été pris par lui et appropriés ou vendus et aliénés, en l'état qu'ils étaient auparavant... " il devra, "payer les charges et impositions faites sur les biens roturiers par lui tenus et possédés et les arrérages dus... faire conduire les prisonniers qui seront condamnés par ses officiers en leur cause d'appel à ses coûts et dépens..." il pourra se faire rembourser sur les biens desdits condamnés. Il lui est défendu "de prendre en afferme les fruits et revenus de la dite communauté ni de la fabrique de l'Eglise en son nom, ni par personne interposée ; ni chasser dans les champs desdits habitants en temps prohibé .... de n'exiger d'autres droits pour le péage qu'il prend au dit lieu de Doazit que suivant la coutume ancienne"... Il doit laisser aux habitants le droit de prendre et tenir en gazaille du bétail étranger et faire procéder "à l'élection et création des consuls dudit lieu de Doazit suivant l'ancienne forme et coutume". De plus les causes opposant les habitants de Doazit au seigneur de Candale ne seront pas traitées devant son juge de Doazit, "mais par devant notre juge plus prochain".

En 1675 (3), les jurats, fondés sur cet arrêt prétendent que les habitants ne doivent au seigneur aucun fief et que s'il en prend, c'est qu’il les a achetés aux caviers ou prébendiers qui y avaient droit, comme l'abbé de St-Sever, les prébendiers de La Fargue, du Mus, de Lalanne , de Claverie , de Castaignet de Bic, du Loudé, de la première prébende du seigneur et de l'église St-Pé de Brocas.

(1) Droit de carnal ou carnalage , droit qu’avaient d'après certaines coutumes du midi de la France le propriétaire d'un héritage de tuer et de s'approprier les bestiaux trouvés sur sa terre pour réparation du dommage qu'ils avaient causé.
Nom donné aussi à une prestation de viande due au seigneur par les bouchers établis sur son territoire.

(2) Archives des Landes H-28

(3) Archives des Landes H-35 (36)



Au préalable, après avoir réaffirmé son droit de directité général et incontestable "sur tous les fonds et héritages sans exception de la dite terre (de Doazit)" Messire Joseph Henry de Candale de Foix, baron de Doazit s'était plaint de ce que certains particuliers avaient usurpé des droits qui lui revenaient légitimement en obtenant "quelques aveux et reconnaissances à quoi ils auraient trouvé d'autant plus de facilité, que proposant la, chose à de leurs parents, ou amis, ou débiteurs et ce, avec offre de quittance gratuite pour tout le passé et diminution notable des dits droits pour l'avenir au regard de ce qu’ils ont coutume d'être payés au seigneur légitime". Il mettait en cause certains prébendiers qui sous le faux prétexte de piété n'hésitaient pas à persuader "qu'il n'y avait point de démérite d'ôter au vrai seigneur pour transporter à l'Eglise".

Les démêlés entre le seigneur et les habitants de Doazit ne devaient prendre fin qu'avec l'Ancien Régime.

En 1737 Jean et Bernard Dangoumeau, frères, Petit Jean de Canguilhem demeurant à Cahut, Pierre Jeansous dit du Sourbé, Jean de Beyries dit Cadet de la Flou, Jean Laborde dit du Barbé et Bernard Capdeville de Hauriet, étaient condamnés à l00 livres d'amende chacun et aux dépens pour délit de chasse.

En 1779 encore un procès (2) opposait le Marquis de Candale à la communauté de Doazit. Les propriétaires de landes avaient clos leurs biens et le seigneur prétendant s'opposer à cette fermeture avait fait assigner une partie de ces propriétaires.

Les propriétaires, pour la plupart étaient solidaires et partageaient les frais du procès. M. D'Espaunic et quelques autres, ayant demandé à n'être pas compris dans l'imposition pour le soutien du procès parce qu'ils n'avaient pas voté dans la délibération de la dite communauté furent déboutés de leur requête le 28 avril 1779.

(1) Alleu ou Aleu. Bien que l'on possédait en toute propriété et qui n'imposait aucune obligation.
L'alleutier était libre sur sa terre qu’il possédait en toute propriété et qui était exempte des obligations inhérentes à la possession du bénéfice.
Allodial . qui est tenu en franc-alleu.

(2) Archives des Landes C-73 (58).




L'Enseignement

René Peletier était régent de Doazit en 1616.
Bernard de Cès en 1640.
René Dutau en 1647.
Jean Tardits en 1728."(1)

Après la Révolution, la situation des instituteurs de Doazit était loin d'être florissante.

M. Canton fut instituteur à Doazit de 1825 à 1837 et fut suivi de M. Sarthou.

Pour les filles Mlle Millet, institutrice de 1826 à 1837 fut remplacée par Mlle Lafargue.

J. B. Barbe, dans ses mémoires indique de M. Dumartin de Bic et M. Branzeau qui le remplaça en 1854 avaient été élèves de l'école normale (4).


(1) Chanoine Daugé. Notre Dame de Maylis.

(2) Le régent était aussi sacristain.

(3) Testemalle.

(4) Les écoles normales avaient été créées en vertu de la loi Guizot de 1833.




La Vie Religieuse

Eglise du bourgIl y a à Doazit 3 églises. Au Moyen-Age, les églises St-Martin du Mus et St-Jean d'Aulès étaient églises paroissiale, tandis que l'église du bourg devenue église paroissiale de Doazit, était sans doute la chapelle du château des seigneurs locaux.

"Les chapelles des maisons seigneuriales avaient amoindri, presque anéanti le service paroissial dans les églises matrices . Celles-ci ont fini par disparaître, ou comme paroisses, ou comme édifices dans un grand nombre de localités." (1)

"La construction des bastilles apporta des changements encore plus complets. Devenue inutile par son isolement, quelquefois par son éloignement de la bastille, l'église paroissiale est renversée ou du moins totalement abandonnée." (2)

A Doazit lorsque les manants eurent obtenu du seigneur, leurs libertés, le bourg devint le centre de la vie publique et la chapelle seigneuriale, plus commode en raison de sa position dans l'enceinte du bourg devint église principale. Le Mus et Aulès durent cependant subsister longtemps comme paroisses. Seules leurs églises sont flanquées d'un cimetière et actuellement elles ne s’ouvrent guère au service religieux qu'à l'occasion des enterrements de morts du quartier dont elles sont le centre.

(1) et (2) Abbé Légé. Le Diocèse d'Aire et de Dax sous la Révolution française.



A la Révolution, Doazit était le siège d'un archiprêtre qui comprenait 27 paroisses, dans le diocèse d'Aire. C'étaient :

Eglise du bourgArtiguebaude, Goudosse (1), Audignon, Banos (1), Arcet (l) Aurice, Ste-Eulalie (1), Onnès ou Onez (1), Brassempouy, Casalis, Casalon, Cauna, Lagastet (1), Doazit, Aulès (1), le Mus (1), Dumes, Eyres, Hagetmau, Horsarrieu, Larbey, Maylis (1), Momuy, Montaut, Morganx, Lacrabe (1), Lamothe, Nerbis, St-Aubin, Poyaler (1), Ste-Colombe, St-Cricq-Chalosse, St-Sever, Serrelous, Souprosse, Saint-Pierre (1), Latrille, Toulouzette.

Raymond de Cès, fils d'Arnaud de Cès, juge de la Baronnie de Doazit obtint en 1645 par provision en cour de Rome, l'archiprêtré de Chalosse qui n'était autre que la cure de Doazit.

En 1690, M. de Cès testa et fonda "pour le repos et soulagement des âmes du purgatoire, tous les lundis, vendredis et samedis de chaque semaine, à perpétuité une messe dans la commune de Doazit".

Raymond de Cès se vit évincer en 1645 par un arrêt du Sénéchal, maintenant le sieur Dubroca. en qualité d'archiprêtre de Doazit. Le dit de Cès fut en outre condamné à faire des excuses au sieur Dubroca.

Il faut croire que les bénéfices de l'archiprêtre n'étaient pas négligeables.

En 1728 l'évêque d'Aire tirait de Doazit 1400 livres.

En 1790 la cure (Doazit, Aulès, le Mus) rapportait 2200 livres d'afferme, une barrique de vin rouge, de la paille, au Mus, 20 mesures de froment, 25 sacs de milloc, 14 livres de lin ; une barrique de vin piquepoult, et une barrique un quart de vin échalas ; 2797 livres dont 1400 pour les vicaires.

(En 1771 les revenus des églises de Doazit et des écoles étaient de 3325 livres dont 715 livres pour la dîme seule.)


(1) Annexes.



En plus des revenus ordinaires, l'église profitait des bénéfices des prébendes (1). Ces fondations pieuses étaient nombreuses en Doazit : Prébendes du Seigneur, de Lalanne, de Castagnet, de Bic, de Domec, de Claverie, etc ...

Eglise du MusEn 1415, jehan, seigneur de Doazit, autorisé par son frère, vend à johan de Castaignet, archiprêtre de Chalosse et fondateur de la prébende de Castaignet en St-Jean d'Aulès et à maître Guilhem de Domec, titulaire de cette prébende, 60 sols de fiefs à percevoir en Doazit et Montaut, entre autres sur Peyroton de Labat, en Maylis.

La Prébende de Claverie (2) avait été fondée dans l'église paroissiale de St-Jean d'Aulès. Je prébendier en était M. Pierre de Cès, clerc tonsuré. Les tenanciers des terres les tenaient à fief noble avec droit de lods et ventes et préparances (et d'autres droits encore).

De nombreuses terres constituaient la prébende de Claverie :

Labourdette (d'Aulès), dont le tenancier payait 12 sols, 9 deniers, 2 baquettes par an. Des terres à Lucam payant 1 sol. La métairie de Picard (en Maylis sans doute) 4 sols morlans. La métairie de Camès, 2 sols tournois et 2 baquettes. Les maisons et terres de Fourré et Duzenon ou Coudassot, 50 ardits. Peyran, 8 sols tournois, 2 baquettes. Mouret ou Tomine, 21 ardits. La moitié de Pébosq, 9 liards. Une terre au Tauzia, 2 sols, 3 deniers. 2 maisons à Péboué, 10 sols tournois. La moitié de Vidon, 20 liards, 2 baquettes. La métairie de Caubet, 7 sols 3 deniers. Bernadon ....


(1) Fondées pour l'entretien des ministres de l'église et celui des pauvres. Elles sont la propriété de l'Eglise. Ces terres ecclésiastiques ont été données "pour assurer un service paroissial selon les croyances des donateurs et faire célébrer des messes pour le repos de leurs âmes et celles de leurs proches." (Taillebois. Bull. Société de Borda, 13ème année, p. 149.)
Les prébendes furent supprimées en 1789.

(2) Archives des Landes. Abbé Foix et H-130.



Ouverture dans le clocher du MusEn 1622, les Laborde, dits de Péboué, dont il sera parlé étaient tenanciers à Péboué qui faisait partie de la prébende de Claverie

Thomas de Laborde, reconnaît tenir à fief noble, avec droit de lotz et ventes et préparances et autres droits et devoirs seigneuriaux.

"Il sera tenu payer au dit de Cès et autres prébendiers de la dite prébende qui seront après lui, annuellement, au jour et feste de St-Martin, conformément aux reconnaissances précédentes, et en cas de vente lui payer les lots et ventes et s'en aller dépouillé par devant le dit de Cès pour en investir l'acquéreur".

La terre de Péboué était terre noble et non son tenancier. Le prébendier de Claverie en était seigneur direct .

Fenêtre église du MusL'église cathédrale de Dax tirait bénéfice des 4 prébendes dites de Capdeville. Le testament d’Etienne de Capdeville, né à Brassempouy et mort à Dax (1), lègue une somme de "detz escuts" pour qu’une messe anniversaire soit célébrée chaque année à Doazit "lo jorn de Sent joan Baptiste". Cet Etienne de Capdeville avait des biens en Doazit. Il les énumère ainsi :

"Me ey crompat de Johanot de Messolie, de la parropi de Doazit, une vigne blanque et une rouge, Laborde, en lo sedent ung verger, ung camp, une terre, ung pascherar, tout per la somme de quoate cent nonante et cinq florins.... "Me ey crompat de moussen Johan deu Domec de Doazit une vigne rouge tout au loung de lung pountau à l'autre de Doazit et les condures deu founs deu camp de Domenger et lo pacherar de Courrams, camp et arrivere, lo tot per la somme de cent et vingt escuts".

Ces biens, devaient à la mort de la femme du testataire, devenir la propriété des bénéficiaires des dites prébendes de Capdeville fondées dans l'église cathédrale, Notre Dame de Dax.


(1) Archives des Landes G-20



Les églises du Mus et d’Aulès ont beaucoup souffert des guerres de religion. Celle du Mus en particulier fut incendiée par les protestants.

A Aulès comme au Mus le cimetière touche à l'église. Les inscriptions ne remontent pas au-delà du 19ème siècle. on n'y trouve pas de ces pierres tombales avec attributs d'un métier que l'on doit au Moyen-âge. Il faut croire que les siècles plus récents les ont évincées, car on en découvre une, en dehors du cimetière d'Aulès dans le mur qui borde un chemin, elle porte, gravés les ustensiles essentiels du boucher.

Eglise d'Aulès

Au Mus, comme à Aulès, la nef est précédée d'un clocher-porche. Dans le porche du Mus est la sépulture de Léon de Candale. Pourtant le tombeau des seigneurs de Doazit était dans le sanctuaire de l'église de St-jean d'Aulès à droite, tandis que le banc seigneurial se trouvait dans la nef.

L'église d'Aulès, en tant qu'édifice est intéressante et bien conservée ; son chevet remonte à la fin du XIIème siècle ; sa, nef n'est pas antérieure au XIVème siècle. L'église est inscrite depuis 1929 sur l'inventaire supplémentaire des monuments historiques.



Nous devons, au regretté Michel Le Grand, archiviste des Landes et mort au champ d'honneur en 1939-40 le détail qui suit (1) :

Entrée du cimetière d'Aulès"L’église d'Aulès présente une particularité curieuse. Sous le porche, à gauche, s'ouvre une chapelle de dimensions médiocres, complètement isolée du reste de l'église. Extérieurement, cette chapelle est élevée contre la base nord du clocher, entre les deux contreforts d'angle. Intérieurement, elle communique avec le porche et prend jour sur lui par une porte en forme d'arc brisé, assez étroite et une large baie à arcatures trilobées, mais encore une fois, la chapelle est indépendante de la nef de 1'église.

"Cette disposition a autorisé certains à voir dans cette petite construction une chapelle réservée aux cagots nombreux en Chalosse au Moyen-Age. Une telle opinion paraît fort discutable. En effet, si maintes églises du sud-ouest (Landes, Hautes , et Basses-Pyrénées) montrent, les unes des entrées et des portes spéciales, d'autres des bénitiers exclusivement réservés aux cagots, destinés à préserver dans une certaine mesure le reste de la population du contact de ces malheureux et du risque de contagion de la petite lèpre ou lèpre blanche, dont ils étaient ou avaient pu être atteints, nulle part en revanche nous ne connaissons de chapelles séparées, où se seraient assemblés les cagots pour assister à des offices particuliers.

"La chapelle d'Aulès ne serait donc, selon nous (2), qu'un de ces oratoires construits par quelque seigneur ou quelque bourgeois du lieu, soit en exécution d'un voue, soit pour abriter une sépulture familiale. Une telle pratique était courante au Moyen-âge et s'apparente aux multiples fondations pieuses faites à titre privé dans les églises de jadis.

"Une preuve matérielle vient confirmer cette hypothèse. Sur le mur de la, chapelle, entre porte et fenêtre, à trois mètres environ de hauteur, s'encadre dans un rectangle mouluré une inscription parfaitement conservée, gravée dans la pierre en caractères gothiques du XVème siècle, qui fait connaître le fondateur de la chapelle et permet au surplus de fixer très exactement l'époque de la fondation....


(1) Michel Le Grand. La Chapelle de l'Eglise d'Aulès près Doazit et son inscription gothique.

(2) Michel Le Grand.



"En voici le texte et la traduction :

L'an MCCCCXXXV, fe fa
              m
Moss.   g    deu  Domec  a-
                     e
questa    capra  ;    ar    de-

u  Domec,  son  fray,  la  fe


C’est à dire : "L'an 1435, Monseigneur Guillaume du Domec fit faire cette chapelle. Arnaud du Domec, son frère la fit."

"C'est donc en 1435 que fut ajoutée, contre le mur nord du clocher porche de l’église d'Aulès, cette chapelle fondée par Guillaume du Domec et bâtie par Arnaud son frère.

"Ce nom : du Domec se retrouve encore dans un document concernant Doazit et conservé aux archives des Landes : Le 28 octobre 1596 jean du Domecq, vigneron, de la, juridiction de Doazit, reconnaît tenir à fief noble de Maître Jean du Broca, prébendier de la prébende de Claverie, une maison, des terres et des vignes. (1)

Arcade, chevet église Aulès"Ainsi, le nom du Domec est bien celui d'une famille de Doazit ou des environs et la chapelle fut construite à titre de fondation pieuse en 1435 par un représentant de cette famille. "



Il ne faut pas quitter Aulès sans s'arrêter devant les arcatures et les sculptures romanes qui font extérieurement le tour du chœur du côté du cimetière. Un certain nombre de motifs ont été effacés, la roche trop tendre n'ayant pas résisté au temps .


(1) Archives des Landes, H-19



Ci-dessus, un monstre à deux têtes semble attaquer simultanément un clerc reconnaissable à sa coiffure en calotte et un autre personnage, un seigneur peut-être qui grimace de peur ou de douleur.

Un peu plus loin une femme nue et affaissée semble personnifier la luxure.

Arcade chevet église Aulès

Ailleurs encore un personnage ailé, un genou en terre, mais à tête indéfinissable tient dans ses bras et semble caresser une forme assez difficile à déterminer et qui pourrait être un enfant.

Il ne restera bientôt plus grand chose et ce sera dommage, de ces intéressantes sculptures qui s’effritent un peu plus chaque jour.

Trois églises peu éloignées les unes des autres , la chapelle votive de Saint-Jean d'Aulès, les nombreuses fondations faites au bénéfice de l'Eglise sont la preuve de la foi ardente qui animait, aux siècles passés, les habitants de Doazit.

Cette foi, qui n'est pas tout à fait morte les conduisait à dates fixes à des sanctuaires consacrés, et même occasionnellement les poussait à de lointaines processions. Dans "Notre Dame de Maylis", le chanoine Daugé, après nous avoir rappelé que les processions paroissiales, croix en tête étaient dans les moeurs des 17ème et 18ème siècles, nous conduit jusqu'à Mont-de-Marsan avec les paroissiens de Doazit c'est à l'occasion du jubilé solennel marquant l'ouverture du 18ème siècle et qui fut célébré en 1703 dans le diocèse d'Aire.

"D'après un mandement de Monseigneur de Fleuriau, la paroisse de Doazit dont Maylis constituait un quartier avait ses stations fixées à Mont-de-Marsan, où l'on devait se rendre processionnellement".

Arcade chevet église Aulès

On peut remarquer que gagner le jubilé, aux 17ème et 18ème siècles n'était pas une petite affaire. Trente kilomètres de mauvais chemins pour aller et autant pour le retour devaient être parcourus, en procession et chantant psaumes et litanies.

"Monsieur de Saint-Girons, archiprêtre de Doazit convoqua son clergé et sa paroisse pour le 4 juin. Treize cent cinquante personnes, tant garçons, hommes, femmes et filles, une croix marchant devant pour les hommes et une autre étant portée par une fille à la tête du sexe, chantant les uns et les autres les Litanies des Saints et des psaumes, partirent à deux heures et demie après minuit.

"A deux heures de l'après-midi, la procession grossie de 125 pèlerins de Serreslous qui, Monsieur le curé en tête les avaient rejoints au moulin d'Audignon, entrait dans Mont-de-Marsan et, sans se reposer, faisait les stations réglementaires dans les quatre églises désignées par l'évêque d'Aire. Ces églises étaient : la Madeleine, les Barnabites, les Cordeliers et l’Hôpital.

"Le lendemain, à six heures du matin, la procession de Doazit, repartait sur Saint-Sever, stationnait dans l'église des Bénédictins et, conduite par Monsieur le Curé de St-Sever et la Confrérie du Saint-Sacrement, depuis la porte ou est la prison, jusque hors la ville, arrivait entre six et sept heures du soir dans l'église d'Aulès où, après l'oraison du patron, les processionnaires, auraient fait amende honorable, couchés par terre, pour les dissipations commises dans la dite procession, disant à voix lugubre et pénitente le Miserere Mei Dominé. (1) "


(1) Chanoine Daugé. Notre Dame de Maylis.



De la Généalogie des Laborde Péboué (1), nous tirons l'origine de la procession annuelle que de Doazit et des paroisses voisines on fait à Maylis pour y réclamer la protection de la Sainte Vierge sur les récoltes.

"Le 14 juin 1707, vers les 3 heures du soir, il grêla dans tout ce pays, et la grêle était si grosse et si abondante, avec un si furieux vent et orage que la moisson fut ensevelie si profondément sous la terre qu'il ne paraissait pas le moindre vestige, tout semblait un "gerest" ; les tuiles furent toutes brisées, les vignes et taillis, pelés et massacrés, les arbres arrachés et coupés sur le milieu, et les plus gros furent transportés par l'orage et le grand vent, si loin qu'on ne sait où".

A la suite de ce cataclysme toutes les paroisses voisines de Doazit firent voue d'aller à Maylis, implorer la Mère des Miséricordes, curé et marguilliers en tête, chaque année à jour fixe, et chaque année encore une procession composée surtout de femmes et d'enfants quitte le bourg chantant des cantiques et des litanies et accompagnée par le gai carillon des cloches de l'église paroissiale.

Le marguillier de la paroisse qui accomplissait son voeu laissait une aumône, soigneusement inscrite sur le cahier des recettes du marguillier de Maylis.

On peut y voir que Doazit se distingue par sa générosité.(2)

"Du 14 juin 1739, reçu du marguillier de Doazit, le jour de la procession qu'on mène à Maylis, 9 livres", plus 18 livres "pour le présent qu’ils font annuellement à la dite chapelle le jour qu'ils y vont en procession."

"En 1771, Doazit 9 livres.

"par contre en 1773 les dons furent minimes et Doazit ne donna rien".(2)


(1) La Généalogie des Laborde Péboué, est en possession de la famille Daverat, à Bic, qui a bien voulu me la communiquer.

(2) Chanoine Daugé. Notre Dame de Maylis.